En vérité : La traite du 21ème siècle !

Angelo DOSSOUMOU 20 novembre 2017

On a du mal à le croire. Mais, les images prises par des journalistes de CNN nous obligent à nous rendre à l’évidence. Dans la Libye d’aujourd’hui, avec moins de 285 mille FCFA, l’homme ‘‘noir’’ est acheté comme un vulgaire mouton de Tabaski. Cédés par des passeurs, les migrants piégés sont, au nez et à la barbe des autorités libyennes, réduits à l’esclavage. Dans les champs et sur les chantiers de construction, ces esclaves des temps modernes, en provenance pour la plupart de l’Afrique de l’Ouest, sont non seulement exploités mais aussi privés de leur dignité.
Des êtres humains capturés par des groupes armés et vendus aux enchères par des réseaux de passeurs, on se croirait aux heures sombres de la traite négrière. Mais non ! Cela se passe en plein 21ème siècle. Et si à cause de l’enquête de CNN à Tripoli, la mésaventure des migrants sur leur parcours de la méditerranée vers l’Europe fait actuellement le buzz, il faudra désormais, davantage ouvrir l’œil car, d’autres esclaves dans d’autres pays croupissent également dans l’anonymat.
Sinon, ils se comptent par milliers, ces naïfs embarqués pour d’autres cieux à la recherche de l’eldorado, mais à l’arrivée, réduits à l’esclavage. Et si hier, c’était le commerce triangulaire, aujourd’hui, c’est le Corbeaux lui-même, en plus de son fromage, qui se laisse bêtement dévorer par le Renard. Quelle tristesse !
En principe, à la vue de ces images de la honte de CNN, un vent de colère, mais surtout de remise en cause de ces gouvernances qui ne produisent que des chômeurs, devrait souffler sur tout le continent noir. Hélas ! Au lieu d’attaquer le mal à la racine, une fois encore, on se jettera éperdument sur le feuillage libyen. Et, très bientôt, à part les marches, indignations de principe de l’Union Africaine et autres organisations internationales, il ne faut rien espérer pour que change cette ignominie. D’ailleurs, dès lors que l’homme noir n’aura pas compris qu’il est, et a été toujours à la base du malheur de son frère, ne nous attendons pas que les autres nous respectent.
A partir du quinzième siècle, pour des pacotilles, il y a déjà eu pire. Et comme chasser le naturel, il revient au galop, en plein 21ème siècle, le parfait miroir aux alouettes pour le nègre, c’est l’Europe. A n’importe quel prix, il faut y aller pour fuir la misère d’ici. Seulement, si ces jeunes chômeurs, ouvriers et même parfois diplômés, pouvaient savoir ce qui les attendait. Entre rester chez soi et prendre le risque de se voir acheter et forcer à travailler sous le fouet, je parie qu’ils auraient fait contre mauvaise fortune, bon cœur.
Mais sans ça, ne me dites pas que les migrants ont tort de tenter leur chance sur les routes du Maghreb, de l’Europe et du Liban. Et au lieu de s’indigner et de demander des comptes aux autorités libyennes, nos dirigeants feraient mieux de se culpabiliser et de travailler à créer un environnement de paix et favorable au plein-emploi. Si, un jour l’Afrique noire prend sa revanche sur l’histoire, ce sera du fait de ceux qui nous gouvernent. Mais, si des ressortissants du continent le plus riche sont encore, en Libye et ailleurs, réduits à la servitude, ne me faites pas dire, en définitive, que nous sommes tout simplement, maudits !



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