En vérité : Nouveaux visages à la Haac

Moïse DOSSOUMOU 23 juillet 2019

Adam Boni Tessi s’en va, Rémy Prosper Moretti s’installe. Exit la 5ème mandature, vive la 6ème. Les hommes passent, les institutions demeurent. Comme le cycle de la vie, l’ancien cède la place au nouveau. Tout se renouvelle à intervalles réguliers, comme les saisons. En 2014, Adam Boni Tessi prenait le relai des mains de Théophile Nata. Hier, c’était à son tour de céder la place à son successeur. Tout passe en fait sauf le temps qui demeure et voit les générations défiler, une à une. Institution de la République, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) est pilotée à partir d’hier par des hommes nouveaux. Au cours des cinq prochaines années, Rémy Prosper Moretti, Bastien Salami, Bilikissou Ali Machiffa, Ali Camarou, Mariane Domingo, Fernand Gbaguidi, Franck Kpochémé, Armand Hounsou et Cécile Ahoumènou écriront l’histoire de cette institution.
Organe de régulation des médias, la Haac est censée veiller, entre autres, à un traitement juste, éthique et professionnel de l’information, et à l’accès équitable des citoyens aux médias de service public. Mais en cours de route, les différentes mandatures n’ont pas toujours su rester en harmonie avec les exigences de cette mission. A maintes reprises, au lieu de défendre et de protéger la liberté de presse, la Haac s’est muée en prédateur de la liberté. Les exemples sont légion. « La liberté de presse, c’est le droit de dire, d’écrire ou de diffuser ce que l’on veut, mais c’est aussi et surtout le devoir de l’assumer et d’en répondre », a dit hier le chef de l’Etat lors de l’installation de cette 6ème mandature . Son assertion va de soi. Mais ce n’est pas pour autant que la Haac qui ne fait que réguler se permette des choses qui nous tirent vers le bas.
Ce n’est pas pour rien que cette institution s’est éloignée des professionnels des médias ces dernières années alors qu’ils sont appelés à une étroite collaboration. Rémy Prosper Moretti devrait veiller à rétablir le pont que son prédécesseur n’a pas su consolider. « Je voudrais vous rendre attentifs au sort de nos médias, et en appeler à votre sollicitude (…) pour engager les uns et les autres dans les voies qui permettront de sortir le métier de l’amateurisme et de la vénalité », a déclaré pour sa part Patrice Talon qui oriente déjà la nouvelle équipe quant à son cahier de charges. Reconnaissant que bien de travers trouvent leur origine dans la précarisation de la profession, Patrice Talon qui se dit préoccupé du problème des sources de financement des médias et du modèle économique à mettre en place à leur profit, invite la mandature actuelle à « s’emparer de la pertinente question de l’éthique et de la déontologie dans les médias, pour en faire le principal instrument de discipline au sein de la corporation ».
Comme dans toute société, des nouveautés sont apparues depuis la création de la Haac à nos jours. Il y a peu, l’arsenal législatif a été renforcé. C’est ainsi que le code de l’information et de la communication, le code du numérique et la loi sur la radiodiffusion numérique ont été votés et promulgués. Du jour au lendemain, beaucoup de choses ont changé. « (…) On ne dénombre plus les médias emblématiques qui ont disparu ou qui sont menacés de faillite à cause de la révolution numérique… », a déploré Patrice Talon. Cette Haac qui ne sera, hélas pas dirigée par un professionnel des médias, est appelée à asseoir les bases de l’émergence des grands organes de presse au Bénin. Y parviendra-t-elle ? Fera-t-elle mieux que la mandature écoulée ? Le temps nous le dira.





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