Hounnon Akiza au sujet du Covid-19 au Bénin : « Nous allons travailler pour trouver des solutions »

Adrien TCHOMAKOU 23 mars 2020

Face à la pandémie du Coronavirus, toutes les couches sont mobilisées. A travers cette interview, Abel Atigli, dit Hounnon Akiza Adrandjeko Ekpinzin Gomada appelle les populations à la vigilance et rassure de l’engagement des chefs traditionnels pour une solution.

Vous êtes guérisseur traditionnel dans l’arrondissement d’Akassato, commune d’Abomey-Calavi. Quelle est votre spécialité ?
Je suis né dans la spiritualité et j’ai fait la géomancie, c’est-à-dire le fâ divinatoire, je suis Hounnon. Beaucoup de gens souffrent de sorcellerie, des maladies dues à la sorcellerie et de diverses sortes d’envoûtement. Je suis là pour sauver la population. La plupart du temps, ce sont des gens qui viennent à moi, après avoir pris par des endroits où le traitement n’est pas du tout efficace. Lorsque la situation s’empire, ils ont souvent recours à moi. Je travaille à partir du fâ divinatoire, qui est un peu comme une analyse médicale. Grâce au fâ, je comprends ce qui se passe dans la vie du patient. Et en fonction de cela, je sais les feuilles, les plantes et les rituels qui entreront dans la guérison dudit patient. C’est donc de cette manière que je travaille. Ma préoccupation n’est pas forcément pécuniaire. Il faut d’abord sauver la vie du patient. Et lorsque le cœur lui en dit, il peut donner à la hauteur de la qualité du travail.

Vous avez beaucoup exorcisé les gens dans l’arrondissement d’Akassato, précisément à Adadjegbo. De tout ce que vous avez fait, quelles sont les actions à mettre à votre actif ?
J’ai guéri des gens qui ont été envoûtés, qui ont des maladies naturelles et autres. J’ai guéri des gens des maladies auxquelles la médecine moderne n’a pas pu trouver une solution. J’ai guéri et délivré beaucoup de personnes de la sorcellerie. J’ai guéri des gens qui quittent l’extérieur et viennent me voir. Et ils trouvent satisfaction. Je ne m’impose pas, je ne me vante pas. Je suis tranquille dans mon coin, et je sais de quoi je suis capable. Donc, de bouche à oreille, j’arrive à avoir de la clientèle un peu partout à travers le monde. Ceux qui détiennent une force divine n’ont pas besoin d’aller sur les médias vanter leur force. Il y a un adage qui dit que ce sont les tonneaux vides qui résonnent et que sont les tonneaux pleins qui sont calmes. Je fais beaucoup de choses. Je guéris même des blancs, des afro-américains et autres qui viennent me voir. Mon problème n’est pas de porter des accoutrements extravagants. Je suis simple et j’agis avec efficacité.

Depuis quelques semaines, le monde fait face au Coronavirus. A ce sujet, le gouvernement béninois, après une longue réflexion, a pris des décisions. Que pensez-vous de ces décisions ?
D’abord je remercie le Gouvernement de Patrice Talon pour ses efforts envers la population en matière de prévention. Je remercie aussi le ministre de la santé. C’est important que nous suivions ces mesures. Ce sont d’ailleurs des mesures très simples. Nous on essaie de les respecter dans les couvents.

Comment ça se passe dans les couvents ?
Chez moi, quand vous venez, il y a un seau d’eau avec du savon. Vous vous lavez les mains. Puis il y a un second lavage traditionnel que vous devez faire. C’est à base de feuilles. Vous vous rincez donc spirituellement les mains avant de pénétrer pour la consultation ou pour le traitement d’une maladie. J’exhorte tous ceux qui sont du domaine traditionnel à faire de même. Le problème, ce ne sont pas les feuilles. Il faut respecter les règles d’hygiène et se laver régulièrement les mains en attendant que des solutions soient trouvées. Quant à nous les têtes couronnées et guérisseurs traditionnels, il faut qu’on travaille pour avoir une solution à cette maladie.

Vous faites partie des responsables de l’association des guérisseurs traditionnels à Akassato. Que faites-vous déjà à votre niveau ?
Notre association dénommée « amangnihoun » dont je suis le secrétaire général travaille pour mobiliser la population pour suivre les règles d’hygiène mises en place par le Ministère de la santé. Nous avons fait beaucoup de travaux. Le Président de l’Association Kouyo ne baisse pas les bras pour que des solutions soient trouvées.

Un appel à l’endroit des populations d’Akassato
Je voudrais leur dire de suivre les mesures prises. Il faut se laver les mains chaque fois. C’est le plus important pour le moment. Les gens se disent qu’il faut boire telle tisane, de l’eau chaude et autres. Ce n’est pas encore le plus important. Il y a des tisanes mais ce n’est pas encore la solution.
Propos recueillis par Adrien TCHOMAKOU





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