Exposition des trésors royaux à la présidence de la République : l’émerveillement sur toutes les lèvres

Moïse DOSSOUMOU 25 février 2022

A peine ouverte, l’exposition des biens culturels et d’autres artistes contemporains dénommée « De la restitution à la révélation » suscite un grand engouement au sein de l’opinion. Dans l’après-midi d’hier, une vague d’écoliers, d’élèves, d’étudiants, d’expatriés, d’amoureux de l’art et de curieux a pris d’assaut le palais de la présidence dont la salle du peuple a été transformée, le temps de l’exposition, en un musée. Un voyage dans l’univers mythique de l’art qui a médusé le public qui a étanché sa soif de curiosité et de découverte.

Ce n’est pas un événement à se faire conter. Il faut le vivre. Les visiteurs qui ont effectué le déplacement de la salle du peuple du palais de la Marina ce jeudi 24 février 2022 sont prêts à vivre ce voyage artistique qui les replonge à la fois dans le passé et le présent. La chaleur étouffante liée au soleil de plomb qui a dardé de ses rayons la ville de Cotonou n’a pas émoussé l’ardeur des visiteurs invités à prendre leur mal en patience sur l’esplanade extérieure de la présidence de la République. En effet, une fois passée la formalité de la guérite qui se résume au contrôle des pièces d’identité, le visiteur est stoppé dans son élan par les services de sécurité qui, du fait de l’affluence, génère le flux par à-coups. Dans ce rang interminable long de plusieurs centaines de mètres, les visiteurs, ruisselants de sueur, s’impatientent.

Le passé dans le présent
Par petits groupes, ils sont autorisés à pénétrer dans l’enceinte du palais de la Marina. Une libération ! A peine le pas de la salle qui abrite les trésors royaux franchi, l’enchantement commence. Dans une salle cloisonnée, où la couleur dominante noire s’allie avec merveille aux lumières douces reflétées par les lampes suspendues à l’intérieur des vitrines géantes, les premiers trésors se laissent découvrir avec splendeur. Taillées en toute majesté en grandeur nature, les trônes d’apparat des rois Ghézo et Glèlè sont disposés de part et d’autre. Sculptés en format taille humaine avec un savant dosage de bois, de pigments et de métal, ils sont l’instrument de prestige des rois du Danxomè. « Je suis très ravie de visiter cet ensemble d’œuvres. Je découvre des choses comme les trônes d’apparat que je ne connaissais pas », affirme Aurore, qui ne cache pas sa satisfaction. Bien visibles à droite des trônes prestigieux, deux portes basses du palais royal d’Abomey ornées de bas-reliefs révèlent l’ingéniosité des artistes du passé dont le savoir-faire est admirable. Bien en vue, un géant tableau représentant les rois et reines du Danhomè mettant en exergue la filiation et l’ordre de succession nourrit la curiosité de jeunes adolescents qui ne boudent pas leur plaisir d’immortaliser ces précieux instants par d’innombrables prises de vues. La suite de l’exposition révèle le trône de Cana, ville sacrée du royaume, située à une vingtaine de kilomètres d’Abomey. « La partie supérieure du trône représente le roi sous son parasol, entouré de ses servantes. A l’étage inférieur, une file d’esclaves entravés évoque deux caractéristiques majeures du royaume : sa politique expansionniste et l’asservissement des populations des régions conquises ». Des statues anthropozoomorphes, celle à tête de lion représentant le roi Glèlè et celle à tête d’homme et au torse de requin le roi Béhanzin, portées annuellement à l’occasion de défilés et symbolisant le courage lors des combats se laissent contempler. Mylène, 23 ans, les bras croisés, ne les quitte pas des yeux. « C’est vraiment fascinant de représenter dans une même statue un homme et un animal. Nos ancêtres étaient vraiment des génies », finit-elle par lâcher, admirative. A un pas de là, dans une sorte de couvent où la tradition et la modernité forment un mariage harmonieux, des Asen, (tige métallique coiffée tantôt par de larges assiettes au bout desquelles flottent des clochers, tantôt par des tam-tams métalliques, tantôt par des mains, tantôt encore par des animaux) représentations de Béhanzin et d’Agassou, rappellent la présence des ancêtres en ces lieux. Au milieu des mille et une conversations qui forment un sourd brouhaha, le guide exhorte au recueillement. L’instant de cette communion écoulée, la visite suit son cours. Des objets divers (calebasses, sacs, instruments de travail…) sont contemplés. Au bout du rouleau, des récades et un ensemble formé par une tunique et un pantalon de soldat ou d’agoodjié plongent la foule des curieux dans le passé. « J’aime ce que je vois », chuchote Laetitia qui ne tient pas en place, à l’oreille de sa copine. Interrogée sur l’objet de son intérêt, elle précise. « Je suis fière de constater que déjà en l’an 1800, nos ancêtres faisaient des choses extraordinaires et des artistes continuent de s’inscrire dans cette lancée ».

La nouvelle corde au bout de l’ancienne

Croyant être au bout de ses surprises, tout recommence pour le visiteur déjà repu de ce qu’il a vu et entendu. Mais la seconde étape, la plus fournie, l’attend. Comme des tresseurs de cordes, les artistes contemporains ont repris le flambeau et le prouvent à suffisance. Hermann Akwé, le guide accueille un petit groupe de visiteurs à l’entrée de cette exposition déclinée en trois séquences : l’art contemporain, la transition, la transgression-hybridation. Un nouveau voyage commence. Pour le compte de la première séquence, les artistes sculpteurs Euloge Ahanhanzo Glèlè et Kifouli Dossou ouvrent la marche par des créations en terre cuite et de masques Guèlèdè. A leur suite, un artiste majeur, Ludovic Fadaïro propose ses tableaux qui ont fait le tour du monde au public béninois. Dominique Gnonnou dit Kouas, Epaphras Dègnon Toïhen, Yves Pèdé et Cyprien Tokoudagba pour ne citer que ceux-là, assouvissent la soif des visiteurs par des œuvres qui vont des sculptures aux toiles. La deuxième séquence est formée des œuvres de Julien Sinzogan, François Aziangué, Yous Atacora, Eliane Aïsso, Nathanaël Vodouhe, Laeila Adjovi, Dominique Zinkpè, Georges Adéagbo, Moufouli Bello. Leurs collègues Louis Oké Agbo, Meschac Gaba, Romuald Hazoumè, Charly d’Almeida, Eric Mededa… forment la cohorte de la dernière séquence. Des représentations de diverses divinités dont le Lègba lumineux reposant sur une motte de terre, le Gou, le Sakpata, le Egungun, des sculptures géantes, des toiles, des photographies modernes, constituent l’essentiel des créations qui sont le témoignage éloquent de l’imagination fertile dont bénéficient ces créateurs d’œuvres de l’esprit dont la plupart sont inconnus du grand public.

Des émotions uniques
Transformés et requinqués par tant de découvertes en un seul après-midi, les visiteurs expriment leur satisfaction. Sur le chemin du retour, entre la salle du peuple et la guérite, l’air songeur, marchant à pas de sénateur, Keïrath ZATO, princesse de la cour royale de Nikki, murmure entre deux méditations : « spirituellement, je suis contente de voir nos ancêtres de retour sur leur terre ». Partageant sans doute ce sentiment, Yvon Yèdé et ses amis veulent encore se rincer les yeux. Tout excité, il se confie : « Le temps n’a pas suffi pour tout écouter et tout voir. Je vais revenir… »





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