Tourisme et culture : les Béninois d’abord

Moïse DOSSOUMOU 22 mars 2018

Avec Patrice Talon, le Bénin veut se révéler sur les plans culturel et touristique. Le Programme d’actions du gouvernement pour le compte du quinquennat en cours en a fait un large écho. Après le lancement tout feu tout flamme de ce programme ambitieux dans les murs du palais de la République en décembre 2016, le ministre de la culture a ressenti, il y a tout juste quelques semaines, le besoin de faire en aparté, son one man show. Comme sait si bien faire le chef de l’Etat, son collaborateur n’a pas manqué de séduire et d’impressionner les acteurs culturels qui attendent impatiemment que soient déclinés en actions les monts et merveilles à eux promis. Déjà, sur le plan de la valorisation de nos patrimoines culturel et cultuel, le gouvernement a fait des progrès. Le compte-rendu du Conseil des ministres d’hier est suffisamment illustratif à ce propos. En effet, le développement des équipements culturels et touristiques des localités d’Abomey, d’Allada, de Ouidah et de Porto-Novo est entré dans sa phase opérationnelle.
Désireux de faire du tourisme, un pôle majeur de croissance économique, Patrice Talon et ses collaborateurs s’activent. C’est ainsi que des négociations ont été engagées « avec des cabinets spécialisés de renom en vue de disposer de dossiers architecturaux et d’études techniques détaillées pour amorcer la phase de construction » de certaines infrastructures dans les localités énumérées supra. A priori, les projets de construction du Musée de l’épopée des rois d’Abomey et de l’arène des vodoun non masqués ; du Musée esclavage, résistance et mémoire Toussaint Louverture d’Allada ; du Musée international des arts et civilisations des vodoun/Orisha et de l’arène des vodoun masqués de Porto-Novo et enfin de reconstruction à l’identique de la Cité historique de Ouidah et de construction de la Marina/Porte du non retour. La scénographie et l’éclairage muséal sur les projets d’Allada, d’Abomey et de Porto-Novo ainsi que les équipements culturels ne sont pas du reste.
Tout ça est bien beau. Il s’agira à coup sûr de réalisations modernes. Lorsque le gouvernement aura réussi à traduire tout cela en actes concrets, la destination Bénin sera davantage valorisée et notre économie s’en portera mieux. Mais, en dépit de toutes ces projections qui font rêver, il subsiste une grosse interrogation. Que fait-on de l’existant ? Quel destin subiront les infrastructures culturelles et touristiques déjà en place ? Le fort portugais de Ouidah qui fait office de musée d’histoire, le fort français, le musée d’Abomey inscrit au patrimoine culturel de l’Unesco, le musée Honmê de Porto-Novo et le musée ethnographique Alexandre Sènou Adandé de la même ville, pour ne citer que ceux-là, ne manquent pas de charme. Même si leur réhabilitation ou modernisation est prévue, pourquoi ne pas s’y investir d’abord pour leur redonner de la valeur au lieu de se lancer dans une course effrénée pour l’érection de nouveaux sites historiques ? Si les pouvoirs publics rechignent à entretenir l’existant, qu’en sera-t-il des futurs musées ?
« C’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle ». Patrice Talon et son gouvernement gagneraient à redonner vie et prestance à nos édifices culturels et historiques en ruine avant de songer à en construire de nouveaux. L’existant a besoin d’être réhabilité pour générer plus de ressources. Et pour ça, comme pour la création de nouveaux sites, le Bénin n’a pas forcément besoin de recourir à des compétences externes. Sur place, ici même, des spécialistes à l’expertise avérée sont à la disposition du gouvernement pour lui apporter l’éclairage technique nécessaire. Il s’agit de nos musées, de notre patrimoine, de nos valeurs, de nos richesses. En la matière, les Béninois sont mieux outillés pour faire des propositions pertinentes et crédibles. A trop vouloir chercher ailleurs ce que l’on a chez soi, on perd du temps à ne rien faire, ou tout au plus à faire du saupoudrage. Comme le dit l’adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».



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