En vérité : Tous pour la patrie

Moïse DOSSOUMOU 3 août 2020

Elle devait être célébrée avec panache. Au bout du compte, elle fut sobre mais pas moins attrayante. En tout, une dizaine de minutes aura suffi. Le dépôt de gerbe au pied du monument aux morts, la revue des troupes et la prise d’arme ont constitué le menu de la célébration des 60 ans d’indépendance du Bénin. Un anniversaire plutôt inédit parce que marqué par la crise sanitaire mondiale qui frappe notre pays de plein fouet. Le coronavirus, dont la propagation n’est pas près de s’arrêter, bouleverse de fond en comble les habitudes. C’est ainsi qu’au lieu de la parade militaire habituelle sous les regards médusés des invités et du public, l’opinion n’a eu droit qu’à un simple cérémonial qui s’est déroulé dans l’enceinte de la présidence de la République. Le maître des lieux qui fut également le maître de cérémonie a marqué à sa manière la fête nationale, édition 2020.
Comme ce fut le cas il y a 10 ans, au lendemain du cinquantenaire de l’indépendance, une nouvelle page s’ouvre au terme de la célébration du soixantenaire. Que veulent les Béninois pour leur pays pour les 10, 15 ou 20 années à venir ? Quel est le prix à payer pour y parvenir ? Au-delà de l’inévitable regard dans le rétroviseur, la projection dans le futur paraît capitale. De 1960 à 2020, il y a eu des progrès. Mais c’est une évidence que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Loin de jeter la pierre aux coupables tout désignés selon le prisme des uns et des autres, les Béninois ont tout à gagner en optant, chacun à son niveau, pour une profonde introspection. Comme l’a si bien dit l’ancien président américain John Fitzgerald Kennedy, « ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande plutôt ce que tu peux faire pour ton pays ».
Il se peut que lors de la célébration des 70 ans ou encore des 80 ans de l’indépendance, la même rengaine d’insatisfaction soit encore entonnée : ce sentiment désagréable où on a l’impression de tourner en rond, sachant bien, comme le dit l’adage, que « qui n’avance pas, recule ». A en juger par leurs propos, les Béninois nourrissent de grandes ambitions pour leur pays. Mais ils ont du mal à passer du rêve à la réalité. Après la parole, il faut agir pour obtenir ce que l’on veut. Les vœux pieux restent des vœux. Ils ne se réalisent jamais à moins d’enclencher le processus qui concourt à leur concrétisation. C’est à cette tâche difficile mais exaltante que sont invités nos concitoyens. Certes, les dirigeants, qu’ils soient au sommet, à un niveau intermédiaire ou à la base, ont un grand rôle à jouer surtout dans la définition des politiques publiques. Ce n’est pas pour autant que les populations doivent être passives.
Faire bouger les choses, c’est le grand défi qui attend d’être relevé. Le Bénin, c’est un héritage commun. C’est ensemble que les citoyens doivent le construire, jour après jour, semaine après semaine, année par année. Au-delà des clivages, qu’ils soient ethniques, religieux ou encore politiques, chacun doit avoir à l’esprit qu’il lui faut construire la nation avec abnégation. C’est la partition individuelle produite avec enthousiasme et amour qui donne une belle mélodie. Les grandes nations qui ont émergé doivent leur statut au travail acharné de leurs populations. Lorsque l’intérêt général prime sur tout, le pays se porte mieux et chacun est alors appelé à jouir des fruits de ses efforts. C’est de cette manière que nous allons combattre la recolonisation du pays. Une prise de conscience, un changement de paradigme pour que vive le Bénin, telle doit être l’ambition commune. Car la patrie est ce que nous avons de plus sacré.





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