En vérité : La rencontre de tous les espoirs

Moïse DOSSOUMOU 6 mars 2019

Il se souviendra longtemps de ce cadeau d’anniversaire. Hier mardi 5 mars 2019, le jour de ses 77 ans, Adrien Houngbédji a reçu une terrible nouvelle. Candidat pour la 7ème fois à la fonction de député, la liste de son parti a été purement et simplement invalidée par la Commission électorale nationale autonome (Cena). Sauf décision de la Cour constitutionnelle ou consensus de dernière heure, le Parti du renouveau démocratique (Prd) qui se targue d’être la plus grande formation politique du Bénin au vu de ses prouesses électorales, ne participera pas aux législatives du dimanche 28 avril prochain. Ses deux compagnons d’infortune, le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin) et la Force cauris pour le développement du Bénin (Fcdb) sont aussi dans la tourmente. Après avoir passé avec succès les étapes à polémique de l’obtention du certificat de conformité et du quitus fiscal, ces trois partis voient leur rêve brisé.
Ils rejoignent ainsi les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), Restaurer l’espoir (Re), l’Union sociale libérale (Usl), l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn) et la Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement (Dud) qui rongent leur frein parce qu’auparavant fixés sur leur sort. Avec le verdict rendu par la Cena, seuls l’Union progressiste (Up) et le Parti républicain (Pr), les deux principaux partis affiliés à la mouvance présidentielle, sont en lice pour les législatives. Une première au Bénin. Il n’est pas exclu que cette compétition électorale, la première de l’ère de la réforme du système partisan, se déroule sans confrontation et sans débat d’idées. Les électeurs, à moins qu’ils soient emballés par cette situation, seraient amenés à opérer un choix par défaut. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », avait prévenu Pierre Corneille. Les choses resteront-elles en l’état ? Les lignes pourraient-elles bouger enfin ? Peut-être que oui, peut-être que non.
Le chef de l’Etat, garant de la paix, de la stabilité et surtout de la promotion de l’intérêt général est disposé à un tête-à-tête avec, cette fois, toute la classe politique. Une nouvelle plutôt rassurante qui pourrait contribuer dans une large mesure à la décrispation de l’atmosphère sociopolitique. A cette réunion, dix formations politiques sont conviées. Les représentants des partis Fcbe, Re, Usl, Udbn, Fcdb, Dud, Moele-Bénin, Prd, Br et Up sont attendus ce jour au palais de la République. Qu’est-ce qui a bien pu motiver Patrice Talon à rencontrer le personnel politique dans son ensemble ? Le lundi 25 février dernier, lorsqu’il a échangé avec les forces de l’opposition, le président de la République s’est montré particulièrement rigide et inflexible. Pour lui, seul compte le respect des textes. L’opposition a estimé par contre que tout a été fait à dessein pour l’écarter de la compétition électorale. Pouvant aboutir à un dégel, cette entrevue s’est plutôt achevée à queue de poisson.
Assisterons-nous au même scénario ce jour ? On ne peut jurer de rien. Même si on ne peut attendre grand-chose d’elle, la mission d’observation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) joue tant bien que mal les bons offices. C’est dire que du 25 février au 6 mars, la situation a quelque peu évolué. Pas forcément dans le bon sens. Il urge de sauver les meubles ou à tout le moins d’éteindre le feu de la passion et des ressentiments. En consentant à rencontrer les responsables des partis politiques, le chef de l’Etat a sûrement un message à leur adresser. Ses hôtes aussi ne manqueront pas de lui exprimer leurs attentes. C’est la rencontre la plus cruciale. Il y a la loi, mais il y a aussi le consensus qui est beaucoup plus efficace en temps de crise. Et c’est d’ailleurs à dessein que la Cour constitutionnelle l’a érigé comme un principe à valeur constitutionnelle.





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