‘‘Né un mardi’’ de Elmathan John : Un roman qui vous emporte et vous donne à réfléchir !

Angelo DOSSOUMOU 29 septembre 2020

Si vous avez des lectures en retard, n’hésitez pas. Damala (né un mardi) le narrateur, sorti de l’école coranique vous fait voyager dans le Nord-ouest du Nigeria entre Dogon Icce, Bayan Layi et Sokoto pour offrir aux amoureux des lettres, un cocktail de misère, de tristesse, de fatalisme, d’intégrisme, de rivalité entre courants religieux, d’intolérance, d’attentat, de manipulation politique, de traîtrise, de maladie, d’inondation, de vices…Presque rien de réconfortant sauf l’amitié de Djibril, la confiance du Sheikh et l’amour de Aisha qui donnent de l’espoir.
Tout ce qui arrive est de la volonté d’Allah… Ainsi, pense-t-on dans la jungle de Bayan Layi où Banda et sa bande font parler d’eux. Là-bas, le wee-wee (la drogue), les bagarres, les coups-bas, le dénuement, la violence et la mort rythment le quotidien du narrateur. Dans ces conditions, Damala Ahmad, l’orphelin de père se laisse entraîner surtout qu’il est le préféré de Banda et que ce dernier détient des pouvoirs mystiques. Ironie du sort, la campagne électorale et le soutien au petit parti conduiront à des extrémités et à une répression policière qui occasionnent la mort du meneur Banda.
A Sokoto où Damala se retrouve après sa fuite de Bayan Layi, il est plongé dans la réalité des rivalités entre chiites, Moudjahidine, Izala et tariqa. Là encore, les nouvelles qui paraissaient bonnes au départ avec l’hospitalité de Sheikh, tourneront plus tard au cauchemar. Il ne pouvait en être autrement avec des frères qui ont rejoint le rang des ennemis chiites, une mère frappée par le malheur des inondations à Dogon Icce, la mort de ses petites jumelles et qui perd la tête…Le choléra qui s’emmêle et la traîtrise de Malam Abdul-Nur qui lance le mouvement des Moudjahidine qui n’a rien à envier à un groupe terroriste.
Après cela, tout s’écroule pour Damala Ahmad qui doit à nouveau fuir après l’assassinat de Sheikh par les hommes de Malam Abdul-Nur. Appréhendé par des policiers alors qu’un bus le conduisait loin de la violence à Sokoto, il se retrouve neuf mois en prison. Interrogatoires, tortures, Black spirit, comme l’a surnommé un geôlier, survit à tout et compte des compagnons de cellule morts. Mais, entre-temps, le rêve de conquérir Aisha s’est évaporé et pire, il n’est plus que l’ombre de lui-même à sa libération de prison…
A l’arrivée, le plat servi par Elmathan John grâce au manuscrit du narrateur est tout simplement un délice à déguster sans modération. A l’image d’Une vie de boy de Ferdinand Oyono mais en mieux, ‘‘Né un mardi’’ est un récit qui colle à l’actualité d’un Nigeria déchiré par l’intégrisme, le fanatisme et les actes de barbarie. Avant de vous lancer à la découverte des 260 pages du tout premier roman de l’auteur nigérian, sachez qu’on ne peut pas se battre contre Allah. Mais, astaghfrullah, il y a de quoi changer certaines des choses qu’il nous a destiné à faire.





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