Impressions sur l'exposition des trésors royaux à la présidence de la République

Isac A. YAÏ 25 février 2022

Jacques Aguiadaho, Directeur adjoint de cabinet du ministère en charge de la culture et du tourisme
« Cette exposition lance une nouvelle dynamique et crée autour de la Présidence de la République une communion d’esprits »

La restitution est un acte politique pour redonner de la fierté à la création historique et créer une transition avec l’art contemporain et permettre aux béninois de revendiquer la place qui est la leur en matière de productions d’œuvres artistiques. Cette restitution nous permet également d’apporter un contenu emblématique aux musées qui sont en création. Car, quand on a un musée sur le vodoun, l’histoire d’Abomey…, il y faut vraiment que des collections dignes pour que l’histoire soit mieux racontée. Cette restitution nous permet de voir les tourmentes de notre passé et la chance de construire un avenir meilleur.
Cette exposition qui est en cours traduit l’acte 2 de la restitution car, ces œuvres sont restituées pour être présentées au peuple béninois, mais aussi pour passer la main aux artistes contemporains. Elle permet aux Béninois de découvrir la création artistique pour l’économie nationale, mais aussi l’intérêt que revêt la visite des objets d’art parce qu’on est en préfiguration de l’ouverture du musée international pour la mémoire de l’esclavage à Ouidah pour accueillir ces 26 trésors royaux. On est aussi en préfiguration pour l’ouverture du musée d’art contemporain et préfiguration pour les opérations marchandes de la galerie nationale. Donc, cette exposition lance une nouvelle dynamique et crée autour de la Présidence de la République une communion d’esprits qu’on espère se répercuter autour des équipements muséaux qui seront mis en service dans les jours à venir.

Franck Ogou, Directeur de l’Ecole du patrimoine africain
« L’exposition de ces œuvres à la Présidence de la République est tout un symbole »

Cette restitution est une fierté, car ce n’était pas gagné d’avance d’avoir ces biens. Comme vous le savez, il y a tout un arsenal juridique en France qui interdit la restitution des œuvres à des pays tiers. Heureusement, nous avons deux chefs d’Etat Français et béninois qui avaient la volonté de faire bouger les lignes et heureusement, la France a modifié son arsenal juridique pour pouvoir essayer de retourner ces 26 œuvres au Bénin. C’est aussi un sentiment de reconnaissance car, nous n’avons pas pris des armes pour obliger la France à nous restituer ces biens, elle a bien voulu le faire. Je voudrais donc saluer ce mérite au gouvernement français. Avoir ces œuvres, cela témoigne aussi de la dextérité et de l’imagination de nos artistes et artisans de cette époque. On peut être surpris de voir des trônes de près de 2 mètre de haut. On ne pouvait jamais l’imaginer des artistes de cette époque. Quand on a une fois vu des trônes exposés au musée d’Abomey, on peut être surpris de voir ce trône. On peut donc dire que de par le passé, nos artisans avaient créé des œuvres qui resteront à la postérité. Et c’est cela qui justifie qu’aujourd’hui, on a des artistes plus jeunes qui continuent de perpétuer cette pratique.
L’exposition de ces œuvres à la Présidence de la République est tout un symbole. Et au-delà du symbole, la Présidence de la République est la maison de tous les Béninois et en plus, ces œuvres sont exposées à la salle des fêtes et à la salle du peuple. C’est donc une invite à la population de retourner dans sa maison, même si chacun de nous a des avis partagés sur l’entrée à la Présidence. Mais depuis le début de cette exposition, au-delà de tout ce qu’on imagine, l’entrée à la Présidence a été simplifiée. C’est à l’actif du gouvernement et des services de sécurité. Cela permettra à tous ceux qui désirent de voir cette exposition de le faire. Le choix du lieu et la combinaison de l’art contemporain à l’exposition des 26 œuvres, constituent un symbole qui entoure l’événement tout entier.

