Tribibune verte : Il était temps !

Fulbert ADJIMEHOSSOU 8 août 2019

Tristesse et désolation. Ce sont les humeurs du temps sur nos plans et cours d’eau. Les échos funestes des noyades et chavirements de barque ces dernières semaines ne sont qu’une mélancolie de plus. Au fond, les lacs Nokoué et Ahémé n’inspirent et n’accrochent plus. Les pêcheurs ne sont plus enthousiasmés à y jeter leurs filets si ce n’est que par contrainte de vivre ces aventures de pêches pour répondre à des besoins. Alors, il était temps de réhabiliter ces écosystèmes qui se meurent. Et maintenant, on peut se permettre d’y croire.
En réalité, le Gouvernement donne sa parole, et le Ministre Gaston Dossouhoui rassure que la réhabilitation du lac Ahémé, de la lagune côtière, du lac Nokoué et de la lagune de Porto-Novo décidée par le Conseil des ministres du 11 janvier 2017 sera une réalité. Deux prestataires ont été recrutés par plan d’eau par concurrence pour enlever les engins prohibés. On devra assister les prochains jours à l’enlèvement systématique des engins prohibés.
Aussi lente et tardive soit-elle, cette mesure a le mérite d’arrêter la saignée et de démarrer le processus de sauvegarde de la biodiversité lacustre. Quand on sait la sensibilité que revêt une opération pareille, pour qui connaît les élans de résistance, il y avait de quoi éviter de se précipiter pour ne pas se noyer. « Les entreprises recrutées ont été suffisamment sensibilisées pour faire un travail professionnel », dira le ministre. Mais, il faudra attendre de voir les résultats pour se convaincre mieux.
Cependant, on ne devra pas s’arrêter à l’enlèvement systématique des engins prohibés qui comblent les plans d’eau et exterminent la biodiversité. Cette action devra s’inscrire dans la durabilité, au risque de revoir sur les plans d’eau les mêmes actes quelques semaines plus tard. Il faut trouver des solutions au comblement. Les pagaies ne restent qu’à la surface et les barques ne glissent que presque sur de la boue. Ce serait aussi important de veiller à rendre saisonnières les aventures de pêches sur certaines parties des plans d’eau. L’interdiction de l’utilisation des produits chimiques dans l’agriculture sur les bassins versants, et le reboisement des versants sont aussi indispensables.
De toutes les façons, ce ne sont pas les ressources humaines pour tracer le chemin qui manquent, encore moins les études sur la situation des bassins. Le Plan d’Action National de Gestion Intégrée des Ressources en Eau du Bénin (PANGIRE) a lui aussi, déjà tracé le chemin pour quinze ans. Nous en avons déjà fait 8, sans certainement assez nous inspirer de ce cadre comme de nombreux autres instruments sur la gestion des ressources en eau.
Il faut aller au-delà de la pêche et penser à toutes les opportunités qu’offrent les ressources en eau puis mettre en musique les actions. Chaque jour apporte un nouveau défi et le succès dans la réhabilitation des cours et plans d’eau sera un signal fort pour changer de paradigme.
13.106 milliards de mètres cubes d’eau par an. C’est un potentiel. D’autres pays en rêvent pour booster leurs économies. Pensons-y.





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