En vérité : Tapis rouge pour Odile

Moïse DOSSOUMOU 9 août 2018

Pour la France, en football, le grand jour de gloire s’est levé pour la seconde fois à Moscou, le dimanche 15 juillet 2018. Pour le Bénin, dans l’athlétisme, ce fut le dimanche 05 août 2018 à Asaba dans l’Etat du Delta au Nigéria. C’est ainsi que pour la toute première fois dans ce championnat, l’ « Aube nouvelle » a résonné à l’issue d’une compétition. Au cou de l’athlète, la médaille d’or, remportée au prix de hautes luttes, brille de tout son éclat. A seulement 27 ans, Odile Ahouanwanou positionne son pays sur le toit de l’Afrique dans sa discipline sportive. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », avait dit Pierre Corneille. Cela relève de l’inédit. Habitué à participer à ce challenge sans succès, le Bénin a réussi enfin à s’imposer à la 21ème édition des championnats d’Afrique d’athlétisme. Non seulement l’endurance et la détermination des athlètes ont payé mais aussi les efforts de l’encadrement technique.
Notre pays peut maintenant se targuer d’un prestigieux palmarès dans le domaine du sport. L’exploit réalisé par Odile Ahouanwanou est d’autant plus grand puisqu’elle n’était pas attendue à ce niveau de la compétition. Elle visait dans le meilleur des cas la médaille d’argent. Pourtant distancée par sa concurrente la plus redoutable, la Burkinabé Marthe Koala, elle a réussi à rattraper son retard et à s’illustrer au cours de la seconde journée lors des épreuves du javelot et du 800m. La volonté et la rage de vaincre dont a fait montre l’athlète ont été déterminantes dans l’issue de cette confrontation. Cerise sur le gâteau, cette médaille d’or permet au Bénin d’occuper la 12ème place au classement général devant le Ghana. Là encore, c’est une première. Que le mérite de Odile Ahouanwanou soit reconnu et célébré par les voix les plus autorisées au sommet de l’Etat ne devrait donner lieu à aucune tergiversation.
Combiné de sept épreuves d’athlétisme, l’heptathlon qui n’est pas une partie de plaisir, a ouvert la voie de la confirmation des talents de l’ambassadeur béninois à ces championnats âprement disputés. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Décidément. Des siècles auparavant, Pierre Corneille a su trouver les mots pour décrire la performance remarquable de notre athlète. En effet, sur deux jours, elle a affronté sept épreuves aussi contraignantes les unes que les autres. Tour à tour, notre athlète a donné le meilleur d’elle-même au 100m haies, au saut en hauteur, au lancer de poids, au 200m, au saut en longueur, au lancer de javelot et au 800m. Les compétiteurs cumulent des points calculés à partir des performances obtenues dans chacune des épreuves. Une fois toutes les épreuves terminées, le gagnant est celui qui a le plus de points. Comme on peut le constater, ce ne fut pas une partie de plaisir.
Contrairement à Odile Ahouanwanou, son aînée Noélie Yarigo n’a pas su affoler les compteurs du chronomètre à son avantage. Elle n’a occupé que la 7ème place lors de la finale des 800m. Mais ses prouesses antérieures plaident en sa faveur. C’est l’occasion de reconnaître les efforts louables à l’actif des fédérations béninoises de Tir à l’arc, de Handisport, de Roller, de Gymnastique, de Taekwondo, de Tennis, de Pétanque, de Scrabble, de Boxe et de Handball, pour ne citer que celles-là. Jusque-là, le sport roi dans lequel l’Etat engloutit des milliards depuis des années ne donne que de piteux résultats. Là où ça marche, il faut maintenir le cap. Pourvu que Odile Ahouanwanou et tous les autres qui s’échinent pour défendre les couleurs nationales ne connaissent le triste sort d’un certain Aristide Sagbo, dit Soweto, champion d’Afrique de boxe poids plume, mort dans l’oubli et le dénuement ; ou d’un Georges Boko, le roi du K.O., aujourd’hui en détention, parce qu’ayant rencontré le malheur sur son chemin, alors qu’il était réduit à une vie misérable en tant que vigile.



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