Serge Ayaka, journaliste culturel
« …il y a des choses qui ne se racontent pas, elles se vivent… »

Aujourd’hui c’est une autre histoire qui est en train d’être racontée, une autre histoire que tout le pays est en train de vivre. En tant que journaliste, je suis beaucoup plus interpellé par tout ceci. Savoir que tous ces objets ont existé et regorgent quelque chose de bien particulier. Ils nous révèlent une partie de nous-mêmes que nous ne connaissions pas. Puis, les voir et les admirer à défaut de les toucher, c’est déjà quelque chose d’extraordinaire que je suis en train de vivre en tant que Béninois et journaliste culturel. La façon dont ces œuvres ont été sculptées, vous vous demandez comment nos ancêtres ont fait pour exprimer leur génie jusqu’à ce niveau.
J’ai eu la chance de les approcher et je sais ce que j’ai ressenti. Vous ne pouvez pas approcher ces objets sans avoir la chair de poule comme si vous avez un ancêtre qui est revenu. Vous savez toute la joie qu’on a quand nos parents nous rendent visite, c’est un peu comme ça que je l’ai ressentie. De par la beauté que cela dégage, la force que l’on peut ressentir, si j’ai un appel à lancer, c’est d’inviter tout le monde à aller voir ces œuvres car, il y a des choses qui ne se racontent pas, elles se vivent…

Fortuné Sossa, journaliste culturel
« C’est un acte posé pour dire au peuple, la Présidence de la République, c’est chez vous »

La restitution de ces 26 œuvres est un enjeu d’orgueil et de fierté nationaux et d’expression de la souveraineté en ce sens que lorsque nous avons été déclarés indépendants, c’était supposé être une indépendance totale et entière. Voilà que nous avons certaines de nos richesses à l’extérieur dans un pays comme celui qui nous a colonisés, qui, à un moment donné, a accepté de nous déclarer indépendants, c’est-à-dire que désormais, nous nous organisons et nous fonctionnons nous-mêmes en tant que pays. A partir de cet instant, c’était utile que tout ce qui nous appartient ou l’essentiel de ce qui nous appartient et qui nous a été volé ou pillé, revienne dans le giron ou patrimoine national. C’est fort de cela que le régime actuel a trouvé nécessaire de réclamer ces œuvres. Cette réclamation s’est faite dans les règles de l’art car, il n’y a pas eu de soulèvements populaires. C’est donc un acte d’honneur.
Ces œuvres exposées à la Présidence de la République sont le symbole de l’union ou de l’unité du peuple, en ce sens que la Présidence de la République est le lieu de travail du Président de la République. Cette institution autour de laquelle tout le peuple est uni. Cette exposition est donc inédite et constitue un acte de surprise. C’est un acte posé pour dire au peuple, la Présidence de la République, c’est chez vous, vous pouvez y venir. A la Présidence, l’exposition se passe en deux lieux : l’exposition des trésors royaux qui se déroule dans la salle des fêtes et l’exposition des œuvres de nos artistes contemporains qui se déroule dans la salle du peuple. Cela veut dire que cette restitution est une fête nationale à laquelle tout le peuple béninois est convié. Cela pour nous faire comprendre qu’autant que nous sommes, Béninois, étrangers vivant au Bénin et hors du Bénin, nous pouvons venir à la Présidence de la République sans avoir la peur au ventre. Donc, tous ceux qui peuvent se rendre disponibles, peuvent aller visiter ces œuvres sans crainte pour découvrir les trésors royaux que la France nous a restitués. Ils découvriront nos seulement le talent de nos artistes, mais aussi la Présidence de la République qui est le lieu le plus sécurisé et le plus gardé du pays.

Franck Raoul Pédro, journaliste culturel
« C’est une initiative forte qui résulte de l’importance que nous accordons à ces œuvres »

La restitution de ces 26 œuvres des trésors royaux est une action de charme que le Président Patrice Talon a réussie. Ce n’était pas évident et de mémoire de journaliste culturel, c’est une première dans l’histoire du Bénin. C’est aussi un exploit qu’aucun pays africain n’a encore connu. Cette exposition à la Présidence de la République est un symbole d’union pour le peuple béninois. C’est aussi une manière de dire au peuple béninois d’aller à la rencontre de ces œuvres. C’est donc, une initiative forte qui résulte de l’importance que nous accordons à ces œuvres.

