En vérité : Transhumance à problèmes

Angelo DOSSOUMOU 2 mai 2018

Chaque année, entre éleveurs et agriculteurs, c’est le même refrain. La semaine dernière, ça n’a pas raté. A Gamandji, dans la commune de Savè, six fermiers ont été abattus par des transhumants. Là, ce n’est pas un fait divers banal. D’une cohabitation faite de conflits marginaux, nous sommes carrément passés à une guérilla. Conséquence, au fil des saisons et des antagonismes, les morts s’empilent et les dégâts s’alourdissent. Pendant ce temps, la proposition de loi du duo Houndété-Gbian patiente bonnement sur la table des députés.
Tout au moins, elle aurait permis d’avoir un arsenal juridique pour répondre efficacement aux exigences, de la transhumance pastorale au Bénin. Sans doute, ç’aurait pas été la fin des conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs mais, un catalyseur pour un début de sagesse. Pour le moment, nous n’en sommes pas encore là. D’ailleurs, avant la loi Houndété-Gbian et la possibilité d’apporter une solution durable aux problèmes qui minent le pastoralisme au Bénin, la police a sous les bras une dizaine de morts à Savè.
Forcément donc, au prime abord, il faut enquêter sur les véritables causes de la barbarie de Gamandji et situer les responsabilités. Ensuite, dénicher les coupables où qu’ils se trouvent pour qu’ils répondent de leur forfait. Enfin, les nombreuses attaques et ripostes entre éleveurs et agriculteurs sont particulièrement préoccupantes, et l’urgence est de trouver, au plus vite, des mécanismes pour prévenir les hostilités.
Déjà, dans un contexte où, de plus en plus, ce sont des armes à feu qui sont utilisées par les communautés pastorale et paysanne pour régler leurs différends, il n’est plus question de banaliser le moindre mécontentement d’un camp. Sinon, généralement, avant les barbaries auxquelles nous donnent droit les éternelles parties en conflit, il y a toujours en amont, des désaccords mal gérés. Et si un jour, la cohabitation transhumants-paysans devra être rendu possible, ce serait au préalable grâce à un cadre légal adéquat pour définir les droits et les devoirs de chaque communauté avant que des sensibilisations s’ensuivent.
En définitive, l’actualité du côté de Savè invite la représentation nationale à donner un coup d’accélérateur au processus devant conduire au vote de la loi Houndété-Gbian. En attendant la solution légale, usons au maximum du travail de pacification des bonnes volontés. Elles ne manquent pas. Mais en plus, il ne serait pas exagéré de demander à la police et aux conseils communaux de redoubler de vigilance.
Après tout, l’agriculture et l’élevage sont et peuvent davantage être le socle du développement du Bénin. Ces deux atouts pour booster l’économie nationale ne peuvent être dissociés. Alors, il serait dangereux de prendre fait et cause pour l’un des camps en conflit au détriment de l’autre. Certes, la cohabitation est difficile. Même avec une bonne loi, elle le sera toujours. Mais, pourvu que les relations transhumants-paysans nous épargnent, une fois pour de bon, des cadavres et des lamentations. Et, pour qu’il en soit ainsi, aux députés, à la police et aux communautés locales de jouer leur partition. Enfin, la balle est dans leur camp !



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