En vérité : la guerre du foncier

Moïse DOSSOUMOU 4 août 2020

Ça démarre en trombe à Abomey-Calavi. La cité dortoir, dont la population ne cesse d’augmenter, est sous les feux de la rampe. L’épineux problème du foncier est à l’ordre du jour. La mafia, inquiétée et interpellée, est dans la tourmente. En attente de leur jugement, divers acteurs de ce réseau qui a fait plus de malheureux que de personnes comblées, séjournent en prison. Des géomètres notamment qui sont intervenus sur des projets de lotissement ont des comptes à rendre à la justice. Lors de leur procès, ils auront l’occasion de laver leur honneur ou de s’enfoncer dans la culpabilité. Il faut croire que le procureur de la République près le tribunal de première instance de deuxième classe d’Abomey-Calavi est déterminé à combattre ces pratiques qui ont pignon sur rue. Ce réveil est à saluer. Pendant de nombreuses années, les auteurs de ces actes crapuleux ont agi au nez et à la barbe des autorités.
Il y a longtemps que les victimes qui se comptent par milliers attendaient une main secourable. Leurs cris ont finalement été entendus. Même si elles ne seront pas toutes totalement rétablies dans leurs droits, elles se contenteront d’un réconfort moral. Comme il l’a annoncé à sa prise de fonction, Angelo Ahouandjinou, le nouveau maire de la localité a promis combattre la mafia foncière. Le moins qu’on puisse dire est qu’il a tenu parole, puisqu’il a fallu peu de temps pour mettre les faussaires en déroute. Les litiges fonciers et domaniaux ayant leur source dans sa commune, il devra maintenir le cap durant tout son mandat, sans céder aux pressions et intimidations. Ainsi, les acquéreurs de parcelles pourront, dans une relative sérénité, effectuer leurs transactions. De toutes les manières, il faudra du temps, beaucoup de temps pour venir à bout de ce vaste réseau d’escroquerie qui a eu le temps de s’implanter avec des ramifications un peu partout.
La terre étant une denrée précieuse au Bénin et vu la perception négative qu’ont les populations sur la gestion du foncier, il urge que des actions hardies soient enclenchées pour assainir ce secteur. C’est pourquoi, dans un mouvement d’ensemble, les nouveaux maires devraient mener une lutte implacable contre ce fléau qui a dévasté de nombreuses vies. Au nom de la cupidité, des drames sur fond de complicités monstrueuses se sont impunément déroulés. Des personnes a priori respectables et exemptes de tout soupçon sont passées maîtres dans l’art de la roublardise. Avec le vent favorable qui souffle actuellement sur la commune d’Abomey-Calavi, épicentre de ce phénomène, c’est le bon moment pour déclencher la guerre aux personnes sans foi ni loi. Ce crime a tellement prospéré que des quidams sortis de nulle part et abreuvés à la source de l’escroquerie ont fait fortune sur le malheur des citoyens spoliés.
L’audit du foncier à Porto-Novo, Abomey-Calavi, Djougou et Parakou s’impose. Hormis la métropole, ces cités abritent le plus grand nombre de populations. Elles sont donc la cible de convoitises diverses et variées. Pour initier des actions pertinentes visant à démanteler les réseaux de faussaires, il est plus qu’important de procéder à l’état des lieux. Cette étape fondamentale servira à baliser le terrain pour des interventions appropriées. Les maires sont interpellés. Au nom d’une gouvernance exemplaire, ils feraient œuvre utile en sortant des sentiers battus. Au-delà des discours, seule l’action permettra d’arrêter la saignée. Beaucoup trop de personnes sont naïvement tombées dans les nasses des faussaires. Il faut maintenant travailler à ce que d’autres, qui ont économisé des années durant au prix de durs sacrifices, se retrouvent dans le même engrenage. La pagaille a assez duré. Il est venu le temps de la justice.





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