En vérité : La République des décibels

Moïse DOSSOUMOU 19 septembre 2019

Les faits se sont déroulés à Parakou, la belle du Septentrion. Le quartier Albarika a été le théâtre, il y a quelques jours, d’une scène peu ordinaire. Une église évangélique dirigée par un pasteur expatrié n’a cessé de célébrer le culte tambour battant, de jour comme de nuit, ceci en dépit de la plainte d’un voisin, magistrat en l’occurrence. En dépit de la descente de la police sur les lieux et des rappels à l’ordre, les décibels n’ont cessé de monter. Excédé par ces agissements attentatoires à la préservation de l’ordre public, le magistrat en question qui s’est porté sur les lieux en a eu pour son compte. La bagarre a pris en un laps de temps des proportions alarmantes. Ce fait divers de pollution sonore auquel sont habituées les populations des cités urbaines, relance de plus belle la question du respect de la réglementation en la matière.
Ces derniers temps, le procureur de la République près le tribunal de première instance de première classe de Cotonou a tenté vaille que vaille de s’illustrer dans la lutte contre la pollution esthétique. Mais cela a fait flop. Ce pseudo réveil s’est limité à une descente dite de sensibilisation sur quelques artères de la ville, une séance d’information à l’endroit des officiers de police judiciaire, quelques arrestations, des peines d’emprisonnement avec sursis, quelques amendes et puis c’est tout. Dans la foulée, certains agents municipaux interpellés ont été relâchés. Les administrés, pris de peur, avaient semblé se ranger. Mais, « chassez le naturel, il revient au galop ». Les mauvaises habitudes ont repris le dessus et le procureur n’a fait que constater l’inefficacité des mesures déployées dans cette lutte. Tout comme Cotonou, toutes les cités urbaines végètent dans une insalubrité notoire, ceci parce que le gouvernement et les communes s’accusent mutuellement au lieu de travailler en intelligence pour juguler le phénomène.
Quand il leur plaît, les autorités à divers niveaux n’ont d’yeux que pour la pollution esthétique. Certes, cela saute aux yeux. Un cadre de vie insalubre n’a rien de commode. C’est la porte ouverte à de nombreuses maladies. Mais la pollution sonore, qui préoccupe peu, est la plus vicieuse. Elle nuit au quotidien aux paisibles populations qui se résignent, faute d’intérêt de la part des pouvoirs publics. Or, c’est un fait que les nuisances sonores sont dévastatrices, car causant des dommages souvent irréversibles mais qui ne se révèlent qu’à long terme. Pourtant, la production intempestive de bruits est l’exercice favori de bon nombre d’individus, seuls ou en groupe. On connaît la capacité de certains artisans, notamment les soudeurs, à troubler le silence par les bruits stridents causés par leurs outils de travail. On connaît aussi le penchant des promoteurs des bars et maquis, qui pour attirer la clientèle, mènent la vie dure à leur entourage.
De plus en plus, de nouveaux acteurs s’illustrent sur ce terrain avec l’ambition de décrocher la palme d’or des nuisances sonores. L’expression virile et disproportionnée de la foi au moyen de chants et danses ponctués par l’accompagnement des instruments de musique, le tout porté le plus loin possible au moyen de haut-parleurs, est une hantise pour les paisibles populations. Les églises évangéliques qui surgissent de terre à tous les coins de rue sont reconnues comme étant des vecteurs de premier plan de la pollution sonore. Toutes les heures servent au culte. Sous le chaud soleil ou dans la profondeur de la nuit, les décibels fusent, interminables et agaçantes. Depuis des années, l’arsenal répressif dont dispose le Bénin n’a jamais été mis en branle pour assainir ce milieu où les têtes de pont se croient tout permis. Maintenant qu’un magistrat a fait les frais de cette situation au point où sa vie a été mise en péril, il faut espérer que ses pairs se réveillent de leur torpeur et accomplissent convenablement leurs missions.





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