En vérité : Répression en téléchargement

Moïse DOSSOUMOU 20 décembre 2018

Elle est imparable. La lutte déclenchée par les députés contre les sachets plastiques a trouvé un écho favorable auprès du gouvernement. Après avoir semblé cautionner le mal en dépit du vote et de la promulgation d’une loi qui interdit cette pratique, l’Exécutif donne enfin des signes positifs de sa détermination à enclencher le combat pour un cadre de vie débarrassé de ces produits toxiques. Au lendemain de la mise en vigueur de cette loi qui émane de la Représentation nationale, notamment du député Jean-Eudes Okoundé, l’opinion s’attendait à une répression systématique. En la matière, le gouvernement a plutôt de l’expertise à revendre. Mais, contrairement à leurs habitudes, les décideurs ont fermé les yeux et ont pris leur temps pour opérer des réglages. Visiblement, tout semble être fin prêt pour le déclenchement des hostilités. Les normes réglementaires sans lesquelles aucune loi ne peut être appliquée ont déjà été prises, comme le révèle le compte-rendu du Conseil des ministres du mercredi 12 décembre 2018.
En effet, la loi n°2017-39 du 26 décembre 2017 portant interdiction de la production, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation, de la détention, de la distribution et de l’utilisation de sachets en plastique non biodégradables en République du Bénin instaure de nouvelles habitudes. Désormais, ces emballages auxquels les Béninois sont habitués depuis des lustres, n’ont plus droit de cité. Quoiqu’utiles et très prisés, ils devront être remplacés par d’autres qui causent très peu de dommages à l’environnement. Pour s’assurer qu’un sachet est biodégradable ou pas, il faut bien que des structures techniques disposant de moyens idoines fassent les contrôles appropriés avant toute commercialisation. C’est ce pan de la question réglé par le Conseil des ministres qui a énuméré les conditions d’implantation desdites structures. Les normes autorisées en la matière sont d’ores et déjà émises et il reste que les organes habilités à les contrôler s’y conforment.
Les deux décrets fixant les critères d’agrément des laboratoires pour le contrôle de la qualité des sachets en plastique biodégradables et les conditions d’octroi de l’autorisation spéciale relative aux sachets en plastique non biodégradables en République du Bénin sont désormais une réalité. Ce vide juridique qui vient d’être comblé ouvre la voie à l’implantation des laboratoires agréés pour ce type d’activité. Une fois que ce cap aura été franchi, il ne sera plus question de laisser pénétrer sur le territoire national lesdits emballages. Les commerçants, grossistes ou détaillants, qui avaient cru que le gouvernement ne s’intéresserait pas à ce secteur d’activité se sont bien trompés. Il leur appartient dès maintenant de diminuer sensiblement les quantités importées à défaut d’y mettre un terme. Le moratoire de six mois à eux accordé a expiré depuis le mois de juin dernier. A tout moment donc, la répression tant redoutée pourra être enclenchée.
Puisque l’Exécutif a fait l’option de procéder par étape au lieu de frapper de manière frontale, il appartient aux acteurs qui opèrent dans ce secteur de prendre leurs dispositions pour ne pas se laisser surprendre. La sensibilisation et l’éducation des populations à l’utilisation des sachets en plastiques biodégradables ne seraient pas superflues. L’apprentissage pour un changement de comportement doit commencer au plus tôt, de telle sorte que les Béninois s’habituent progressivement aux sachets qui répondent aux normes. Ce travail en amont peut être fait au même moment où les laboratoires de contrôle s’implantent dans le pays. Cela permettra aux commerçants de commander désormais les produits recommandés en lieu et place des sachets toxiques qui causent des dommages irréparables à l’environnement. La démarche adoptée par le gouvernement dans le cadre de cette lutte est rigoureuse et intéressante. Mais nos décideurs gagneraient à insérer dans leur plan une sensibilisation active et dynamique.





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