Happi Koffi Goudou, gestionnaire du patrimoine culturel
« Cette exposition crée un rayonnement international et l’attractivité sur le Bénin »

Nous avons reçu 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey restituées par la France. Ces œuvres ont une histoire, car elles font partie des biens emportés par la troupe du général Amédée Dodd en1892 lorsqu’ils ont fait capituler le roi Béhanzin. Ce sont donc des butins de guerre. Le gouvernement français a donc pris une loi dérogatoire spécifique pour la restitution de 27 œuvres dont le sabre de El Hadj Omar pour le Sénégal et les 26 restantes pour le Bénin.
Le symbole de cette exposition est fort, car le chef de l’Etat Patrice Talon a insufflé une volonté politique exceptionnelle au développement du tourisme comme levier du développement socioéconomique du Bénin. Depuis l’indépendance, la culture et le tourisme n’ont jamais occupé ce rang pour être considérés comme un élément important pour booster le développement économique. Le Président Patrice Talon qui est un homme de culture, sait qu’en surfant sur ce patrimoine, on peut faire rayonner le pays et créer une autre économie en dehors de l’agriculture. En matière de restitution, c’est le Bénin qui vient de battre le record avec 26 œuvres. La perspective est qu’il y a une ouverture pour réclamer les autres biens. La restitution peut prendre plusieurs formes. Les œuvres peuvent être envoyées et radiées du patrimoine français avec un acte pris comme celui du 9 novembre 2021 par lequel les Présidents français et béninois avec les ministres de la culture des deux pays ont signé une cession de propriété au Bénin. L’autre aspect peut être aussi la circulation des biens. Le Bénin peut accueillir ces œuvres comme des objets de collections qu’on peut exposer un peu partout. Il y a donc une très grande ouverture désormais.
Au plan touristique, imaginez le nombre de touristes qui ont déjà foulé le sol béninois. Ils ont pris des moyens de transport notamment les avions, ils ont dormi dans des hôtels, ils se sont restaurés, se sont déplacés à l’intérieur de Cotonou… C’est de la richesse créée. Cette exposition a aussi permis de former de jeunes médiateurs culturels et qui gagneront un salaire pendant trois mois. C’est déjà de l’emploi créé même s’il n’est pas durable. Plusieurs familles sont ainsi impactées. La construction de cette exposition a été faite aussi bien par des étrangers que par des Béninois. Cette exposition crée un rayonnement international et l’attractivité sur le Bénin. Le Bénin est désormais porté sur orbite. C’est aussi un indice de l’économie du patrimoine culturel qui n’est pas sonnante et trébuchante. Mais c’est ça qui attirera les touristes vers le Bénin pour la création de la richesse monétaire. Vous verrez que le Bénin rentrera bientôt dans le circuit touristique des vacances. Cela permettra à ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller voir ces biens en France, de venir au Bénin les voir tout en bénéficiant du soleil. Ils profiteront pour découvrir d’autres sites touristiques du Bénin.

Odit Aïtchédji, journaliste culturel
« Ce que nous voyons depuis le 20 février au palais de la Marina est assez impressionnant

J’avoue que ce que nous voyons depuis le 20 février au palais de la Marina est assez impressionnant. Cette exposition montre le talent et la qualité artistiques de nos ancêtres. C’est vrai, nous n’avons pas eu la chance de les connaître et de les côtoyer de leur vivant, mais nous estimons que ce que nous voyons aujourd’hui au palais de la Marina grâce au Président Patrice Talon est dense et traduit les réalités artistiques de notre pays. Nous n’avons pas eu les moyens d’aller voir ces œuvres au musée du Quay Branly, mais grâce à la vision et au dynamisme du Président Talon, une partie de notre histoire nous est revenue et nous en sommes fiers. Tous les Béninois peuvent donc se déplacer pour visiter ces œuvres à la Présidence de la République. Ils auront l’occasion d’apprécier le talent artistique de nos ancêtres. Ils ont fait un travail formidable.
Propos recueillis par Isac A. YAI





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