En vérité : Les mauvais jours du « kpayo »

Moïse DOSSOUMOU 10 mars 2020

Le « kpayo » délaissé pour la station. Qui l’eût cru ! Pourtant, cela se passe au Bénin. La décision des dirigeants nigérians d’interdire la commercialisation de l’essence à la pompe dans les localités sises à quelques encablures des frontières avec le Bénin a induit un changement de comportement. De plus en plus, les Béninois s’approvisionnent dans les stations-services. Le réflexe de la consommation de l’essence de contrebande communément appelée « kpayo » s’estompe progressivement. Ce constat patent se fait au quotidien dans les grandes villes notamment Cotonou et Abomey-Calavi. Les étalages de « kpayo », vidés de leur substance pour la plupart et réduits à leur plus simple expression, n’attirent plus grand monde. En peu de temps, les choses ont changé. Les vendeurs, désœuvrés à longueur de journée, se contentent des rares clients qui s’arrêtent à leur niveau. C’est dire que leurs chiffres d’affaires connaissent une baisse drastique.
En quelques semaines, la situation s’est inversée. Les pompistes qui humaient l’air depuis des années sont maintenant très occupés. A longueur de journée, ils servent sans relâche les clients qui ne cessent d’affluer. Motocyclistes et automobilistes, en file indienne, privilégient à présent les stations services aux vendeurs du secteur de l’informel. La raison est toute simple. Le prix de cession à la station est plus abordable que celui pratiqué sur les étalages de fortune. De tous temps, ça a été le contraire. Il faut croire que la situation a changé. Les difficultés d’approvisionnement ont fait le lit de la surenchère et de la mévente d’un côté. Le fait que cela semble s’éterniser oblige les consommateurs à changer d’habitude. Les griefs contre les stations services ont subitement disparu. Les pompistes, même submergés, s’occupent vaille que vaille de la clientèle qui grossit chaque jour.
Heureusement que face à la hausse du prix du « kpayo », le secteur formel est venu sauver les meubles. Les opérateurs économiques qui ont consenti des investissements pour ce qui est de l’érection de nouvelles stations services aux abords des voies peuvent se frotter les mains. Le risque a payé. En rendant le produit disponible, ils ont facilité la tâche aux consommateurs qui se plaignaient justement de l’insuffisance des stations services. Aujourd’hui, pour ce qui est des principales villes du pays, cette plainte n’est plus d’actualité. La conjoncture liée à l’attitude du Nigéria fait les affaires des investisseurs qui se sont préparés à saisir cette opportunité. Mieux, la disponibilité du produit à plein temps rassure davantage les Béninois qui ont l’assurance d’être servis à la pompe toutes les fois que leurs pas les y conduisent. Finie donc la période de pénurie où l’essence « kpayo » se vendait à prix d’or parce que indisponible à la station.
La politique fiscale attrayante actuellement pratiquée par le gouvernement facilite la vie aux opérateurs économiques qui se retrouvent dans ce secteur. Toutes ces conditions réunies arrangent à la fois commerçants et consommateurs. C’est dire que lorsque les politiques publiques sont bien pensées, leur mise en œuvre produit de bons résultats. Pour une fois, le choix de l’anticipation a été fait et il sied de constater que les fruits ont tenu la promesse des fleurs. Vivement que des réajustements soient faits au fur et à mesure afin que le réflexe de s’approvisionner à la pompe soit de mise sur la durée. Au moindre relâchement, les anciennes habitudes vont reprendre le dessus. Et tous les efforts consentis jusque-là seraient vains. La norme, c’est que le plein des réservoirs se fasse à la station dans les conditions optimales de sécurité. Pour qu’il en soit ainsi, la responsabilité des gouvernants est pleinement engagée.





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