Entretien avec Victor Goudahouandji, conteur, slameur : « Tant que vous êtes déterminé et que vous avez la volonté, vous devez réussir… »

La rédaction 13 décembre 2019

Communicateur Marketing, Victor Goudahouandji est aussi artiste comédien parolier qui hisse au pinacle les valeurs béninoises à travers le conte, le slam et le rap. Dans cette interview, il nous parle de son parcours et de ses motivations.

Parlez-nous de vos débuts…
J’ai démarré le théâtre au collège mais avant ça, je faisais de l’interprétation au cours des journées culturelles. A partir de la seconde, je me suis consacré au théâtre. Et avant même d’arriver à l’Université, je savais déjà ce que je voulais faire de ma vie. A l’université, je me suis inscrit à l’Eace (Ensemble culturel et artistique des étudiants) parce que je voulais être artiste. J’ai fait des parcours pas des moindres et si j’arrive à réussir, les gens diront fièrement que c’est un artiste qui a pris par l’Eace. Comme on le dit aujourd’hui en tapant du poing sur la poitrine : tel artiste a fait l’Eace comme Don Métok, Ignace Yètchéou, Eric Hector Hounkpè pour ne citer que ceux-là. Les débuts sont difficiles mais quand on sait ce qu’on veut, on réussit à briser toutes les barrières. La plupart des béninois identifient les comédiens à certaines personnes dont je ne vais pas citer les noms ici. Ils ignorent que le théâtre est un travail d’esprit. Les gens pensent qu’on n’a pas la capacité de faire autre chose. Je suis communicateur Marketing de formation et je l’exerce toujours à travers le théâtre, le slam, le conte et le rap.

D’où est-ce que vous puisez vos inspirations ?
Il y a tellement de choses qui m’inspirent. Mais tout découle des réalités de la vie. Par exemple dans le conte, le slam et le rap, je n’évoque que des faits sociaux parce qu’il y a tellement de choses qui nous entourent. Quand une personne me remonte le moral, me fait passer un moment inoubliable, chargé d’émotions, ça m’ouvre l’esprit. Les situations me permettent d’avoir l’esprit suffisamment ouvert. Je m’inspire aussi du quotidien des gens qui m’entourent. Dans le conte, je développe les thèmes que sont l’amitié, la paix, la solidarité, la jalousie etc. pour le rap, j’ai décidé de faire du rap conscient, c’est-à-dire produire des textes qui éduquent, qui ne sont pas pervers. Donc je fais le rap pour mon plaisir.

Combien de contes, de slams et de rap avez-vous déjà à votre actif ?
C’est rare pour un conteur qui n’est pas écrivain de dire qu’il a écrit tel ou tel nombre de contes. Sous le coup de la muse, il y a des choses qui se font. Par exemple, je peux écrire une histoire de cette échéance que je raconte. Et il y a des histoires qu’on crée soi-même, il y a des histoires qui existent déjà qu’on véhicule à travers son art. Parlant du slam, j’ai écrit un certain nombre de textes mais il y a trois qui ont beaucoup circulé. En slam, j’ai été appelé pour adapter le produit sur des événements mixtes parce que le texte parle de belles choses. En dehors de ça, il y a le texte ‘’min mou tô min min’’ en langue fonbgé qui veut dire que malgré tout ce que nous jeunes faisons pour aller de l’avant, il y a des intrus qui ne veulent pas que nos rêves se réalisent. Le texte dénonce la corruption. Le texte le plus en vue et qui m’a fait connaître est ‘’Tô do nan yi nou kon’’qui signifie, le pays doit évoluer. Je l’ai écrit en 2017 juste pour raconter l’histoire du Bénin pendant cette période. Mais je ne prends pas de position. Un artiste n’est pas politique. Dans ce texte, j’ai parlé des faits sociaux qui interagissent directement avec le système politique. Ce qui m’a permis de gagner un prix lors du championnat des voix lourdes organisé par Label shop promo. Au rap, il faut le dire, je n’ai pas d’albums. J’ai un single qui n’est même pas encore lancé et mon projet, c’est d’entrer en studio ce mois et en janvier pour pouvoir réaliser mon album de 5 titres.

Arrivez-vous à gagner votre vie avec cet art ?
C’est vrai que les gens disent que l’art au Bénin ne nourrit pas son homme. Mais je pense que c’est une question de vision. Ça ne me permet peut-être pas de vivre ma vie comme je l’aurais souhaité. Il faut noter que jusqu’à preuve de contraire, le hip-hop qui, aujourd’hui devient l’un des moteurs de ma vie artistique, ne m’a encore rien donné en terme de rémunération comme ça. Et pourtant c’est ça qui parle au mieux de moi aujourd’hui. Juste pour dire que quand je vais achever la réalisation de mon album, ça va être une source de revenus pour moi. Aujourd’hui tout ce que je fais c’est le théâtre, beaucoup plus le conte et le slam parce que les festivals ne me font pas vivre. Ce sont les prestations qui me nourrissent. En dehors de ça, les gens me programment sur des concerts. J’ai la ferme conviction que l’art fera de moi un homme riche.

