En vérité : Le quitus salvateur

Moïse DOSSOUMOU 29 janvier 2019

« Les loups ne se mangent pas entre eux ». Cette assertion largement vérifiée a été battue en brèche par le législateur béninois. Ici comme ailleurs, l’exception est venue confirmer la règle. Les députés de la 7ème législature, en rendant un grand service à la Nation, se sont tiré une balle dans le pied. En effet, les réformes prônées et défendues par Patrice Talon ont rencontré l’assentiment des élus du peuple, notamment ceux affiliés au Bloc de la majorité parlementaire (Bmp). En rangs serrés, fidèles à leur leader, ils ont validé sans grande réserve les textes de loi qui instaurent un nouvel ordre politique. La Charte des partis politiques et le Code électoral font partie intégrante de ce bloc de légalité qui donne des sueurs froides à la classe politique. Au nombre des innovations apportées sous l’impulsion du chef de l’Etat, figure en bonne place, le quitus fiscal, sans lequel aucune candidature à une élection ne peut être validée.
Certes, il ne s’agit pas en tant que tel d’une nouveauté. Ce document faisait partie des pièces produites par les candidats lors des consultations électorales antérieures. Ce qui change fondamentalement aujourd’hui, c’est la qualité du commis de l’Etat, habilité à le délivrer. Jusqu’à preuve du contraire, le directeur général des impôts est l’unique fonctionnaire autorisé à apposer sa signature au bas de ce document. Auparavant, les receveurs des impôts avaient la latitude de produire ce précieux sésame aux candidats. Désormais, ils devront compter avec la vigilance des services de la direction générale des impôts. Avec la numérisation de la plateforme, toutes les informations liées aux contribuables s’y trouvent. Finie donc la période où les candidats pouvaient user de la ruse ou de subterfuges divers pour se soustraire au paiement de leurs impôts. Aujourd’hui plus qu’hier, ils sont appelés à payer le juste prix. Et cela fait grincer des dents.
Les réformes fiscales opérées depuis avril 2016 commencent à porter leurs fruits. Les efforts fournis par les services des impôts pour améliorer sensiblement le taux de recouvrement sont si pertinents que les résultats attendus sont déjà visibles. Les contribuables qui ont acquis l’expertise de faire de fausses déclarations ont jeté l’éponge. La modernisation aidant, la paperasse disparaît progressivement au profit des usages du numérique. L’implication des administrations locales dans la quête d’optimisation des recettes fiscales est plus que concluante. Eu égard à cette panoplie d’actions, tous les candidats aux législatives sont astreints à payer leurs contributions fiscales à la hauteur de la valeur de leurs biens. Cette exigence est non discriminatoire. Ceux de l’opposition tout comme ceux de la mouvance subissent le même traitement. Quelle que soit la coloration politique, chacun règle sa dette vis-à-vis du fisc pour les trois années antérieures avant de prétendre être candidat.
Il fallait un réformateur de la trempe de Patrice Talon pour administrer cette pilule amère au personnel politique habitué aux négociations et aux techniques de roublardise pour échapper au fisc. Aujourd’hui, tout le monde est logé à la même enseigne. Aucun citoyen ne s’acquitte de ses impôts de gaieté de cœur. Mais lorsqu’on envisage faire une carrière politique, on a l’obligation d’être irréprochable à certains égards. Un élu doit prendre fait et cause pour la vertu. La politique, c’est le service de la communauté et non de soi-même, d’où la promotion du bon exemple. On ne peut prétendre vouloir servir l’intérêt général et traîner des casseroles. Encore que chez nous, beaucoup vont à la politique pour figurer parmi les privilégiés afin de ne pas s’acquitter de certaines de leurs obligations citoyennes. Bravo à Patrice Talon qui les contraint, tous sans exception, à être en règle vis-à-vis du fisc. Ils ont jusqu’au 15 février prochain pour payer, de gré ou de force, ce qu’ils doivent à la République.



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