En vérité : Les vacataires sur la sellette

Moïse DOSSOUMOU 6 décembre 2018

Comme son chef, il a l’étoffe d’un réformateur. Depuis qu’il tient les rênes du ministère de l’enseignement secondaire, technique et de la formation professionnelle, les décisions s’enchaînent à un rythme soutenu. D’octobre 2017 à ce jour, Kakpo Mahougnon, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a remis en cause un certain nombre d’habitudes dans le sous-secteur dont il a la charge. Son dernier fait d’armes remonte à tout juste hier. Dans le but d’assainir mais aussi de valoriser la noble corporation des enseignants, le ministre a pris la décision d’évaluer ceux qui jouent ce rôle à titre ponctuel. Les vacataires, dont le système éducatif ne peut se passer à l’heure actuelle, ont toujours été un sujet de préoccupation. Vu leur nombre sans cesse grossissant et la qualité de la prestation attendue de leur part, il était de bon ton que des initiatives soient prises pour s’assurer qu’ils font le job avec professionnalisme, conscience et dévouement.
Quelques mois après sa nomination, le ministre avait cru devoir réorganiser le mode de recrutement et d’utilisation des vacataires. Sélectionnés dans les collèges et lycées suite à des dépôts de dossiers, la répartition des heures d’intervention a connu des modifications. L’époque au cours de laquelle un enseignant vacataire pouvait sillonner plusieurs établissements dans le but d’arrondir ses fins du mois est révolue. Désormais, ils devront se résoudre à se contenter de trois collèges avec un maximum de 9h de cours par établissement. Cette donne change fondamentalement les habitudes et la ruée vers les cours privés est perceptible. En plus de cela, les vacataires ont été priés de fournir des relevés d’identité bancaire afin que leur dû soit versé directement dans des comptes ouverts à leur nom dans les institutions bancaires de la place. Cette réforme fait grincer des dents puisque depuis le début de l’année scolaire, ces enseignants, qui sont d’ailleurs les plus nombreux, se plaignent de n’avoir pas été payés jusque-là.
Restés longtemps silencieux, habités par l’espoir qu’ils rentreront incessamment en possession de leurs fonds, ils ont fini par donner de la voix. Timide au départ, le mouvement de protestation enfle dans tout le pays et va jusqu’au boycott de certaines activités académiques. Les vacataires se sont particulièrement fait signaler ces derniers jours dans les départements des Collines, du Borgou et de l’Atacora. Après avoir dispensé le savoir, ils sont dans l’attente légitime de toucher leur rémunération. L’exaspération et même la colère qui les animent sont justifiées. « Le salaire est la contrepartie du travail ». Et Kakpo Mahougnon est bien placé pour savoir que « ventre affamé n’a point d’oreilles ». C’est dans ce contexte bouillant qu’est intervenue hier cette énième décision du ministre. N’aurait-il pas mieux fallu régler d’abord la situation en cours avant d’annoncer une autre mesure qui fera forcément des mécontents ?
Tout compte fait, la décision d’évaluer les vacataires est pertinente. Le diplôme avec lequel ils sont recrutés n’est qu’une prétention de connaissances et de compétences. Il faut s’assurer qu’ils ont réellement les aptitudes pour transmettre le savoir dans les règles de l’art. Car, leur incompétence ou lacunes ont des impacts négatifs sur le niveau sans cesse en baisse des apprenants. L’idée est pertinente, mais il faut s’assurer que son application ne s’apparente pas à des règlements de compte. Salimane Karimou pourrait orienter judicieusement son collègue du gouvernement, lui qui a essuyé il y a peu la fronde des enseignants de la maternelle et du primaire pour avoir voulu connaître leur niveau réel. De toutes les façons, toutes les initiatives qui concourent à redorer le blason de l’Ecole béninoise sont les bienvenues. Mais encore faudrait-il qu’elles soient uniquement motivées par la quête de l’excellence.



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