En vérité : Les bons offices du clergé

Isac A. YAÏ 9 juillet 2019

Elle s’active sur le terrain. A son rythme, la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) déroule son calendrier. Son offre de médiation en vue de la résolution de la crise post-électorale est passée de la parole à l’acte. Depuis quelques semaines déjà, le clergé prend sur lui de réconcilier le personnel politique. Divisés à cause de la tenue des élections législatives non inclusives du dimanche 28 avril dernier, les animateurs de la vie politique nationale, se regardent toujours en chiens de faïence. Compte tenu de l’ampleur des dégâts occasionnés par les troubles enregistrés ça et là, il fallait agir pour sauver les meubles. La Conférence épiscopale du Bénin qui a toujours appelé à un discours de vérité a alors proposé ses services pour rétablir le pont entre les acteurs politiques. Ces derniers, campés sur leurs positions, s’accusent mutuellement, sans laisser la possibilité aux uns d’aller vers les autres ; il fallait donc un acteur neutre, crédible et engagé pour tenter de rapprocher les deux parties afin qu’elles trouvent une solution à cette crise politique qui ne fait pas honneur à notre pays.
Jadis habitué à un climat de paix avant, pendant et après les élections, le Bénin fait malheureusement exception à la règle depuis peu. L’unité et l’union nationales étant en péril, il était de bon ton qu’un médiateur entre en scène pour recoller les morceaux. Sur cette mission, l’Eglise peut se targuer d’un passé glorieux. En février 1990, la présidence des travaux de la Conférence nationale confiée à un évêque fut un choix lumineux. De regrettée mémoire, Mgr Isidore de Souza a usé de tact et de diplomatie pour jouer ce rôle extrêmement délicat avec brio. La suite, nous la connaissons. 30 ans après, c’est au tour de ses pairs dans l’épiscopat de jouer un rôle similaire.
Louis Vlavonou, président de l’Assemblée nationale et Joseph Djogbénou, président de la Cour constitutionnelle ont déjà échangé avec la délégation de la Conférence épiscopale du Bénin. Certes, le contenu des échanges n’a pas été rendu public. Mais il est certain que les langues se sont déliées et qu’il y a beaucoup d’espoir quant au compromis recherché. Selon le porte-parole des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), hier, c’était le tour de l’opposition d’échanger avec le clergé. Nourénou Achadé et les siens ne manqueront pas l’occasion pour exposer leurs griefs contre le processus électoral. Les tenants et aboutissants de ce scrutin, les ressentiments, les frustrations, les accusations, les machinations, tout ou presque tout, a dû être passé au crible par les opposants qui ne ratent aucune occasion pour tirer à boulets rouges sur le gouvernement. La solution qu’ils préconisent est connue. L’écoute, l’appel au calme et à la retenue sont à n’en point douter les maîtres mots des évêques.
Après cette séance, ils auront, selon leur calendrier, à reprendre le même exercice avec les partisans du chef de l’Etat. Patrice Talon en personne ne manquera pas de leur accorder une audience. Au vu de l’évolution de la situation, des concessions obtenues de part et d’autre, une rencontre impliquant des représentants de chaque camp pourra être envisagée. Cela débouchera peut-être sur le dialogue national annoncé par le président de la République. Dans cette quête de la décrispation et la paix, aucune initiative ne sera de trop. Le clergé fait bien de jouer sa partition. Pourvu que cette mission qui n’est pas de tout repos et périlleuse à bien d’égards soit couronnée de succès. Le Bénin en a grand besoin.



Dans la même rubrique