En vérité : Marcel de souza, assis entre deux chaises ?

Moïse DOSSOUMOU 20 novembre 2018

Il est un personnage politique plutôt atypique. Cadre émérite de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), il a fait son entrée sur la scène publique à partir des années 2010. Directeur de campagne de son beau-frère Boni Yayi, candidat à sa propre succession à la présidentielle de mars 2011, Marcel de Souza s’est révélé à l’opinion. A l’époque, ses prises de position osées et viriles ont apporté du piquant aux Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). En face, Adrien Houngbédji, l’adversaire le plus coriace, soutenu par les vieux briscards de la politique, regroupés au sein de l’Union fait la nation, leur a donné du fil à retordre. La suite, nous la connaissons. Ce fut un K.O. historique à l’actif de Boni Yayi et sa troupe. La pilule fut amère, mais l’opposition d’alors fit contre mauvaise fortune bon cœur. Dès lors, Marcel de Souza prit une autre dimension sur l’espace public.
Entré au gouvernement en qualité de ministre d’Etat en charge du plan et du développement, il eut tout le loisir de faire ses preuves avec un succès relatif. Cette position le rendit davantage actif sur le plan politique où il s’illustra avec zèle à la présidence du Front républicain pour une alternative patriotique (Frap). Aux côtés de sa sœur Chantal, épouse de Boni Yayi, il donna une certaine visibilité à ce parti au sein du grand ensemble constitué par les Fcbe. En 2015, au terme des législatives, il renonça à sa fonction gouvernementale pour se retrouver à l’Assemblée nationale. Dans la foulée, le soir de l’élection du bureau de la présente législature, il n’a pas voulu rester en marge de cet événement. Dans l’optique de positionner son poulain au perchoir, Boni Yayi avait réussi à obtenir des procurations auprès des ténors des Fcbe. Marcel de Souza, faisant partie du lot, a obtempéré dans un premier temps.
Puis, patatras. A quelques minutes du démarrage de ce vote palpitant, il fit irruption au palais des gouverneurs. Cette soirée mémorable, celle du 19 au 20 mai 2015 a consacré, à une voix près, l’élection de Adrien Houngbédji au perchoir pour la troisième fois. Accusé de trahison, Marcel de Souza, avec son tempérament de feu, remit les pendules à l’heure. Le clash entre Boni Yayi et lui qui venait ainsi d’être consommé annonçait la grisaille entre les deux hommes unis par alliance. A la surprise générale, alors qu’il s’apprêtait à passer la main à son successeur, Boni Yayi nomma son beau-frère au prestigieux poste de la présidence de la commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Curieusement, dès son investiture, Patrice Talon a remis en cause la plupart des derniers actes posés par son prédécesseur y compris les nominations à l’étranger. Mais il n’a pas annulé celle de Marcel de Souza.
C’est ainsi qu’il s’est retrouvé de l’autre côté de Abuja pendant deux ans pour le compte du Bénin. Revenu au bercail, l’homme se fait discret. Il y a quelques mois, il a été aperçu à Tchaourou aux obsèques du frère aîné de Boni Yayi. Nul doute que la famille demeure après tout. L’opinion voyait en ce geste un réchauffement des liens entre les deux hommes. Le Frap devenu Front républicain du Bénin (Frb) a été annoncé il y a peu du côté d’un des blocs de la mouvance. Niet, a répliqué l’ex première dame par le biais d’un communiqué. Quelques jours plus tard, c’est Marcel de Souza en personne qui dément la rumeur mais précise toutefois qu’un congrès se tiendra incessamment pour décider de l’avenir du parti. De quel côté se retrouvera-t-il ? Lui qu’on sait à la fois proche de Boni Yayi et Patrice Talon.



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