En vérité : Le privé à la rescousse de l’école

Moïse DOSSOUMOU 16 avril 2020

Le diagnostic est sans appel. La disparité des résultats scolaires dans le public et le privé est imputable à la qualité des enseignants recrutés ça et là pour combler le grand vide en la matière. Placés en situation de classe sans des préalables et laissés dans une grande précarité, ils n’ont pas toujours le cœur à l’ouvrage. Après avoir validé ce constat, le gouvernement a voulu changer la donne. Pour ce faire, les décideurs ne sont pas allés loin pour chercher la solution. Le management en cours dans les écoles privées depuis plusieurs années a séduit l’Exécutif qui veut également s’illustrer sur ce plan. Il faut croire alors que les instituteurs sortis des écoles normales et les professeurs certifiés, agents permanents de l’Etat, qui au cours de leur carrière en arrivent à diriger des écoles, collèges et lycées ne sont pas efficaces à ces postes stratégiques. Du coup, la solution du privé s’impose.
Ainsi, en décidant de créer un nouveau cadre qui va régir le recrutement des enseignants et la gestion des établissements scolaires, primaire et secondaire général, ainsi que les ressources humaines chargées de les animer, les pouvoirs publics sont animés par la volonté de corriger les nombreux dysfonctionnements en vue d’une nette amélioration des performances du système éducatif. A tous les coups, ce dispositif qui se met progressivement en place sera éprouvé au cours de l’année scolaire 2020-2021. Le bras opérationnel de cette énième réforme, c’est l’Agence nationale pour les prestations aux établissements scolaires publics (ANaPES). Placé sous la tutelle de la présidence de la République, ce nouvel organe qui va s’implanter dans le monde scolaire est né avec des dents, tant les missions qui lui sont confiées sont consistantes. Il y a quelques mois, courant troisième trimestre 2019, le gouvernement avait manifesté la volonté de solliciter les privés pour recruter et gérer les enseignants. Maintenant, c’est fait.
L’ANaPES entre de plain-pied dans le dispositif institutionnel au plan national et étend ses tentacules dans un secteur de souveraineté. L’école a été de tous temps un sujet de grande préoccupation pour les gouvernants. Des stratégies, des mesures, des décisions ont été adoptées et prises pendant de longues années sans des résultats probants. Cette fois, le gouvernement essaie une solution inédite : le recours aux privés. Evidemment, puisqu’il s’agit de l’école publique, les frais d’inscription ne seront pas revus à la hausse. Les infrastructures également demeurent la propriété de l’Etat. Le privé appelé à la rescousse y séjournera pendant un temps afin que les résultats à son actif soient comparés avec ceux des personnes publiques. Cette mesure qui fera grincer des dents sera mise en œuvre à titre expérimental en attendant qu’elle soit généralisée ou non. D’ores et déjà, force est de reconnaître que les enseignants parvenus aux postes de direction dans les écoles n’auront plus la main comme par le passé.
Un meilleur encadrement et une obligation de résultats, c’est ce qui est attendu des gestionnaires privés qui prendront incessamment les commandes des écoles cibles pour la phase expérimentale. Cette option place d’office en situation de concurrence les enseignants maintenus aux postes de direction dans les établissements publics. C’est à croire que l’Etat, employeur des fonctionnaires, ne peut pas exiger d’eux des résultats. On serait tenté de croire que seul le privé, avec ses méthodes, est capable du meilleur. Quid des directeurs d’écoles primaires régulièrement déchargés pour insuffisance de résultats, notamment au Cep ? Cette méthode-sanction a-t-elle montré ses limites ? En tout état de cause, l’école est un secteur délicat. Tout le monde est d’avis qu’elle a besoin d’être réformée. Le gouvernement, qui a l’initiative de la décision, fait sa part. La pertinence de ses choix sera éprouvée à l’aune des résultats.





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