Evangélisation de la région de Djougou : Une histoire écrite par des hommes et femmes intrépides

8 avril 2022

Comme tous les diocèses du Bénin, Djougou a accueilli les missionnaires dans des conditions parfois critiques. Selon leur rythme et les conditions d’exercice de leur ministère, ils ont réussi au fil des années à asseoir une communauté catholique qui ne cesse de grandir.

1923-1942 : sous la houlette du vicaire apostolique de Ouidah
Les premiers missionnaires à explorer à pied le Nord-Ouest du Dahomey sont les pères Peter Schenkel et François Steinmetz en 1895. Avec l’ouverture de la mission de Dassa-Zoumè en 1921, les campagnes d’évangélisation ont commencé dans le Nord du pays. C’est ainsi que sur le registre des baptêmes de Dassa, on retrouve l’inscription d’une dizaine d’enfants baptisés à Djougou en 1930 par le père François Faroud. Le père Elie Huchet lui succède et célèbre la messe pour la première fois à Manigri le 22 juin 1931. Il ouvrira ensuite la mission de Natitingou en 1941.

1942-1948 : sous la houlette du préfet apostolique de Niamey
En pleine guerre, à la surprise générale, alors que plusieurs missionnaires sont mobilisés, le Vatican annonce la création de la Préfecture de Niamey avec à sa tête le père François Faroud. Sous sa juridiction, un territoire immense qui comprend le Niger, Fada N’Gourma au Burkina-Faso, Kandi et Parakou, Natitingou et Djougou au Dahomey. En 1945, Mgr François Faroud demande au père Victor Rublon de se rendre au Dahomey pour fonder la mission de Djougou. On lui donne un terrain. il fait appel à ses confrères SMA de Niamtougou au Togo. Le jeune Alphonse Wenserta se porte volontaire et va ouvrir une école à Dompago et visite les villages des alentours. L’année suivante, arrivent quatre jeunes sœurs Notre-Dame des Apôtres, Sœur Richard, la supérieure, Marie-Emile, Marie Ancilla et Denise. Elles s’installent dans une maison en terre de barre, construite pour elles, recouvertes de paille, sans portes ni fenêtres.

1948-1964 : sous la houlette du préfet apostolique de Parakou
La Préfecture apostolique de Niamey étant très étendue, le Vatican décide d’en créer une nouvelle à Parakou et demande à Mgr François Faroud d’en assumer la charge. Il sera remplacé en 1957 par Mgr Robert Chopart Lallier. A Djougou, les événements vont vite. Arrivent deux missionnaires, Louis Aguilhon et Yves Rocher comme curé. La paroisse s’organise. Dans cette région très islamisée, la tâche est difficile. Mais la Société internationale missionnaire (SIM) est déjà solidement implantée à Djougou. Elle créa une école biblique francophone. C’est au sein de ces communautés suscitées par la SIM que naîtra l’Union évangélique des églises du Bénin en 1974. A Dompago, un pasteur entreprend un travail colossal qui consiste à traduire la Bible en langue Lokpa. Parue en 1979, elle est toujours utilisée aujourd’hui pour la liturgie.
En 1953, un nouveau découpage administratif se met en place dans la région. Dépendant de la subdivision de Savalou, le canton de Bassila rejoint celle de Djougou. C’est ainsi que la communauté de Manigri fait son entrée dans la paroisse de Djougou. Le père Rocher va découvrir à Manigri et à Igbéré des communautés vivantes, peu nombreuses, mais bien organisées qui vont faire son bonheur. Il a fallu auparavant le passage et le doigté du père Ignace Faly, curé de Savalou, pour qu’elles puissent se reprendre à la suite du traumatisme causé par la mort brutale de leur catéchiste Joseph Okioh. En 1954 arrive le père Patient Redois qui aura une grosse influence par son sens de l’accueil et son écoute attentive. Cette même année, le père Aguilhon fonde la mission de Dompago, appelée aujourd’hui Badjoudé. A cette époque, la pastorale est prioritairement dirigée vers les enfants par le biais de la scolarisation. Les missionnaires ouvrent de nombreuses écoles officielles catholiques. La paroisse de Djougou en compte six et celle de Dompago quatre. A cela, il faut ajouter quinze écoles catéchistiques. Les catéchistes y enseignent les rudiments du Français et du calcul, à l’intérieur de petites chapelles. Le pays et la région ont besoin de cadres. Face à l’influence dominante de l’Islam, ils voient dans la scolarisation le meilleur moyen pour susciter des communautés chrétiennes.

