Centre de Promotion de l’Artisanat de Cotonou : Des objets d’arts accrocheurs, mais peu arrachés

Isac A. YAÏ 11 septembre 2019

Au Centre de Promotion de l’artisanat de Cotonou, les artisans se plaignent du manque d’affluence de la clientèle. Entre plaintes et adaptation, les vendeurs d’objets d’arts espèrent une véritable politique de promotion de l’art au Bénin.

Calme plat dans les couloirs. Devant les différentes boutiques du Cpa, l’atmosphère est morose. Ça discute peu cet après-midi du 3 septembre 2019. Ce sont plutôt les bars et restaurants qui animent beaucoup plus ce centre pourtant dédié à l’art. Déjà une décennie que Pierrette Ahognon vend des œuvres ici, sans que la situation ne s’améliore véritablement. Quelques minutes de discussion avec elle suffisent pour comprendre son état d’esprit. « Nous sommes tristes dans la maison. Et c’est à cause de la mévente », confie-t-elle.
Pourtant, ce ne sont pas les artisans qui manquent de créativité. Dans les rayons des boutiques parcourues, de belles œuvres taillées forcent l’admiration. Entre autres, il y a les trônes des rois d’Abomey, des chaussures et teintures, des chemises princières. Dans la zone dénommée "village", des statuettes de divination et masques traditionnels y sont en quantité.

« La situation va de mal en pire »
Ces objets d’arts n’attendent donc que la clientèle. « Naturellement, les œuvres d’art ne coulent pas chez nous au Bénin. La situation va de mal en pire ici », se plaint Pierrette Ahognon. Alors que le Centre de promotion des œuvres de l’artisanat doit véritablement faire la promotion de la culture béninoise, la réalité semble prouver le contraire. Du moins, les producteurs d’art sont loin d’être comblés.
Léopold Bonou, marchand d’objets d’art donne de la voix : « Le Béninois n’a pas la culture de l’art. Par exemple, Il y a même des habitants de Cotonou qui ne connaissent pas ce centre. Mieux, plus de 3/4 des Béninois n’aiment pas investir dans les objets d’art. Mais ils sont prêts à s’offrir des pacotilles d’outre-mer. C’est désolant ». Effectivement, même en ces temps de vacances, l’affluence des autochtones laisse à désirer.

Une seconde corde à l’arc
Dans l’intervalle de trois heures, nous n’avons remarqué aucun Béninois en tant que client venu s’offrir des objets. Pendant ce temps, quinze européens et une asiatique de passage sont repartis avec des souvenirs. « Je suis une habituée du centre, ne serait-ce que pour apprécier la qualité du travail qui se fait ici. La situation est ainsi, et les vendeurs n’ont pas le choix », déclare une cliente asiatique.
A cette allure, bien que nourris par la passion, les artisans perdent progressivement l’espoir de survivre de leurs arts. Certains comme Léopold Bonou tissent d’ailleurs une seconde corde à leur arc. « Je m’investis dans la décoration des véhicules de mariage et des lieux d’événement », confie cet artisan. La vie des vendeurs d’œuvres d’art se dégrade progressivement, et en cette veille de rentrée scolaire, les soucis montent d’un cran.
Sébastien WOINSOU (Stag.)





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