En vérité : Le récépissé qui fâche

Isac A. YAÏ 23 septembre 2019

Elle devait être une bonne nouvelle. Mais il n’en est rien. La délivrance du récépissé provisoire par le ministre de l’intérieur consacre l’existence officielle du parti. A priori, après plusieurs micmacs, cette formation politique a satisfait aux exigences de la loi n°2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin. En parcourant le courrier du ministre, on est tenté de croire que les instances du parti ont procédé à des réajustements et corrections contenus dans le courrier V/L n°001 du 12 septembre 2019. En lieu et place de Valentin Djènontin élu Secrétaire exécutif national du parti au terme du mémorable congrès constitutif de février 2018 à Parakou, c’est plutôt Paul Hounkpè qui prend les commandes. Il faut croire que cette mutation s’est opérée dans la clandestinité. Ce qu’il faut retenir à présent, c’est que ce parti d’opposition, exclu des législatives d’avril 2019, pour non-conformité à la charte sus-évoquée, est reconnu par les pouvoirs publics.
Toutes considérations confondues, c’est un pas en avant. Le ministère de l’intérieur sait désormais que ce parti existe. Ce n’est pas rien. La vocation première d’une formation politique, c’est la conquête et l’exercice du pouvoir. Pour relever ce défi, il faut agir en toute légalité. Le socle de tout parti doit être le respect des lois de la République que l’on est censé servir. Néanmoins, les querelles nées de la délivrance de ce récépissé ont également leur fondement. Faut-il le souligner, bien avant le vote et la promulgation de la charte des partis politiques qui prône la création de grands ensembles politiques en lieu et place des micro-partis, les Fcbe ont été les premiers à se jeter à l’eau. Réunis à Parakou en février 2018 sous le parrainage de Boni Yayi, les partis, mouvements et alliances qui sont demeurés fidèles à la vision prônée par l’homme ont disparu au profit d’un parti unique.
Les Fcbe avaient réussi sans contrainte et sans loi ce que l’Union fait la nation n’a jamais réussi à faire en dépit de l’expérience des têtes de pont de ce regroupement. Il fallait simplement qu’à la faveur de la nouvelle charte des partis politiques, son dossier soit mis à jour au niveau du ministère de l’intérieur. Ce qui fut fait, mais les intrigues politiciennes ont pris le dessus. Il a fallu plusieurs mois de tiraillements pour obtenir le fameux récépissé provisoire. Maintenant que c’est fait, une nouvelle guéguerre naît, tout simplement parce que les cadors du parti ont l’impression que la ruse est passée par là. Si ce récépissé soulève tant de vagues alors qu’il devait être source d’apaisement et de réconfort, c’est bien parce qu’il y a eu maldonne quelque part. Les accusations mutuelles qui proviennent des désormais deux ailes du parti indiquent que ce récépissé est venu créer des problèmes au lieu d’en régler.
A-t-on voulu à dessein fragiliser davantage les Fcbe ? Possible. Toujours est-il que ce récépissé, en dépit de son caractère positif, divise plus qu’il n’unit. Du reste, il appartient aux membres du parti de puiser en eux les ressources pour passer ce cap difficile. Les élections locales pointent à l’horizon. La présidentielle aussi. Ce sont des rendez-vous capitaux que ce parti doit honorer, non seulement par respect pour ses militants qui sont restés fidèles en dépit de tout, mais aussi pour sa crédibilité. Mais, à écouter les uns et les autres, le point de non retour a été franchi par chaque camp et il faut craindre une guerre ouverte entre les différentes ailes. Si la saignée n’est pas arrêtée à temps, elle va évoluer vers une scission. Heureusement que Boni Yayi a encore le charisme pour rassembler ce beau monde. S’il le veut, il peut recoller les morceaux et réconcilier sa famille politique.





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