Avez-vous été motivé par un conteur slameur ou rappeur ?
Bon, je n’ai pas de Mentor que ça soit au conte, slam ou au rap. Quel que soit ce qu’on dit, il y a des gens qui le font avant nous et il faut s’en inspirer. Par exemple, mes premiers pas au conte, c’est pour avoir vu faire des gens avec qui je travaille. J’ai eu envie de faire, j’ai commencé par travailler. Je sortais par moment pour voir des spectacles. Tu ne peux pas vouloir faire quelque chose, sans aller voir ce qui existe avant toi. Au slam, je voyais les gens faire, mais ce qui a déclenché mon envie d’aller faire le slam c’était en novembre 2017 sur Fitmo à Ouagadougou où j’ai connu le groupe ‘’Consonne et voyelle’’. C’est un groupe de slameurs constitué de quatre membres. Je les ai vus en concert. C’est énorme et époustouflant. C’est là j’ai décidé officiellement être au slam.
Au rap, il faut avouer que je préférais beaucoup plus le rap en langue. D’où j’aimais ceux qui râpaient en langue comme Fo Logozo, Radama z, Wp, Vano. Mais il faut noter que le premier morceau avec lequel je suis allé au rap en langue, est celui de Crisba. C’est un morceau que j’aime beaucoup ‘’Fo Sèsè’’, un morceau que je répétais à longueur de journée et qui me faisait rire.

Qu’avez-vous à dire aux parents qui tuent les rêves de leurs enfants ?
Il faut situer les responsabilités. Tuer le rêve de l’enfant n’est pas une bonne chose. Mais il faut aussi savoir quelle attitude l’enfant adopte. Quand vous voulez faire quelque chose qui vous passionne, vous devez trouver les voies et moyens pour démontrer aux parents que vous devez réussir. Moi, j’ai toujours eu le soutien de mes parents depuis le collège jusqu’à l’Université parce qu’ils ont toujours eu le résultat scolaire. Il faut dire clairement aux parents de soutenir les enfants puisqu’il ne sert à rien d’imposer aux enfants ce qu’ils ne veulent pas faire. Je connais des parents qui ont imposé la médecine à leur enfant alors qu’il voulait faire l’agronomie. Après avoir soutenu, l’enfant a remis le diplôme à son papa et est allé s’inscrire en agronomie. Il a fait un master en agronomie et vit heureux de ça. Comme j’aime bien le dire, c’est une pensée que j’ai lue quelque part ‘’il vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion’’. Et ça il faut que les parents le comprennent. Quand tu travailles ta passion et qu’elle devient ton métier, tu ne travailles jamais. Mais quand tu es contraint de faire un travail, c’est pire que l’esclavage. Laissons les enfants, soutenons les à réaliser ce qu’ils veulent du moment où cela ne porte pas entorse à la morale.

Quel est le conseil que vous donnerez pour encourager les jeunes qui s’intéressent au conte, slam et au rap ?
Il y a une pensée qui dit ‘’quand la volonté s’allie à la détermination, le talent n’est qu’accessoire’’. Je veux dire aux plus jeunes que seul le travail paie. C’est compliqué, mais il faut s’armer de courage, de détermination, de volonté. Ce qui voudra dire, quel que soit votre talent, que vous avez ou pas, tant que vous êtes déterminé et que vous ayez la volonté, vous devez réussir. Celui dont je retiens une phrase forte, paix à son âme, c’est Doug Saga. Il disait toujours dans ces morceaux, « Seul le travail paie. Dans la vie, il faut travailler, il faut batailler. Car à la fin ça se récompense, ça se récompense, ça se paie, ça se paie, ça se récompense, ça se récompense ». Ça me renvoie à une pensée que j’ai lue ailleurs qui dit « Rien ne nuit à ceux qui travaillent que la présence de ceux qui ne font rien ». J’exhorte les plus jeunes à plus d’ardeur. S’ils sont déterminés et savent que c’est ce qu’ils veulent faire, autant bien le faire parce qu’on dit que « tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait ». Ça va être difficile, mais ils s’en sortiront.

Votre mot de fin
J’ai une exhortation à l’endroit de tout le public africain en général et béninois en particulier. C’est beaucoup plus autant pour les parents que pour les jeunes. Nous avons tendance aujourd’hui à mettre le plus important de côté. L’oralité a toujours été une part assez importante pour les Africains. Nos aïeux ne connaissaient pas l’écriture, mais il y avait l’oralité. La transmission se faisait chez nous par le biais de l’oralité, de bouche à l’oreille. Le conte a toujours existé en Afrique. Le conte fait partie de notre patrimoine. Il y a des parents qui le font encore, mais c’est rare. Le second volet, que les gens ne fassent pas des clichés quand on parle de comédien. Il faut qu’ils nous écoutent, nous voient jouer d’abord avant de faire des déductions. Le troisième point c’est par rapport au rap. La plupart des parents n’aiment le rap quel que soit le message qu’il véhicule. Je veux dire aux parents de nous écouter d’abord, parce que le style rap c’est une façon à nous de porter le message. Je demande à tous les parents d’accorder du crédit à ce que nous faisons, de faire en sorte que leurs enfants puissent aller au théâtre, au conte. Le conte éduque suffisamment. Entre temps quand les enfants font quelque chose, on ne les réprimande pas sur le champ. C’est le soir qu’on leur raconte des histoires en choisissant des animaux comme personnages. L’enfant se retrouvait à travers les comportements des animaux et se corrige tout seul. Que les parents nous écoutent avant de nous juger quel que soit le style qu’on a choisi.

Propos recueillis par Firmin HLAMMASSI (Stag.)





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