Paul Koudoukpo au sujet de l’ouvrage Cosmogonie en pays Xwela : « Le Xwela pense que son dieu est en lui »

La rédaction 20 août 2019

Ancien proviseur du lycée Béhanzin, président de l’Union national des associations des parents d’élèves et étudiants du Bénin (Unapeeb), Paul Kakpovi Koudoukpo vient de lancer son premier ouvrage. A travers cette interview, il nous parle de l’œuvre qui fait découvrir les réalités culturelles des Xwela.

"La cosmogonie en pays Xwela". De quoi s’agit-il ?
C’est une œuvre qui fait suite à des recherches que j’ai entreprises sur les origines des Xwela. Je suis de cette ethnie, et plus précisément de la fratrie yohwanvié de Savi, ayant transité par Ouidah. La préoccupation, c’est d’où viennent les Xwela ? Et qu’est-ce qu’ils ont comme particularité du point de vue culture ? Psychique ? C’est ça qui était ma préoccupation. Comme le montre le titre, c’est pour chercher comment les Xwela pensent le monde.

Quel est en substance le message véhiculé ?
L’œuvre m’a permis de découvrir que les Xwela que nous retrouvons aujourd’hui au bord du lac Ahémé aussi bien sur la rive ouest de Guézin, commune de Comè et plus précisément dans l’arrondissement d’Agatagbo ne sont pas restés là tout le temps, mais il y en a qui sont partis de là pour d’autres contrées. C’est le cas des Gbaguidi qui sont partis de Mitogbodji pour fonder le royaume de Savalou, et d’autres comme les Gandonou sont partis toujours de Mitogbodji pour Porto-Novo avant d’aller vers Kétoukpè pour être confondus aux autres. Les Xwela on en trouve aujourd’hui un peu partout et évidemment ceux qui continuent de parler leurs langues, parce que le lac étant ensablé, ils ont dû faire des voyages au Togo avec les Agbodranfo surtout. Aujourd’hui, on les retrouve au Gabon, Congo, Cameroun et un peu partout, toujours à la recherche des eaux pour pêcher.

Vous avez cité dans le livre quelques panégyriques. Quelles valeurs ont-ils de nos jours ?
Le Xwela pense que son dieu est en lui, et se matérialise à travers ses éléments divinatoires, particulièrement le Tolègba, le Sakpata et le Fà dans le document, pour déboucher sur comment ils conservent la mémoire de leurs fratries. Les panégyriques sont des valeurs pour indiquer, d’où vous venez. M. Albert Gandonou, un camarade et ami en disant une fois une partie de son panégyrique, m’a permis de savoir qu’il est de Guézin Hendji. C’est comme cela que je lui ai fait découvrir son panégyrique et d’où il venait. Il a une valeur, nous faire connaitre d’où nous venons.

Une partie de l’ouvrage est consacrée aux jumeaux. Quelle est leur perception en milieu Xwela ?
J’ai parlé des dieux intermédiaires, car le Xwela pense que le monde est né d’un dieu suprême, d’un être suprême en deux éléments à savoir le dieu mâle Sègbolissa et l’élément femelle Mahou qui a permis de peupler le monde avec les dieux intermédiaires et les Togbôssou. Les jumeaux font partie de ces dieux intermédiaires qui se font vénérer aujourd’hui dans le monde Xwela, parce qu’ils ne se considèrent pas comme étant quelque chose d’extraordinaire, un phénomène à éliminer, mais plutôt comme un dieu à vénérer. Quand j’ai parlé de dieu comme élément suprême, pour le Xwela, ce dieu n’a rien à voir avec le dieu des religions importées. Ils considèrent comme un dieu qui fait partie de leurs panthéons ainsi que les dieux intermédiaires. Le Fà leur permet de sonder, pour savoir ce que ces dieux veulent et savoir comment ils veulent vivre dans leurs mondes, et avec le bonheur qu’il faut.

Quelle différence fait-on entre la réincarnation et les systèmes de djôto dont vous parlez dans l’œuvre ?

J’ai dit plus haut dans l’ouvrage que ce sont les "yehwe" qui ont peuplé le monde. Dans la conception Xwela, quand on vient dans ce monde, on vit dans ce monde jusqu’à partir. Le Xwela considère qu’on ne part pas de ce monde, mais on passe derrière un rideau. On passe d’un monde visible à un monde invisible qui a une liaison. C’est cette liaison, que les dieux intermédiaires nous permettent de savoir. Les "yehwe" ou esprits viennent se réincarner dans les hommes plus tard, et c’est un peu comme les Lokossou qui signifient, "ils sont venus de l’iroko, ou réincarnation de l’iroko". De la même manière, les femmes réincarnées sont appelées, les taagbo, taata ou autres. J’ai des cousins qui portent le nom de mon papa Koudoukpo, parce qu’ils sont sa réincarnation.

Votre mot de la fin
Comme je l’ai dit à la fin, dès qu’on a fini ce livre, il devient une vieille corde à partir de laquelle on tisse la nouvelle. J’invite donc tout un chacun de nous qu’il soit du peuple xwela ou d’ailleurs, à faire des recherches sur leurs peuples, pour que nous soyons enrichis culturellement. Et c’est en cela que j’espère que l’avenir de nous tous à la recherche de notre identité culturelle sera radieux. Faisons des recherches dans le sens de "d’où venons-nous ? Et où allons-nous ?"
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU(Coll.)





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