De la menuiserie à l'atelier de forge et de peinture : A la découverte de l’artiste plasticien Pascal Sètondji

Karim O. ANONRIN 6 septembre 2021

Dimanche 5 septembre 2021 à 9 heures. Nous voici à proximité de l’Eglise Saints Pierre et Paul de Porto-Novo, à l’atelier de l’artiste plasticien Pascal Sètondji, un homme âgé d’une quarantaine d’années qui a préféré laisser le métier de menuisier pour celui de l’art. A l’aide d’un marteau et d’une enclume, l’homme bat un morceau de barre de fer sorti d’un feu de braise fait à base de déchets de noix de palme. « Je suis en train de fabriquer des pièces qui vont me servir à construire un objet d’art. J’ai pensé à un homme jouant au golf », nous lance-t-il les yeux rivés sur le morceau de fer chaud. De temps en temps, il replonge le morceau de fer dans le feu qu’il attise en tournant d’une main une vieille roue de bicyclette connectée à un tuyau qui souffle de l’air dans la braise. Selon Pascal Sètondji, cet objet d’art qu’il entend réaliser peut lui prendre toute une journée. Toujours selon lui, la réalisation d’autres objets d’art peut prendre jusqu’à un mois, deux mois, un an voire trois ans. « Tout dépend de la disponibilité des matières premières que sont généralement les morceaux de fer que je récupère auprès des mécaniciens d’automobiles, de motocyclettes et de vélomoteurs. Je récupère les matières premières un peu partout. Il suffit qu’un objet que je perçois m’inspire, je le récupère parfois gratuitement et d’autres fois contre une modique somme d’argent… », confie Pascal Sètondji. Ses réalisations s’inspirent souvent des réalités du quotidien et de son environnement immédiat. « Parmi mes réalisations, il y a des imitations de Zangbeto, gardien de la nuit à Porto-Novo comme dans plusieurs régions du sud du Bénin. Il y a aussi des représentations de Zemidjan, conducteur de taxi-moto et surtout des différents types de divinités Vodoun. Je discute beaucoup avec les gardiens de la tradition qui m’apportent des clarifications sur la réalité du Vodoun par exemple. A travers mon art, j’essaie aussi d’immortaliser certaines divinités vodoun dont parlent ces gardiens de la tradition de chez nous. C’est ma façon de contribuer à la pérennisation de notre identité culturelle... » Confie-t-il en toute fierté. Une fois les pièces nécessaires réalisées dans sa forge, Pascal Sètondji se rend chez des amis soudeurs pour leur agencement. « C’est moi-même qui agence les pièces pour réaliser mes œuvres. Grâce à des amis soudeurs, j’ai appris comment manipuler leurs appareils. », dit-il.
L’art de Pascal Sètondji ne se limite pas à la transformation du fer en objets d’art. Il réalise aussi des tableaux peints. « J’ai déjà réalisé plusieurs tableaux. L’une de mes œuvres est faite à partir des douilles de balles des policiers et des malfrats que j’ai récupérées après des échanges de tirs dans un quartier de Porto-Novo il y a quelques années. Pour les tableaux, j’utilise peu la peinture vendue dans le commerce. J’en fabrique moi-même à partir de certaines matières que la nature nous a offertes et dont je préfère garder le secret… », déclaré t-il.

Exposition, vente et rentabilité

« J’ai commencé par réaliser des œuvres d’art il y a une dizaine d’années. Depuis ce temps, j’ai eu la chance de participer à des expositions aussi bien au plan national que sous-régional. J’ai fait des expositions à Porto-Novo, à Cotonou, à Abidjan, à Lomé, à Lagos », confie Pascal Sètondji. Son rêve le plus cher est de conquérir d’autres régions du monde pour montrer non seulement son art, mais également pour vendre la destination Bénin comme l’ont déjà fait de grands artistes plasticiens Béninois tel Romuald Hazoumè. Pour y arriver, il pense que cela dépendra des personnes de bonne volonté. Il a d’ailleurs profité de l’occasion pour rendre hommage à certaines personnalités politiques qui l’ont soutenu par le passé. Il a cité le Docteur François A. Ahlonsou, Moukaram Badarou, Moukaram Océni, Feu Kamarou Fassassi, Éric Houndété, Mathias Gbèdan. « Ce que j’essaie de faire comme œuvres d’art, je veux que le monde le reconnaisse », ajoute-t-il.
Muet sur les coûts de ses œuvres d’art, Pascal Sètondji croit qu’une fois qu’il sera connu sur le plan international, elles pourront lui rapporter gros. « Si je dois comparer les tracasseries que je subis et le temps que je consacre à la réalisation de mes œuvres aux prix auxquels je les vends, je serais déjà retourné à la menuiserie. Pour le moment, je ne tiens pas compte des efforts fournis pour vendre. J’aime mon art et je compte l’améliorer et avancer », dit-il. « J’ai déjà eu la chance de vendre un objet d’art qui a été exposé par un Européen dans une galerie à Londres. Je crois que c’est déjà une satisfaction pour moi. La lutte continue », dit Pascal Sètondji. L’autre rêve que Pascal Sètondji nourrit de tous ses vœux est de pouvoir organiser chaque année à Porto-Novo, une grande foire d’exposition d’arts plastiques avec une conférence publique et un atelier d’initiation à l’art plastique pour les élèves. En attendant, cet originaire de la Vallée de l’Ouémé, marié et père de quatre enfants, continue de forger le fer et de peindre.





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