En vérité : Talon change les paradigmes

Moïse DOSSOUMOU 5 décembre 2018

Il l’avait martelé l’année écoulée au sommet du G20 en Allemagne. Ces jours-ci à Cotonou, il est revenu à la charge. La 36ème session de l’assemblée parlementaire paritaire Afrique Caraïbes Pacifique et Union européenne (Acp-Ue) a offert l’opportunité à Patrice Talon d’exposer une énième fois sa vision du développement. Face aux députés en provenance de plusieurs continents, le chef de l’Etat a remis en cause l’un des postulats qui caractérisent depuis des lustres la gouvernance de plusieurs pays du Sud. « L’aide au développement a montré ses limites », estime le chef de l’Etat qui refuse d’en faire une priorité. En déplacement à Oslo en Norvège il y a tout juste quelques semaines, le chef de l’Etat avait déclaré que son voyage ne s’inscrivait pas dans la démarche d’une quête de l’aide au développement. Un discours atypique plutôt osé qui avait fait dresser des cheveux sur la tête à nombre d’africains qui ne jurent que par l’aide occidentale.
Voilà que devant les 78 députés de l’Assemblée parlementaire paritaire Acp-Ue, Patrice Talon s’est fait plus incisif. Pour lui, il n’est pas question de donner priorité à la politique de la main tendue. En interpellant les députés venus de plusieurs horizons pour se retrouver à Cotonou, le président de la République les convie à un changement de paradigme. Très peu intéressé par l’aide au développement, il demande à ses interlocuteurs de voir la réalité en face. Les pays développés qui donnent l’impression d’être préoccupés par l’épanouissement des pays pauvres n’agissent que par intérêt. En réalité, aucune nation n’aide une autre à aller de l’avant. Pour qu’un Etat émerge, cela dépend essentiellement de la volonté de ses ressortissants de travailler d’arrache-pied. La charité ne donne le sourire que pendant un temps. C’est en cela qu’une sagesse africaine enseigne qu’il vaut mieux apprendre au nécessiteux à pêcher plutôt que de lui donner du poisson.
Patrice Talon est convaincu que « le développement de nos pays respectifs passe par l’outil de développement économique qu’est l’investissement privé, l’implantation, le développement des Petites et moyennes entreprises (Pme) ». Etant lui-même un acteur du secteur privé, il sait mieux que quiconque que la richesse créée à une certaine hauteur impacte beaucoup plus la vie d’une nation qu’une hypothétique aide qui ne fait que l’enfoncer dans la fange du sous-développement. Si cet instrument conçu par les puissances étrangères était réellement destiné à tirer les Etats pauvres vers le haut, il y a bien longtemps que le Bénin aurait vaincu la pauvreté. Le chef de l’Etat, au vu de plusieurs constats, invite à une autre conception de la coopération et de la solidarité. C’est pour cela qu’il ne jure que par l’accompagnement des Pme. Encore qu’il faudra créer les conditions de promotion de ces entreprises dont la vocation est d’étoffer le tissu économique en le rendant davantage dynamique.
La promotion des Pme que Patrice Talon indique comme porte de sortie de la pauvreté impose au gouvernement d’adopter des comportements nouveaux. Il est vrai que le Conseil des ministres a adopté il y a peu le code des Pme. Reste à l’Assemblée nationale de jouer sa partition afin que notre pays soit doté de ce texte de loi. En outre, il faudra veiller à ce que les actes réglementaires qui en découleront facilitent véritablement l’implantation des entreprises. En termes clairs, il revient à l’Exécutif de mettre en place le cadre qui assure l’épanouissement à ceux qui prennent la lourde décision d’entreprendre. Lorsque tous ces jalons auront été posés, le suivi méticuleux et les réajustements qui s’en suivront sur la base de l’objectivité permettront au Bénin de nourrir la prétention de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Patrice Talon a parlé. Vivement les actes !





Dans la même rubrique