Entretien avec la styliste Adjo Houénoudé P. Samé ; « Nous espérons, dans le futur, apporter notre contribution pour une mode Béninoise plus connue »

Isac A. YAÏ 8 janvier 2020

Adjo Houénoudé P. Samé alias Adj`Kan ! Ce nom ne vous dit peut-être rien. Mais il sonne désormais dans l’univers de la mode béninoise. Cette femme aux doigts magiques fait des coupes fascinantes. Sa récente participation en décembre 2019 à la sixième édition de Oyémi Fashion Show en dit long. "Fun-fun è nkô", sa nouvelle collection n’a laissé personne indifférent. A travers cet entretien, elle se dévoile à vous.

La discrétion de Adj’Kan, c’est désormais derrière vous, vu votre performance à Oyèmi Fashion Show 6, qu’en dites-vous ?
(Sourire) Ma discrétion m’est précieuse. J’ai réussi à me faufiler parmi les gens jusqu’à présent. Là, je pense que cette fois-ci, c’est fini. Mais bon, on va faire avec. Je suis contente de l’accueil qui a été réservé à la collection. Je suis contente surtout pour mon équipe. Mes félicitations aussi aux organisateurs.

Travailler sans tapages, grandir dans la discrétion et exploser à la face du monde comme vous venez de le faire, cela répondait-il à une stratégie bien pensée ou c’est votre nature ?
Une nature ne se change pas. On fait des efforts pour se retenir et parfois on se lâche. Ce que je peux vous dire, c’est que la maison de couture Adj’Kan est un projet qui a franchi plusieurs étapes pour arriver à maturation. Nous renouons justement avec les défilés après avoir posé les bases d’une véritable entreprise. Nous avons un siège qui correspond à l’esprit du projet, un personnel technique et d’appui bien formé et désormais imprégné du style de la maison. Nous sommes dans la dernière phase où nous développons une démarche clientèle qui allie exigence, simplicité et coût. Il est question d’élargir cette clientèle et de la fidéliser ensuite. Bref ! On n’y arrive avec professionnalisme et sérieux. J’ai été même amenée à former des collaborateurs pour leur apprendre comment procéder à l’estimation des délais de livraison par exemple. Donc, j’ai décidé de montrer le travail d’Adj’Kan au grand public parce que j’estime qu’elle est prête. Complètement prête !

On imagine que les retours sont élogieux.
Vous avez raison. Les retours sont très flatteurs. Cela me réconforte.

Dans un entretien accordé à Aggolo N°36 vous disiez, je cite : « J’ai remis les défilés à plus tard ». Qu’est-ce qui vous a donc poussée à renouer avec cette tradition ?
Ce "plus tard" est arrivé, déjà en paraissant dans Aggolo numéro 36 et maintenant avec Oyémi Fashion Show. Je pense sincèrement que la marque Adj’Kan a atteint le niveau de maturité que je lui voulais pour revenir sur la scène. Il est évident que j’ai saisi une opportunité. Même s’il n’y avait pas eu Oyémi Fashion, j’aurais trouvé une façon de présenter mon travail au public. Je me devais de le faire, je le devais à mon personnel et au public béninois.

"Fun-fun è nkô", votre nouvelle collection est aussi lumineuse esthétiquement, qu’intrigante, du point de vu philosophique et spirituel. Que voulez-vous véhiculer à travers cette collection ?
Dans Fun-fun è nkô le blanc est assimilé à la lumière. Pour moi, la lumière est à l’origine de toute chose. Un enfant qui naît voit la lumière, le mourant dit-on, voit aussi une lumière. La lumière est une bonne chose pour les plantes. Elle les aide à grandir. La lumière met l’accent sur les détails et permet de les voir. Quand nous avons une solution, une réponse sur un sujet quelconque, nous disons que nous avons fait de la lumière sur ce sujet.
La lumière du jour marque le début d’une nouvelle journée... Et La lumière intérieure est celle que tout un chacun recherche pour être en harmonie avec le créateur. Et quand nous prions, peu importe notre religion, nous demandons au créateur de nous accorder sa lumière, de nous garder dans sa lumière. Elle est partout et en toute chose. Le nom de cette collection est un peu comme une interpellation, un questionnement sur nous-mêmes et ce que nous faisons pour avoir cette lumière en nous et autour de nous.

Parlez-nous de la robe de mariée, votre pièce maîtresse. Elle semble avoir fasciné le public.
La robe de mariée ! Que dire ... Je suis très contente des retours que j’ai eus pour cette pièce parce qu’effectivement elle a nécessité pas moins de 60 heures de travail, 72 mètres de tissu et elle est presque essentiellement cousue à main !
Vous savez, quand les gens viennent me voir je leur recommande de rêver d`abord, de rêver de toute leur force de la robe qu’elles souhaitent porter le jour de leur mariage. Après, elles viennent, elles me racontent leur rêve et moi, mon travail de créatrice, c`est de sublimer leur rêve, et de le leur rendre. Une robe de mariage n`est pas un travail de couture, c`est un rêve. Ça n`a pas de prix. Achetez sa robe de mariage dans une boutique par exemple, c`est comme s`offrir une autre paire de chaussures. Vous la jetez après usage. Non. Votre robe de mariage doit être une pièce unique, un patrimoine précieux. Elle racontera à vos enfants l`histoire de leurs parents. Dans certaines familles, elle est exposée dans une vitrine comme une œuvre d`art. Bref, je ne couds pas une robe de mariage, je la réalise. Il y a encore dans notre pays, heureusement, des gens qui comprennent ça.

Des invitations extérieures en vue ?
Des contacts ont été pris et il y a des discussions en cours...

Votre mot de la fin ?
Merci pour cette interview et l’opportunité offerte à Adj’Kan de s’exprimer. Merci pour le travail que vous faites pour la visibilité des stylistes africains, pour la mode et pour l’art.… Nous espérons dans le futur apporter notre contribution pour une mode Béninoise plus connue à travers le monde.
Propos recueillis par Isac A. YAÏ





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