L’opposition face à son destin

Moïse DOSSOUMOU 11 mars 2019

Elle ne démord pas. L’opposition à Patrice Talon refuse d’abdiquer. Désormais dos au mur, elle multiplie les initiatives pour sa participation aux législatives du dimanche 28 avril prochain. Les déboires connus par les formations politiques qui ne partagent pas les aspirations du gouvernement, loin de les décourager et de les démobiliser leur donnent du tonus. Après la longue et passionnée polémique liée aux difficultés d’obtention du certificat de conformité à la nouvelle charte des partis politiques et le quitus fiscal, le rejet par la Commission électorale nationale autonome (Cena) des dossiers de cinq partis ayant manifesté leur désir de compétir pour les législatives ravive la tension. Outre les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), Restaurer l’espoir (Re) et la Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement (Dud) qui n’ont pas pu manifester officiellement leur volonté de solliciter les suffrages des populations, d’autres ont vu leur rêve brisé.
L’Union sociale libérale (Usl), l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn), la Force cauri pour le développement du Bénin, le Mouvement des élites engagées pour l’émancipation du Bénin (Moele-Bénin) et le Parti du renouveau démocratique (Prd) n’ont pas réussi à passer entre les mailles du dispositif de contrôle mis en place par la Cena. A la grande surprise de l’opinion, s’il faut s’en tenir au verdict de Emmanuel Tiando et de ses pairs, seuls le Bloc républicain et l’Union progressiste (Up) ont produit des dossiers irréprochables. Il n’en fallait pas plus pour que la classe politique s’emballe. Esseulée au départ dans sa lutte pour une participation inclusive des partis au scrutin législatif, l’opposition retrouve du renfort. Le dernier communiqué signé des instances dirigeantes du Prd est assez évocateur de l’amertume et de la déception que connaissent les militants de ce parti. Ne pouvant laisser cette ambiance délétère perdurer, le chef de l’Etat a tenté une médiation.
Le mercredi dernier, à sa demande, certains responsables de partis ont répondu à son appel. Au terme des échanges, il ressort qu’il faille que l’Assemblée nationale trouve une solution en urgence afin de corriger les dispositions de la charte des partis politiques et du code électoral, objet de difficultés et de controverses. Dès le lendemain, très vite, la conférence des présidents du parlement s’est réunie pour examiner la question. Dans la foulée, Me Adrien Houngbédji, deuxième personnalité de l’Etat et dont le parti est également au creux de la vague, avait à charge de consulter d’autres formations politiques notamment celles de l’opposition. Ce qui fut fait avec les Fcbe et Re. En attendant de convoquer une plénière afin que l’ensemble des élus du peuple se prononcent sur ce sujet brûlant, le secrétaire général administratif du parlement a adressé des correspondances à tous les partis leur demandant de déposer incessamment des propositions de sortie de crise.
Déjà, sans se faire prier, les Fcbe sous le leadership de Boni Yayi investissent les rues de Cotonou ce jour. Elles seront accompagnées des membres de l’Usl qui ont adhéré spontanément à l’initiative. Ce sera une matinée plutôt éprouvante pour les forces de l’ordre et les usagers de la route. Mais c’est cela la démocratie. Toutes les sensibilités doivent pouvoir s’exprimer dans le respect du cadre légal. En même temps que l’opposition exprime son indignation dans les rues, il serait judicieux qu’elle songe à faire des propositions pertinentes pour un dégel. L’expression du mécontentement seul ne suffira pas. Certes, la marche est un moyen de pression. Mais il faut aller au-delà, indiquer la marche à suivre, dialoguer avec les autres forces politiques, faire suffisamment le lobbying et le plaidoyer pour que ses desiderata soient pris en compte. L’opposition déjà fragilisée et diminuée a intérêt à mettre suffisamment la main à la pâte. Sa crédibilité est en jeu.





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