Grossir ses fesses et ses seins : Comment les dames s’y prennent à Cotonou

La rédaction 25 août 2020

Au Bénin, il ne suffit plus d’être une princesse de l’ancien royaume du Dahomey ou d’être naturellement prédisposée pour être ronde. Comme ailleurs dans la sous-région, le ’’bobaraba-bazooka’’ fait silencieusement fureur à Cotonou. Adeptes de la nouvelle tendance, les femmes témoignent de leurs intérêts pour cette pratique. Celles-ci ne visent qu’un but : avoir des formes voluptueuses et peu importe le prix.

Plus il y en a, mieux c’est. C’est désormais le principe chez les femmes à Cotonou. Désireuses d’être à la mode, ou du moins à la « page », elles sont prêtes à mettre le prix. Pourvu que les seins et les fesses prennent du volume sous les vêtements. Et les moyens, il n’en manque pas. « Il y a des huiles et crèmes corporelles qu’on applique sur la zone qu’on veut grossir. Le produit va pénétrer la peau pour faciliter la croissance rapide de la partie concernée. Mais les sirops et comprimés sont là pour stimuler l’appétit. Ce sont les femmes minces qui en achètent le plus, pour avoir de l’embonpoint. Celles qui sont déjà corpulentes veulent avoir des fesses et/ou des seins volumineux, sans prendre du poids. Sinon elles ont toutes une préférence pour les produits à base d’ingrédients naturels comme les fruits, le fenugrec ou encore le akpi », confie Line N., vendeuse de produits cosmétiques.

« Masser du bas vers le haut pendant cinq minutes, tous les soirs »
Il ne suffit pas d’avoir le désir de grossir les seins et les embonpoints. Il faut surtout trouver le bon espace, où se font les discussions en toute discrétion, pour être satisfaits. C’est d’ailleurs dans un groupe WhatsApp que Claire D a découvert ces produits. « Je voyais des publicités sur Facebook et WhatsApp qui vantaient les effets de l’amphétamine ou de Dynewell. Je me suis donc dit que j’allais essayer. Mais je voulais quelque chose de très naturel. J’ai alors pris contact avec une dame qui vendait ces produit-miracles à base d’ingrédients sains. Elle m’a fait livrer une pommade composée de beurre de karité et de akpi. Sa recommandation était de masser du bas vers le haut pendant cinq minutes, tous les soirs après mon bain. Et au bout de deux semaines j’ai remarqué du changement. Seulement, c’est après un mois que j’ai vraiment vu que ça marche. J’ai obtenu beaucoup plus de volume fessier. Je recevais même des compliments venant de mon entourage. J’aimerais en recommander, même si le prix me fait hésiter », confesse Claire.

La rondeur à tout prix
En revanche, la satisfaction a un coût. Claire a dû en payer aussi. Ça m’a coûté un peu plus de 7 000f pour une seule pommade ». Les produits varient, les prix aussi. Line, la jeune vendeuse contactée en ligne le confirme : « J’ai des produits de 5 000f à 40 000f. Et je n’ai jamais reçu de plaintes concernant la qualité de ce que je vends. Ils sont tous efficaces, si on les utilise fréquemment. Tout va dépendre de la cliente et des besoins de son corps ».
D’autres se tourneront alors vers des procédés qu’elles estiment plus rapides, mais pas de moindre coût. « Moi on m’a proposé le lifting brésilien, lors de mon séjour au Ghana. C’est une technique qui permet de récolter la graisse d’une autre partie du corps à l’aide d’un dispositif, pour la projeter dans les seins et les fesses. En six séances, on obtient des résultats durables. Seulement que la séance coûte 20 000f », explique une autre dame rencontrée.

Stigmatisées, elles entrent en lice
Le phénomène court les rues. Ceux qui n’en connaissent pas les rouages ne font que découvrir les résultats : de grosses fesses et de gros seins. Cependant, d’autres ne l’ont pas fait forcément de gaieté de cœur. Cette tendance cache plutôt un mal intérieur, celui des complexes. Et il est dur de s’en libérer, d’autant plus que la société en est la source. « Mes complexes sont nés du jugement des autres. Ce sont de petites remarques insultantes sur mon apparence. Je me rappelle encore ce jour où je me suis fait interpeller dans la rue par une dame. Elle voulait savoir si je souffrais d’une maladie particulière, parce qu’elle me trouvait trop maigre. Ça m’a tellement marquée que je n’ai pas pu oublier. C’est pourquoi j’ai voulu tester ces méthodes. Mais j’ai préféré fabriquer ma propre crème, à cause du coût. J’ai utilisé les recettes que j’ai tirées des vidéos sur Youtube », déclare Victoire A.

Quand ils s’en mêlent !...
Difficile de s’accepter lorsque les médias viennent remuer le couteau dans la plaie. « A la télévision et sur les réseaux sociaux surtout, je vois beaucoup d’images de femmes qui s’affichent avec de belles formes. C’est à croire que maintenant tout le monde a des rondeurs. Et les hommes sont très admirateurs », affirme Claire D. Les hommes deviennent alors acteurs de ce phénomène, comme l’appuie Line N. « Il y a des femmes qui viennent vers moi parce qu’elles voudraient faire plaisir à leur partenaire. Ce qui se comprend tout à fait à cause de la concurrence. Personne ne veut rester en marge. Parfois, ce sont les hommes eux-mêmes qui viennent s’adresser à moi, en faveur de leur femme ». Et si certaines cherchent à plaire, d’autres veulent avant tout se plaire. Mais une question se pose. Ces méthodes peu orthodoxes sont-elles idéales pour parvenir à une belle estime de soi ? Une fois ronde, les belles dames finissent par se morfondre des conséquences potentielles : le cancer par exemple.
Vidjennagni MISSINHOUN (Stag)





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