Transversale : Superstition ou réalité ???

Ambroise ZINSOU 30 octobre 2019

Un fait anodin et une coïncidence dans un panorama idyllique, et tout s’emballe. Une pratique occulte qui, jadis réservée aux initiés, est devenue une règle dans le football béninois. Et c’est Jean Cocteau qui avait raison lorsqu’il affirmait que « La superstition est l’art de se mettre en règle avec les coïncidences ». Mis sous le vocable de « Préparations psychologiques » qui n’a rien à voir avec le sens étymologique du terme depuis les années 2000, surtout après la première qualification des Ecureuils pour la Can Tunis 2004, le charlatanisme a pris des proportions effarantes et fait saigner les dirigeants de clubs. Certains vous diront que cela fait partie de nos réalités. D’autres incrédules, vous diront que si c’est le prix à payer pour avoir son content, il vaut mieux y aller. Au finish, un marché de dupes s’anime autour du football au 229 et les vendeurs d’illusions se la coulent douce. C’est un doux euphémisme que d’entendre des dirigeants de clubs clamer urbi et orbi, « j’ai dû débourser des fortunes pour abattre la barrière afin d’avoir une chance de pendu ». Outre les frais dispendieux pour tenir une saison sportive, un budget est également prévu pour les « gris-gris » et des gens sont recrutés pour. « La superstition est l’âme des faibles », a ajouté Edmund Burke. Le comble, les mises en garde de la Ligue de football du Bénin (Lfb) en début de championnat semblent ne pas émousser les ardeurs des caciques du système. Lors de la saison écoulée, des scènes honteuses et ahurissantes ont été enregistrées. Des équipes sont rentrées dans les stades par effraction, certaines ont été interdites d’accès avec leur bus, d’autres sont rentrées par reverses, etc. Bref, beaucoup de subterfuges ont été mis en œuvre pour appâter et intimider les clubs et leurs dirigeants. Mais l’alerte cette saison est venue du match Hodio-Avrankou Omnisports de la deuxième journée de la Ligue 2 à Lokossa. Le fait inédit est que deux joueurs qui se soupçonnent de pratiques occultes avaient refusé de monter sur le terrain. Un fait qui a alimenté la polémique sur la toile et défie le réel. Le football est une science et s’apprend. Ce n’est pas un pseudo charlatan qui va faire gagner un match à un club. Si cela était possible, le Cameroun aurait déjà remporté la Coupe du monde Italie 90. Le documentaire après cette participation des Lions indomptables a révélé que les deux balles emmenées par le Cameroun pour ce match des quarts de finale face à l’Angleterre étaient « préparées ». Et lorsque les deux ballons étaient percés, le Cameroun qui menait au score (2-1) a perdu la rencontre (3-2). C’est pour dire que rien n’est acquis avec cette pratique odieuse qui a des limites. L’exemple du Bénin lors des trois premières Can est symptomatique de ce que seul le travail pourrait conduire à des résultats élogieux. Les gens déplacés à grands frais à Tunis (Tunisie), à Takoradi (Ghana) et à Benguela (Angola) n’ont jamais permis à l’équipe de gagner un seul match et de passer le premier tour. Des centaines de millions ont servi à entretenir l’illusion chez ceux qui croient qu’on peut gagner la Can sans travailler. Et ici et maintenant, ce sont les clubs qui s’adonnent à ce jeu qui jette du discrédit sur la vraie prestation des équipes. Il revient aux dirigeants de changer de fusil d’épaule. Pour gagner, il faut avoir les meilleurs joueurs (top players), avoir un bon encadrement technique rompu à la tâche et pas des « touche-à-tout », mettre les joueurs dans les conditions optimales et les résultats suivront. Autre chose, ne serait que pure hérésie. « Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs », dixit Baruch Spinoza.





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