Père Serge Gbégan, au sujet de la Toussaint : « C’est la célébration de l’aboutissement de la foi chrétienne »

Isac A. YAÏ 31 octobre 2019

Toute la communauté chrétienne célèbre ce vendredi 1er novembre la fête de Toussaint, cette fête qui consiste à honorer tous les Saints, connus et inconnus de l’église catholique. A travers cette interview, le père Serges Gbégan, prêtre de l’archidiocèse de Cotonou et membre du comité directeur de la Caritas diocésaine expose les fondamentaux de cette fête et conseille les fidèles sur comment la célébrer.

Qu’est-ce que la fête de toussaint ?
La fête de Toussaint est un peu liée à une réalité très importante dans l’église Catholique. Quand nous parlons de l’église Catholique, il s’agit de la communauté des croyants, ceux qui croient en Jésus Christ évidemment. De cette communauté, on peut avoir trois catégories. D’abord, l’église militante. Ce sont tous ces croyants encore vivants qui marchent vers le royaume des cieux. Après, nous parlerons de l’église souffrante qui est l’ensemble de ces croyants déjà morts et qui dans la foi pour nous n’ont pas encore bénéficié de la félicité éternelle, donc ne sont pas encore au paradis. Ils sont alors dans un endroit qu’on appelle le purgatoire. Ces fidèles sont en train d’être purifiés pour entrer dans la gloire céleste. Nous avons enfin l’église triomphante. C’est cette foule immense de chrétiens qui vivent déjà dans la gloire de l’éternel, au paradis avec Dieu. La fête de toussaint qui commence le 1er novembre est justement liée à cette réalité chrétienne de pouvoir penser à toutes ces personnes qui ne sont plus de ce monde et qui vivent dans la félicité éternelle. On va leur consacrer dans la foi tout le mois de novembre. Tout cela commence déjà par la célébration de ces personnes décédées mais qui vivent déjà près de Dieu, les saints le 1er. La félicité éternelle, qui selon notre foi est le lieu pour lequel tous nous préparons dans la foi pour aller vivre cette gloire éternelle avec Dieu. Dès le 2 novembre, ce sera maintenant pour cette foule immense de tous les défunts que nous avons et dont nous n’avons pas la certitude qu’ils sont au ciel. Quand on parle des saints, il y a des personnes qui ont vécu dans ce monde et que l’église reconnaît étant dans la félicité éternelle parce qu’ils ont vraiment vécu selon la volonté et l’enseignement de Jésus. Tout cela a commencé par les premiers martyrs qui sont morts dans la foi. On se dit que les gens qui ont versé leur sang pour l’évangile ne peuvent pas manquer d’aller dans la gloire qu’ils ont tant espérée en Jésus. Pour dire qu’à l’origine, cette fête de la toussaint est liée à la célébration des premiers martyrs juste après les apôtres. Donc on parlera du Christ, des apôtres et des premiers chrétiens qui sont morts martyrs. Cette fête était célébrée juste après la pentecôte 50 jours après Pâques notamment au mois de mai. Le pape Grégoire III au VIIIème siècle a commencé à demander que cette fête de toussaint soit manifestée et donc on l’a affectée au 1er novembre. En France, le 1er novembre était chômé et on a choisi ce jour un peu à cause de ça.

Quel est l’objectif de la célébration de cette fête ?
Quand on prend le calendrier romain, tous les saints ne peuvent pas y figurer. En dehors de ceux qu’on connaît et que l’on cite, il y a encore un nombre de fidèles de chrétiens qui sont avec Dieu. C’est tout cet ensemble que nous fêtons, ceux qui ont plongé les habits dans le sang de l’agneau.

En tant que chrétien, Toussaint a quel rapport avec la foi ?
C’est l’aboutissement de notre foi, c’est ce en quoi les chrétiens mettent vraiment leur foi. On est suiveurs de Dieu par pour ce monde car Jésus a bien dit que nous sommes dans ce monde et que nous ne sommes pas de ce monde. Nous sommes de citoyens, des pèlerins dans ce monde et des citoyens du ciel. Pour dire que la fête de Toussaint est la célébration de l’aboutissement de la foi chrétienne. Nous fêtons Toussaint parce que nous savons qu’un jour viendra et que nous serons au ciel pour jouir de cette gloire et grâce immense. C’est une fête qui nous rappelle qu’après cette terre, il y a une autre vie qui nous attend. Dans cette vie qui nous attend, tous ceux qui auront vécu selon la volonté de Dieu et la radicalisation de la foi, vont hériter de cette gloire éternelle et de la paix éternelle auprès de Dieu.

