En vérité : La santé en détresse

Moïse DOSSOUMOU 3 décembre 2019

Ça va mal dans les hôpitaux publics. Les nombreuses réformes initiées par le gouvernement peinent à porter leurs fruits. Les patients et leurs parents continuent de payer le prix du laxisme et de la cupidité du personnel soignant mais aussi des dysfonctionnements effarants à l’actif des centres de santé publics. S’il est vrai que les hôpitaux publics sont mieux fréquentés qu’avant du fait de la présence au poste des praticiens hospitaliers, il n’en demeure pas moins que la qualité des soins attendue n’est pas toujours au rendez-vous. Heureusement que la commission chargée du contrôle des structures de prestation des soins médicaux veille au grain. Installée le 10 octobre 2018, cette structure placée sous la responsabilité du Prof Blaise Ayivi prend à cœur sa mission. Il y a quelques mois, elle s’était signalée par des dénonciations constituées d’irrégularités et de déviances persistantes notées entre le 17 juin et le 30 août dans 111 formations sanitaires publiques.
Cette fois, elle revient à la charge avec des constats qui font froid dans le dos. Le contrôle qui a consisté d’abord à la vérification du respect des normes sanitaires, puis à une immersion, pour mieux identifier les problèmes, fut fructueux. Au total, les 1233 contrôles effectués en plusieurs passages dans les centres de santé publics et privés associés aux 24 cas de saisine notés en une année sont édifiants. Les six principaux écarts relevés sont illustratifs de la galère des malades. L’hygiène déficiente des locaux, des cours et des dépendances dans la plupart des formations sanitaires publiques ; l’insuffisance de pertinence du diagnostic et l’inadéquation du traitement, notamment par les infirmiers et par des aides-soignants ; le rançonnement des pauvres malades dans le désarroi, la vente illicite de médicaments, le vol et le détournement des recettes ; le non-respect par les formations sanitaires privées du contenu des cahiers de charges pour lesquels les autorisations leur ont été octroyées méritent d’être soulignés.
A ceci, il faut ajouter l’exercice illégal de la médecine et la formation tout aussi illégale des aides-soignants et des auxiliaires de santé dans plusieurs cabinets de soins infirmiers. Enfin, l’organisation inadéquate des ressources humaines qui font des gardes de 24 à 48h avec des repos compensatoires de 48 à 72h alors que l’effectif du personnel qualifié ne permet pas d’assurer tous les jours et dans toutes les formations sanitaires la disponibilité du service 24h/24. Le comble, comme on peut l’imaginer, c’est que ces défaillances induisent des pertes en vies humaines. Les trois cas déplorés par la commission interpelle fortement la conscience des agents de santé. Le nourrisson de deux ans décédé le 10 septembre 2019 aux urgences pédiatriques du CHD Zou à Abomey ; l’élève de 15 ans décédé un mois plus tard, soit le 10 octobre 2019 au service des urgences du Chdo à Porto-Novo des suites d’une péritonite appendiculaire et le jeune de 20 ans qui a succombé à une importante amputation intestinale au service des urgences de l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi ne reviendront plus à la vie.
Curieusement, la commission dirigée par le Prof Blaise Ayivi semble absoudre le personnel soignant. Ces décès sont attribués aux défaillances dans l’organisation des services et au non-respect des protocoles de prise en charge des malades et des cas d’urgence en particulier. C’est dire qu’aucune faute professionnelle n’a été notée. « Les loups ne se mangent pas entre eux ». Les malades et leurs familles qui sont le maillon faible dans l’affaire, auront toujours tort, à moins que l’option de la désignation des coupables et des sanctions soit prise et appliquée sans état d’âme. Sinon, à quoi ça sert que des irrégularités et dysfonctionnements qui engendrent des décès soient notés et que la vie continue comme si de rien n’était ? Dans un domaine aussi délicat que la santé, les fautes orphelines ne devraient pas exister.



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