En vérité : Le défi du développement local

Moïse DOSSOUMOU 23 avril 2020

C’est une dynamique en cours depuis 2003. Cette année-là, les conseillers de la première mandature des conseils municipaux et communaux post conférence nationale prenaient service. L’espoir était immense. Beaucoup croyaient naïvement à tort au renouveau du développement à la base. Plus de quinze ans après, les illusions se sont envolées laissant place à une triste réalité. Essentiellement budgétivores, les organes délibérants et exécutifs au plan communal n’ont pas comblé les attentes. D’un département à un autre, le constat est quasi identique. Les élus, notamment les maires et les chefs d’arrondissement, n’ont pas vraiment mouillé le maillot comme attendu. Les privilèges et avantages liés au poste ont beaucoup plus préoccupé les détenteurs du pouvoir au niveau local. L’épanouissement des communautés devant aboutir à l’essor des localités a été constamment relégué aux calendes grecques. Seules quelques actions d’éclat et la culture du sur-place constituent l’essentiel du bilan de 17 années d’expérience de la décentralisation.
Certes, les différents conseils communaux ont en majorité jeté la pierre au gouvernement qu’ils accusent de leur avoir transféré des problèmes plutôt que des ressources. Alors que les maires étaient en droit de prélever d’importantes ressources pour donner une consistance à leurs budgets respectifs, la loi n°98-006 du 15 janvier 1999 portant régime financier des communes en République du Bénin ne leur a concédé que des miettes. Face à cette difficulté, l’argent étant le nerf de la guerre, beaucoup d’élus ont revu leurs ambitions à la baisse, si ambition il y avait. Alors, la rubrique « fonctionnement » a pris le dessus sur celle de l’investissement. L’effort constant et croissant de mobilisation des ressources locales propres n’est pas la chose la mieux partagée par les décideurs locaux qui gèrent leurs territoires à la petite semaine.
Les élections du 17 mai prochain consacreront la 4ème mandature des conseils municipaux et communaux. Il faut espérer que les habitudes changent radicalement au lendemain de cette date. Le gouvernement accusé de tous les maux par les organes locaux de prise de décisions, semblent s’être quelque peu rattrapé par des investissements considérables dans les secteurs de l’eau, de l’énergie électrique et des transports. En peu de temps, plusieurs localités ont changé de visage. L’accompagnement conséquent du gouvernement a transformé qualitativement des secteurs négligés comme la mobilité des populations et l’assainissement du cadre de vie. Voilà qu’à l’orée de ces élections, les candidats sortent de l’ombre avec des promesses mirobolantes de part et d’autre. Vont-ils se comporter comme leurs prédécesseurs élus aux postes qu’ils convoitent ?
Une nouvelle dynamique doit naître dans nos communes. Après 17 années de tâtonnement, il faudra changer de fusil d’épaule et miser enfin sur le développement local. Cette révolution passe prioritairement par la qualité des hommes et femmes qui seront incessamment appelés à prendre le gouvernail à la base. La promotion des bonnes pratiques, l’implication des différentes couches des communautés dans les processus de prise de décisions, la mobilisation croissante des ressources, des réalisations pertinentes et durables… voilà des axes prioritaires qui attendent les futurs élus. Ce serait un recul si les vieilles habitudes décriées sont encore maintenues dans les communes. Les populations espèrent le meilleur. Pour que l’éprouvant combat contre la pauvreté soit gagné sur la durée, il faut à un moment donné tourner dos à la facilité et à la paresse.





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