1964-1996 sous la houlette de l’évêque de Natitingou
Le 10 février 1964, on apprend que Parakou et Natitingou sont érigés en diocèses. L’ancien vicaire de Djougou, Patient Redois revient comme évêque de l’Atakora. L’expression qui traduit et résume le mieux le zèle des missionnaires, hommes et femmes, c’est « planter l’église, » Il s’agit de faire naître des communautés vivantes, de travailler à l’éveil des vocations sacerdotales et religieuses et de participer au développement de la région. Le vent nouveau qui souffle va lui permettre de traverser les 17 années de marxisme-lélinisme (1972- 1990) dans une relative sérénité. Une des priorités du nouvel évêque est la formation des catéchistes. Il crée à cet effet le Centre Saint Paul. Le père Michel Loiret est nommé à Djougou en 1966 et se met à l’étude du Yom. Le père Yves Rocher va fonder la paroisse de Bassila-Manigri. Le père Delacquis, du diocèse de Grenoble, est aumônier diocésain de la JAC. Il permet à un groupe de la JAC des environs de Boukoumbé de venir s’installer près de Bassila. Ainsi est né le village de Dieipani. Le père Albert Matthieu est nommé curé de Djougou en 1969. Michel Vessière qui vient aussi de Grenoble, le second avec, en charge, les villages lokpa. Yves Bergeron va à Dompago. En 1971, le père Fortin fonde la paroisse de Partago. En 1972, à la suite d’une longue grève des enseignants, le gouvernement décide de nationaliser les écoles catholiques, de dissoudre les mouvements d’action catholique et de limiter les déplacements.
La pastorale recherche la proximité des gens et s’attache à leur apporter des soins et une formation, qu’il s’agisse des cadres ou des catéchistes. Sœur Claudette Ardouin (NDA) organise des formations pour jeunes filles et visite de nombreux villages. Les sœurs Cyrille et Angèle (NDA) s’installent à Pabégou dans le dispensaire. En cette même année, les sœurs OCPSP s’installent à Manigri. Le père Aguilhon se retire à Karthoum et se consacre à un Centre de retraite spirituel. A son départ, le père Boulo prendra le centre en mains. Le 30 juin 1974, l’Abbé Paul Vieira est ordonné diacre à Dompago par Mgr Redois. Il venait passer ses vacances et ses stages à Dompago auprès du père Aguilhon. L’abbé Ignace Ali, le premier prêtre du diocèse, est ordonné le 4 juillet 1981 à Dompago. Le lendemain, sr Madeleine Zoumarou prononce ses vœux perpétuels chez les Sœurs Saint Augustin. Mgr Patient Redois se retire en 1983 du siège de Natitingou, vivant ainsi jusqu’au bout sa devise : « Il faut qu’il croisse et que moi je diminue. » L’Eglise grandit à Djougou et dans le pays. Mgr Nicolas OKIOH, après son sacre à Rome le 6 janvier 1984 et sa prise de possession canonique le 12 février 1984 à Natitingou, poursuit, avec ardeur et en l’approfondissant, la pastorale de son prédécesseur. Il insiste sur la nécessité de l’autofinancement des paroisses. Lui-même donne l’exemple en créant deux fermes : celle de Kpakpaliki, sur la route d’Igbère et celle de Tokotoko. Un Centre de Promotion Féminine ouvre ses portes à Manigri.

