Interview avec Bertrand Adjina-Houéssou, Artiste polyvalent : « Un pays, ce sont ses valeurs endogènes »

La rédaction 25 août 2020

Bertrand Adjina-Houéssou est un artiste dessinateur, peintre et sculpteur en exercice au Centre de promotion artisanale de Cotonou. A travers l’interview ci-dessous, il s’est prononcé sur sa profession et sur l’importance de l’art dans la vie socio- économique d’un pays. Pour lui, la peinture, la sculpture et le dessin sont des œuvres comme tout autre à faire voyager

Pourquoi avoir choisi le domaine de l’art ?
Ce domaine s’est imposé à moi. Je suis né dans l’art. Après avoir fini mes études, je me suis rendu compte que ce secteur est prometteur. En effet, je suis né d’un père sculpteur. Je ne me suis pas spécialisé dans un domaine précis. Je fais donc un peu de tout. Je suis artiste peintre, dessinateur, sculpteur etc…Je suis dans l’art, je respire l’art.

Quelles sont les matières premières que vous utilisez dans la fabrication de vos produits ?
Le bois et les pagnes recyclés constituent nos matières premières. Elle me permet de faire des dessins, des tableaux pour la commercialisation, comme pour les dons à des évènements (mariage, anniversaire …).

Comment obtenez-vous ces matières premières ?
Le bois obtenu autrefois tout près du centre se fait rare, et s’obtient à présent dans le nord Bénin ou au Burkina. Dans ce domaine, l’homme a toujours eu les moyens pour s’en procurer. Quant aux pagnes recyclés, communément appelé Atita, ils nous permettent de fabriquer de la toile à tabou. J’utilise en permanence les outils de mon grand-père parce que je suis héritier du métier.

Quel est le mode d’écoulement ?
Ces articles sont appelés des articles pondéreux et notre canal est la Poste

Quelles sont les conséquences du coronavirus sur l’écoulement de vos articles ?
Il ne faut pas oublier que ce métier regorge des conséquences positives comme négatives. Positives en ce sens, qu’il me permet de faire des rencontres sur tous les continents, c’est en gros un métier de relation. C’est aussi un métier favorable que nos dirigeants ignorent. Il est temps que nos dirigeants se rappellent de nous. Par rapport à cette nouvelle pandémie, nous appliquons les règles de distanciation sociale et nous nous confions à Dieu pour la suite. Les conséquences sont négatives en ce sens que lorsque tu ne penses pas à épargner. A long terme, les difficultés sont de taille. En ces temps de pandémie, ceux de l’extérieur ne commandent plus des articles. J’ai une exposition à faire à Paris depuis trois mois, mais elle a été suspendu. Cette situation a trop ralenti mon portefeuille.

Beaucoup de personnes s’intéressent-ils aux œuvres d’art ?
Beaucoup de personnes nantis s’intéressent à nos œuvres. La plupart des expatriés étaient nos clients fidèles. Aujourd’hui, je suis fier, car les africains tournent aussi leur regard vers l’art.

Comment vivez-vous avec ce métier ?
Je ne me plains pas du métier que j’ai choisi, car je mange à ma faim et je suis autonome. Beaucoup sont les clients, qui commandent depuis l’extérieur.

Avez-vous bénéficiez d’aide d’artisans venant de l’Etat ?
En voulant prendre des mesures sociales, l’Etat ne s’est pas intéressé à nous, qui sommes une couche sensible de la culture. Bien sûr, ils nous ont fait remplir des papiers pour nous soutenir, mais l’Etat ne nous a pas octroyé les fonds. Il y a juste quelques artisans tels que les maçons, les coiffeuses, les soudeurs et autres qui en ont bénéficié. Et cela est déplorable.

Aviez-vous un appel à lancer à l’Etat ?
Un appel à lancer serait que l’Etat se souvienne de nous. Nous sommes des acteurs de la culture et un pays, ce sont ses valeurs endogènes.
Propos recueillis par Ornella Dossou-Yovo & Albéric Dochamou(Stag)





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