En vérité : Transport en commun : le grand vide

Moïse DOSSOUMOU 15 novembre 2018

L’idée n’est pas nouvelle. Elle a même déjà été expérimentée, mais sans grands succès. Mais cela n’est pas une raison pour abandonner. Le projet de création d’une flotte de bus pour le transport en commun dans la ville de Cotonou et ses environs ne manque pas de pertinence. Ce besoin est réel et peine à être satisfait. Paradoxalement, les politiques publiques et le secteur privé ne se sont pas véritablement intéressés à ce pan de la vie socio-économique. Cela se ressent sur l’aspect pas toujours agréable que présente la ville de Cotonou. La circulation, voulue moins encombrée, est constamment sujette à des embouteillages. Cette Cité, l’une des rares en Afrique francophone à souffrir cruellement de l’insuffisance des routes ne cesse d’enregistrer de nouveaux propriétaires d’engins à deux, quatre roues et plus. En effet, au lieu de s’amenuiser, la classe moyenne s’élargit et ses besoins se diversifient.
C’est un fait que les Béninois veulent vivre confortablement. Le contexte économique difficile voire pesant n’empêche pas les citoyens de s’accrocher à leur quête d’épanouissement. Ils sont tous habités par l’ambition d’élever leur niveau de vie. Contrairement à d’autres villes où les citadins ne rechignent pas à vaquer à leurs occupations à vélo ou en bus selon le cas, ici au Bénin, la tendance en vogue depuis des décennies, est la possession d’un véhicule à moteur au moins par ménage. Il est rare d’identifier des maisons dont les habitants ne sont pas propriétaires d’un moyen de déplacement. Ce fait social très enraciné chez nous se ressent nettement dans la circulation, notamment aux heures de pointe, où chacun veut disposer d’une portion de la route. Alors qu’une politique d’incitation au transport en commun est à même de faciliter le déplacement des citoyens d’un point à l’autre de la ville.
La ruée d’une certaine frange de la population vers les mini-bus d’un autre siècle qui assurent, selon le cas, le transport de Porto-Novo, Sèmè-Podji, Pahou, Hêvié, Abomey-Calavi en direction de Cotonou témoigne du succès que peut rencontrer la création d’une flotte moderne adaptée aux besoins de la classe moyenne. Les communes de Cotonou et d’Abomey-Calavi ont tenté l’expérience. Mais la mayonnaise n’a pas pris, compte tenu d’un certain nombre de facteurs qui n’étaient pas intégrés au projet dès le départ. A part l’engouement du début, au fil des semaines et des mois, plus personne ne s’intéresse à ces bus dont la plupart se retrouvent au garage. Un projet sérieux, crédible, qui intègre le maximum de paramètres et d’éléments d’analyse rencontrera l’adhésion des citoyens. Personne n’a du plaisir à subir à bord de sa voiture les multiples désagréments liés aux interminables embouteillages.
Si le nombre de véhicules qui se disputent quotidiennement la chaussée se réduit, ce phénomène aussi s’estompera progressivement. La flotte « Bénin taxi », en dépit des réserves et des contraintes du terrain connaît un succès relatif. Il suffit de s’en inspirer pour améliorer l’offre des mini-bus taxi modernes adaptés aux besoins de la classe moyenne. Si ce choix économique s’opère par les gouvernants, les Béninois changeront d’eux-mêmes certaines habitudes qui leur coûtent les yeux de la tête. Au lieu de faire des courses à tout bout de champ avec son propre véhicule, ils trouveront d’autres moyens d’honorer leurs divers engagements sans accélérer l’amortissement des engins. Ils réduiront ainsi de fait leur consommation en carburant et l’environnement s’en porterait mieux. Ceci passe par une politique véritablement pertinente et adaptée au contexte local. Faire du copier-coller conduira vers un énième échec. Le gouvernement ne perd rien à ouvrir ce chantier qui changera le visage de Cotonou avec un impact certain sur les activités économiques.





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