Tribune verte : Des déchets en or !

Isac A. YAÏ 20 juin 2019

Encombrants, les équipements électriques et électroniques en fin de vie deviennent la bête noire de tous. Que faut-il en faire ? Les jeter ou les conserver ? Les Béninois qui éprouvent déjà des difficultés à gérer les déchets ménagers, solides et liquides n’ont d’autre choix que de les jeter, à défaut de les vendre aux ferrailleurs ou de les abandonner chez les réparateurs.
Pourtant, ces déchets ne sont pas comme les autres.
D’abord, ils ne sont pas puants. On est tenté de les ranger dans la catégorie des déchets VIP. Et c’est vrai ! Ce sont des mines de métaux et de plastiques qu’on gagne à valoriser. Il est possible de donner une seconde vie à ces déchets par la récupération et par la mise en valeur des métaux précieux qu’ils contiennent. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas chez nous.
En l’absence d’un système organisé de gestion rationnelle de ces équipements amortis, la récupération par les acteurs de la filière informelle et artisanale donne lieu à des pratiques à risques.
Les e-déchets sont simplement démantelés à mains nues, sans aucune protection majeure. Pourvu que l’on parvienne à récupérer quelques kilogrammes de fer, de bronze, de cuivre, d’étain, de platine ou d’argent. Le reste, personne n’a rien à foutre. Ainsi, les plastiques et les câbles sont simplement brûlés. Les résidus sont enfouis dans le sol, parfois dans des milieux où la nappe phréatique est peu profonde.
Pourtant, ce sont des déchets potentiellement dangereux, selon la convention de Bâle. Mieux, il y a certaines composantes comme les piles qui constituent des menaces pour l’environnement et même pour les enfants, à la moindre inattention. Cela nécessite alors qu’on accorde une attention particulière à leur mode de gestion.
L’environnement est exposé à des métaux lourds issus des activités de démontage. Au fait, ces déchets contiennent des substances telles que l’antimoine, l’oxyde de baryum, le béryllium, le cadmium, le chlore, le brome, le plomb, le lithium, le mercure, les phosphates, les retardateurs de flammes bromés. Des substances qui pourraient nuire, non seulement à la santé des acteurs, celle des populations riveraines des sites de démantèlement mais aussi à l’environnement. Par exemple, le baryum contenu dans les ordinateurs engendre divers symptômes comme des tumeurs de cerveau, des faiblesses musculaires et la dépression.
Le flux d’équipement à destination du Bénin augmente. Mais, il faudra prendre des mesures pour faire face aux conséquences. En face, pas de règlementation spécifique sur la gestion de ces déchets potentiellement dangereux. Il y a une certaine urgence et nous semblons prendre du retard sur ces envahisseurs.
Alors, une politique de valorisation et le recyclage de ces déchets s’imposent. La réutilisation, la revalorisation des matières résiduelles et le recyclage sont par contre des incontournables.
Bref, il y a du travail à faire. C’est une mine de potentialités susceptibles de générer de nouveaux emplois. Si on veut vraiment protéger l’environnement, il faut réduire et réglementer l’importation de ces équipements d’occasions qui se déversent sur le marché. C’est une filière pourvoyeur d’emplois durables. L’économie verte a beaucoup à en tirer. L’Etat se doit d’agir enfin et les Ong pour la sensibilisation. On veut consommer les solutions technologiques, assumons-en les conséquences.





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