En vérité : La réforme de l’électricité

Moïse DOSSOUMOU 6 février 2020

C’est le pilier principal du développement socio-économique. Pendant longtemps, il a fait l’objet d’un monopole qui, hélas, n’a pas profité au pays. 60 ans après son indépendance, le Bénin a encore du mal à prendre son envol sur le plan de l’autonomisation en énergie électrique. La seule société qui a pignon sur rue en termes de distribution et de commercialisation de cette denrée incontournable, c’est bien la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee) qui a montré ses limites depuis plusieurs années. Puisqu’elle était jusque-là en situation de monopole, ses performances ne font pas rêver ses clients. Certes, cette société a un handicap majeur. N’étant pas un grand producteur de l’énergie électrique, elle se contente la plupart du temps de ce qu’elle reçoit de la Communauté électrique du Bénin (Ceb). Puisque « la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a », les consommateurs, dépités, font contre mauvaise fortune bon cœur.
Il faut croire que dans un proche avenir, la réalité va changer. De nouvelles sociétés potentiellement productrices et distributrices d’énergie électrique pourraient voir le jour d’ici là. En effet, l’Assemblée nationale vient de doter le Bénin d’un nouveau code de l’électricité adopté par les députés de la 8ème législative le mardi 4 février dernier. Ce texte abroge la loi n°2006-16 du 26 mars 2007 qui régissait jusque-là le fonctionnement de ce secteur vital pour l’économie. La grande nouveauté est que ce vote met fin au monopole de la Sbee et consacre la libéralisation de ce domaine d’activités. Il fallait en arriver là pour alléger les peines des consommateurs qui subissent depuis des décennies des misères de toutes sortes. Les particuliers, les entreprises et même les institutions ne cessent de payer le prix fort du fait des coupures répétées liées soit à l’indisponibilité du produit, soit à la caducité des installations.
« Cette innovation vise à favoriser l’émergence d’une économie compétitive, riche et créatrice d’emplois grâce à la mobilisation des filières notamment celles d’économie verte, à diversifier les sources d’énergie et à réduire la dépendance énergétique du Bénin. Elle permettra aussi de poursuivre l’extension du réseau électrique national, d’assurer le transport d’énergie par des moyens adaptés aux besoins, de promouvoir un prix énergétique compétitif et attractif et de garantir le droit d’accès de tous les ménages à l’énergie à un coût abordable. Ainsi, la libéralisation de ce secteur découle du souci du gouvernement de permettre au Bénin de mieux faire face aux nouveaux défis de développement qu’impose son programme d’actions ». Par effet de mode, mais aussi dans le but de protéger l’environnement, ce code accorde une place de choix aux énergies renouvelables encore à l’étape embryonnaire chez nous. Les privés qui vont jeter leur dévolu sur cette activité auront donc le choix.
L’autorité de régulation de l’électricité a maintenant de la matière. Compétente pour veiller au respect des règles, elle a toutes les cartes en main pour réguler le secteur dans l’intérêt de l’Etat mais aussi des consommateurs privés. Elle devra jouer à suffisance le rôle de gendarme afin que les fruits attendus de cette réforme portent la promesse des fleurs. Précision importante, le nouveau code interdit la commercialisation illicite de l’énergie électrique par le système archaïque et extrêmement dangereux communément appelé « toile d’araignée ». Ce phénomène en vogue depuis des décennies à la périphérie des grandes villes ne sera plus de mise à condition que la loi soit appliquée à la lettre. Dès que le code sera promulgué, tout revendeur devra disposer d’un agrément d’exploitation et faire usage de matériels adéquats pour ce type de commerce. Sur papier, cette réforme est séduisante. Il ne reste que les actes pour confirmer ce renouveau longtemps attendu.





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