En vérité : Que mijote l’opposition ?

Moïse DOSSOUMOU 12 décembre 2018

Contre leur gré, la réforme du système partisan est entrée dans sa phase active. Les députés de la minorité n’ont pas apporté leur caution au vote des lois portant Charte des partis politiques et Code électoral en République du Bénin. Puisqu’en démocratie, bien souvent, la majorité l’emporte sur la minorité, leurs pairs du Bloc de la majorité parlementaire (Bmp) se sont chargés de faire le job. Leur adhésion à ces deux textes de loi a suffi pour que l’Assemblée nationale les valide. Le contrôle de constitutionnalité s’étant effectué sans couac, le chef de l’Etat n’a pas boudé son plaisir pour les promulguer. Cet acte final qui donne force exécutoire aux lois a profondément changé la donne dans le paysage politique. Aussitôt, les acteurs politiques, selon leurs sensibilités, sont rentrés en pourparlers pour jeter les bases de la suite de leur carrière politique.
Ayant initié et milité pour l’effectivité de cette réforme, Patrice Talon a tôt fait d’encadrer sa troupe selon ses vœux. C’est ainsi que ces derniers jours, deux nouveaux partis voulus grands et d’envergure nationale, affiliés à la mouvance présidentielle, ont vu le jour. La naissance de ces deux géants annonce le requiem de la multitude de micros partis dont proviennent leurs membres. C’est dire qu’en un tour de main, une bonne centaine de clubs électoraux ont été contraints de fermer baraque. A trois mois des législatives, les forces politiques qui accompagnent les actions du chef de l’Etat semblent avoir une certaine avance sur leurs challengers de l’opposition. Il est vrai qu’au départ, bien avant le vote des deux lois qui instaurent un nouvel ordre politique, les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), jadis formées en alliance, se sont muées en parti politique. c’était en février dernier à Parakou.
Depuis, les choses semblent tourner au ralenti à ce niveau. Les coordinations départementales et même communales ont été installées. Boni Yayi et les lieutenants qui lui restent, investissent du mieux qu’ils peuvent, le terrain politique. Mais cela ne suffit pas pour faire l’affaire, vu l’imminence des consultations électorales de mars 2019. Leurs adversaires, déjà en ordre de bataille, ont passé l’étape des regroupements et des logos. Il ne reste que la délicate question des positionnements à gérer. Par contre, du côté de l’opposition, les négociations suivent leur cours avec des fortunes diverses. Boni Yayi et Candide Azannaï annoncés pour faire la paix à l’occasion d’une rencontre historique n’ont pas encore fini de gérer les susceptibilités et les éventuels ressentiments. Déjà constituées en parti, les Fcbe iront-elles seules aux élections avec le mythique cauris comme logo ? Accepteront-elles de se fondre dans un nouvel ensemble ? Ce sont là de grosses interrogations.
D’ores et déjà, le parti « Restaurer l’espoir » a publiquement annoncé ses ambitions de se conformer à la nouvelle charte des partis politiques. Mais, précision utile. Cela ne voudra pas dire que ce creuset présentera seul sa liste aux législatives. L’autre aile de la Renaissance du Bénin formée par le couple Soglo, l’Union sociale libérale portée par Sébastien Germain Ajavon et dans une certaine mesure le Parti communiste du Bénin ne donnent pas encore des signes de vie. Heureusement que la situation a évolué pour ce qui est de la délivrance des récépissés par le ministère de l’Intérieur. N’empêche. Peu nombreux, les contempteurs du régime de Patrice Talon ont du mal à accorder leurs violons. Là aussi, les questions d’intérêt et les guerres de leadership font rage. Parviendront-ils à surmonter leurs egos et à se mettre ensemble face à l’adversaire commun qui fera feu de tout bois pour les contraindre au silence à travers les urnes ? De leur côté, trouveront-ils la stratégie idoine pour infliger une raclée électorale à Patrice Talon et compagnie ? Ces interrogations n’ont jamais été aussi lancinantes pour les électeurs, qu’ils soient de la mouvance présidentielle ou de l’opposition.



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