En vérité : La solution des masques locaux

Moïse DOSSOUMOU 13 mai 2020

Les artisans retrouvent le sourire. A l’instar de tous les travailleurs, ils ont aussi grincé des dents, pendant de longues semaines. Habitués à recevoir la clientèle à un rythme régulier pour la plupart, ils ont commencé à se tourner les pouces du jour au lendemain. Comme dans tous les pays du monde, l’apparition du coronavirus au Bénin a donné un coup d’arrêt aux activités économiques. Cette situation inédite, tombée comme un cheveu sur la soupe, continue de faire broyer du noir à la population active. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, après une période de doute et d’interrogations, les stylistes et couturiers ont commencé à voir la vie en rose. Et pour cause ! Fidèle à sa stratégie de riposte contre la pandémie du moment, le gouvernement vient de faire l’option de confier à ces artisans la confection des masques en tissus réutilisables. La quantité considérable attendue donne du baume au cœur aux fabricants.
En effet, au départ, les officiels n’avaient pas intégré le port de masques artisanaux dans la stratégie nationale. Seuls les masques chirurgicaux commandés hors de nos frontières avaient pignon sur rue. A plusieurs reprises, l’Exécutif a réceptionné des millions de masques fabriqués à l’étranger destinés à la consommation locale. Subventionnés, ils sont toujours commercialisés dans les pharmacies. Pendant ce temps, quelques rares couturiers proposaient des masques locaux en tissus. Au départ, la mayonnaise n’avait pas pris parce que l’opinion publique n’y accordait pas du crédit. Progressivement, la clientèle a commencé par s’y intéresser en grand nombre. Cela se justifie dans la mesure où, en dépit du prix subventionné, il fallait être d’un certain niveau social pour se rendre tous les jours dans les officines pour se ravitailler en masques à usage unique. Les contraintes liées à l’utilisation de ce type de produit ont découragé plus d’un.
La ruée vers les masques en tissus cédés à des coûts raisonnables était alors manifeste. Ayant compris qu’ils pouvaient se faire des sous dans cette affaire, les artisans se sont jetés à l’eau. C’est ainsi que des masques avec des modèles et des tissus variés ont envahi le marché. Avec la mesure du port obligatoire de la bavette toujours en vigueur sur toute l’étendue du territoire national, les populations ont jeté leur dévolu sur les productions artisanales. Avec la reprise des cours dans les écoles et les besoins sans cesse grandissants en masques pour les apprenants, le gouvernement a finalement opté pour la consommation locale. Une bouffée d’oxygène pour les stylistes et couturiers dont le chiffre d’affaires a baissé depuis quelque temps. Sans hésiter, beaucoup ont saisi l’opportunité. Responsabilisée pour acquérir ces masques auprès des artisans, la Centrale d’achat des médicaments essentiels (Came) est entrée dans la danse.
En seulement cinq jours, deux millions ont pu être confectionnés. Ce lot déjà acquis par les pouvoirs publics sert pour les besoins dans les établissements scolaires. Mais la demande n’a pas baissé pour autant. Ce corps de métier a encore de beaux jours devant lui. Comme quoi, le Covid-19 n’a pas que des aspects négatifs. En décidant de mettre les artisans locaux à contribution, le gouvernement a vu juste. Par ces temps difficiles, c’est heureux que les dirigeants injectent des sous dans l’économie. Des dizaines de milliers de familles qui s’interrogeaient quant à leur survie en ces moments critiques peuvent souffler. De la même manière, des projets d’investissement dont la concrétisation a été repoussée à une date ultérieure, seront remis au goût du jour. Ce n’est pas pour déplaire aux travailleurs d’autres secteurs qui en bénéficieront à leur tour. Vivement que dans sa stratégie de riposte, le gouvernement fasse également des clins d’œil à d’autres pans de la vie économique. C’est le moins qu’on puisse souhaiter.





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