En vérité : Prd : le clair-obscur

Moïse DOSSOUMOU 21 septembre 2020

Ses propos ne sont pas passés inaperçus. Comme à l’accoutumée, il a l’art d’alimenter les discussions lorsqu’il se résoud à parler. A l’orée de la présidentielle de 2021, son discours était très attendu. Adrien Houngbédji, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est resté fidèle à sa réputation. Pour ce double événement, il lui fallait marquer les esprits. En effet, la 10ème édition de l’Université de vacances des « tchoco-tchoco » couplée avec la célébration du 30ème anniversaire du parti ne pouvait passer inaperçue. L’occasion, bonne pour festoyer, intervient à une période de grisaille. Le plus vieux parti du Bénin ne tient plus sur ses deux jambes. Pendant que les tout nouveaux se vantent de leur bonne santé, le plus ancien a perdu de sa superbe au point de n’avoir aujourd’hui aucun élu. C’est une épreuve pour le Parti du renouveau démocratique (Prd) habitué à faire le plein des urnes dans ses fiefs.
En dépit des coups reçus depuis 30 ans, Adrien Houngbédji se veut serein. L’échec qui devait sonner comme un glas, résonne au contraire comme les trompettes de Jéricho. Le septuagénaire qui a « vu tout et son contraire » invite les siens à une Remontada. Le mot est lancé. Il ne cesse de revenir sur les lèvres depuis samedi dernier. Comment le Prd pratiquement vidé de sa substance peut-il prétendre à un renouveau ? Le leader mise sur du sang neuf. Peut-être a-t-il une recette pour en trouver et l’injecter à son parti qui a plus que jamais besoin d’un nouveau souffle pour ne pas disparaître. Conscient que le rapport des forces n’est pas en sa faveur, Houngbédji conseille aux militants restés fidèles de « savoir donner du temps au temps ». « L’espoir fait vivre », dira l’autre. Ayant abandonné la ligne de l’opposition depuis 2014, force est de constater que le Prd n’est pas à son aise aux côtés des partisans du gouvernement.
Les conclusions de ces assises le prouvent aisément. Après avoir fait le constat de l’acharnement dont il se dit l’objet de la part du régime, le Prd revendique son autonomie en se positionnant comme un des principaux courants d’opinion et de pensée. Marginalisé malgré son soutien à Patrice Talon, le parti veut-il renouer avec ses vieilles amours ? Au cours de ces 30 dernières années, le Prd a vécu ces moments de gloire en s’affirmant comme un parti d’opposition. A tout point de vue, le changement radical de ligne ne lui a causé que du tort. La descente aux enfers est manifeste de 2015 à ce jour. Les déclarations malheureuses de Adrien Houngbédji en 2015 lorsqu’il prenait fait et cause pour Lionel Zinsou et de Janvier 2018 où en présence de Patrice Talon, il peignait un Bénin « saccagé, fragilisé, fragmenté, banalisé et descendu de son piédestal », sont restées comme un os dans la gorge de l’opinion.
Le Prd est-il entrain de payer aujourd’hui le prix de ces deux malheureuses inspirations ? Avec quelle posture, l’ambition de la Remontada sera-t-elle nourrie ? A priori, Adrien Houngbédji fait un rêve entre deux rives. Le flou qui entoure sa position sur l’échiquier politique ne joue pas en sa faveur. Est-il oui ou non pour le régime ? La réponse franche à cette interrogation déterminera l’avenir du parti. C’est à dessein qu’il a éludé le débat sur la présidentielle de 2021 alors qu’il aurait pu, sans ambages, situer l’opinion sur l’orientation du parti. Toutes ces précautions tendent à faire croire que la lune de miel entre Patrice Talon et Adrien Houngbédji relève du passé. En politique comme dans la vie, les mariages se font et se défont. A ce jeu, le Prd est en passe de tout perdre si ce n’est déjà fait. A moins que de balbutiements en balbutiements, tel un phénix, il renaisse, une énième fois, de ses cendres.





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