10 Juin 1995 : Erection du Diocèse de Djougou
L’abbé Paul Kouassivi Vieira est ordonné évêque le 1er octobre 1995 des mains du Cardinal Bernardin Gantin au CEG1 de Djougou. Il était entouré de son presbyterium, composé de six prêtres : Ignace Ali, Roger NAGBANDA, Ernest Moulin, Yves Bergeron, Claude Meynier et Bernard Leroy. Les pères Michel Loiret et Michel Guichard étaient en année sabbatique. Aussitôt après son Ordination épiscopale, Mgr Paul VIEIRA a posé les jalons pour l’avenir du diocèse. Ses trois (03) Orientations principales : l’Eglise-Famille, les Communautés Ecclésiales de Base (CEB) et l’Auto- prise en charge constituent la pierre angulaire de toutes les fondations. Dès le 24 Décembre 1995, il crée la paroisse Saint Louis de Gaounga portant à cinq (05) le nombre de paroisses. La marche missionnaire fut ainsi entamée. Il crée successivement les paroisses de Copargo (1996), Kolokondé-Foumbéa (1998), Bougou (2001), Alfa- Kpara (2001), Wêwê (2002), Manigri (2004), Kprèkètė (2004), Anandana (2004), Sonaholou (2007), TokoToko (2008), Vanhoui (2009), Bariénou (2010), Gah (2012), Yaoura (2012), Abitanga (2012), Bari (2012), Bouloum- Déwa (2014) et Igbèrè (2016). Aujourd’hui, le diocèse de Djougou compte vingt-trois (23) paroisses, une zone pastorale à Gnongambi et un Sanctuaire d’adoration perpétuelle à Djougou. Le Diocèse compte quatre (04) écoles maternelles, quinze (15) écoles primaires, trois (03) collèges catholiques, neuf (09) centres de santé, neuf (09) internats et un (01) orphelinat. Les journées pastorales organisées chaque année avant le début d’une nouvelle année pastorale constituent le laboratoire de réflexions et d’échanges en vue d’harmoniser les lignes directrices du travail d’ensemble. C’est le moment des bilans de l’année écoulée en vue d’apprécier les avancées et les résistances sur le terrain de l’annonce de l’évangile et enfin de noter les défis à relever. Par ce creuset, l’évêque, comme un veilleur, donne les orientations pour l’année suivante. Le diocèse de Djougou a toujours vécu au rythme de l’Eglise Universelle grâce aux Encycliques, Exhortation Apostoliques et Lettres Pastorales du Saint Père. Ici le dynamisme des agents pastoraux est à saluer, car en raison de l’aridité de la mission, les agents pastoraux prêtres, religieux, religieuses, catéchistes permanents et bénévoles, s’efforcent de parcourir les villages à la recherche des brebis... En vingt-cinq ans, le nombre de prêtres présents dans le diocèse a considérablement augmenté. Les prêtres incardinés sont au nombre de Trente (30) et travaillent dans la même vigne du Seigneur que les Dix-sept (17) prêtres Fidei Donum et les Douze (12) prêtres de Sociétés de Vie apostolique et d’Instituts religieux. Soixante-Six (66) Religieuses y assurent une mission formidable dans diverses structures d’évangélisation et d’assistance sociale. A Djougou comme dans tous les diocèses du monde entier, la formation des catéchistes, la pastorale familiale, la pastorale des vocations sacerdotales et religieuses constituent une priorité. 44 petits séminaristes et 12 grands séminaristes poursuivent leur formation dans nos divers séminaires. Dans le cadre de l’auto prise en charge, plusieurs efforts louables se font à Gnongambi et à Onklou qui sont des fermes agro pastorales. Au registre des difficultés, nous pouvons noter que Djougou demeure une terre de première évangélisation avec l’Animisme, l’Islam et l’Analphabétisme. Il y a aussi que la ville de Djougou étant une ville carrefour, elle est cosmopolite et regorge de plusieurs langues et dialectes aussi bien du Bénin que de la sous-région.
Le 21 mars 2019, Mgr Paul VIEIRA a rejoint la Maison du Père Eternel et le 03 avril 2019, jour de son enterrement, le Saint Père a nommé notre Administrateur Apostolique, Son Excellence Mgr Pascal N’KOUE, Archevêque Métropolitain de Parakou. Dės sa Nomination, le Prélat a pris son bâton de Pasteur pour rassembler le troupeau de Dieu. Il a défini trois lieux de mission qui orientent sa pastorale : la famille, l’éducation et les vocations sacerdotales et religieuses. A travers une parution mensuelle intitulée Vie Diocésaine, il donne ses orientations pastorales et oriente la marche ensemble de toute l’Eglise-Famille. Plusieurs réformes sont en cours dans le diocèse notamment dans les domaines de la Liturgie, l’Administration du diocèse et l’Auto prise en charge.
Le 12 février 2022, après trois années de vacance de siège, le Pape François a nommé Mgr Bernard de Clairvaux TOHA WONTACIEN, comme 2ème évêque de Djougou. Il quitte ainsi sa charge de Provincial des Oblats de Saint François de Sales pour se faire Ordonner évêque à Djougou, dans l’enceinte de l’évêché, le 02 avril 2022. C’est S. E. Mgr Pascal N’KOUE que le nouvel évêque choisit comme consécrateur principal.





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