Comment pourrait-on célébrer cette fête afin de ne pas empiéter les règles de la foi ?
A la fête de Toussaint, l’église veut absolument qu’on lise l’évangile des béatitudes dans toutes les églises le 1er novembre. C’est pour dire que c’est la loi fondamentale de vie chrétienne. Alors, pour bien fêter cette grande fête, il faut revenir à l’essentiel de notre foi, au fondement de notre vie chrétienne. Ce fondement de notre vie chrétienne est la loi des béatitudes. Toussaint nous permet justement de nous rendre compte que nous sommes du monde mais n’avons pas à vivre du monde. Nous avons un code de vie qui est justement celui qui va nous permettre de bénéficier de cette gloire céleste. Il faut se réjouir déjà de cette joie que le seigneur Dieu a procurée à ceux qui ont combattue le combat, demander le soutien, l’assistance de cette foule immense qui est déjà au ciel pour avoir nous aussi le courage de parcourir les épreuves de la vie selon la foi chrétienne. Nous devons être réconfortés dans ce que nous endurons au nom de notre foi, pour notre église. Si l’on fêtait bien la Toussaint, on devrait avoir une vie chrétienne selon la volonté de Dieu qui est celle des béatitudes.

La célébration des morts le 1er novembre n’est-elle pas une aberration ?
A l’occasion de la fête de Toussaint, beaucoup de chrétiens sont rassemblés autour des tombeaux. Normalement cela est réservé au 2 novembre qui est la commémoration des défunts. Et comme le 2 novembre n’est pas chômé, le 1er dans l’après-midi, les gens anticipent pour aller sur les tombeaux. Les gens apportent des bougies sur les tombeaux, pour signifier d’abord, qu’ils illuminent les ténèbres qui pourraient être celle de leur proche décédé. C’est alors une façon de leur apporter la lumière du Christ. C’est une façon d’apporter le Christ qui est la lumière du monde à ces personnes pour qu’il ait pitié de ces personnes et les rachète afin qu’ils ne perdurent pas trop dans le purgatoire. Autrement, ils sont dans un monde de souffrance et la messe a cette possibilité d’offrir le pardon à celui qui est décédé pour qu’il contemple la gloire de Dieu.

En quoi la célébration de toussaint au niveau de l’église Catholique se démarque-t-elle de celle des religions endogènes ?
Dans les religions endogènes, nous avons aussi la célébration d’une manière ou d’une autre de la Toussaint. En ce sens que dans toutes nos maisons, surtout dans la culture Adja et fon, il y a le Assin hô. C’est l’endroit où on peut identifier les ancêtres, les défunts de la famille. Ces défunts ne sont pas n’importes qui. Ce ne sont pas des sorciers, un voleur ni un vaut rien mais des personnes exemplaires, des gens qui ont vraiment faire avancer la famille, qui lui ont rendu honneur. Chaque année normalement, on vient célébrer ceux-là qui sont dans ce monde où les ancêtres sont heureux. On va même manger la communion avec les défunts. Il y a toute une célébration qui montre qu’on est toujours en relation avec les défunts. La différence ici maintenant est qu’on imagine que nos ancêtres sont dans une vie paisible, mais c’est entre eux. Ici, les saints ne sont pas seulement entre eux mais ils sont aussi avec Dieu de Jésus Christ. Nos ancêtres ne le connaissent pas. Ils ont des divinités qui devraient leur permettre d’aller au vrai Dieu mais ils ne sont pas allés jusqu’à ce niveau car peut-être ils n’ont eu personne pour leur annoncer le vrai Dieu. Pour être avec ce Dieu, nous avons parlé des béatitudes qu’il faut respecter. Certains de nos ancêtres ont suivi ces béatitudes sans le savoir et la foi nous dit que ces ancêtres que nous allons vénérer dans les Assin ne sont même pas là s’ils ont pu rester dans cette fidélité aux béatitudes, à l’évangile, ils sont au ciel. C’est tout ce monde que l’on fête aussi le 1er novembre. Si les gens de nos cultures pourraient faire ce dépassement et comprendre vraiment le sens de la Toussaint, ils peuvent laisser s’estomper ce culte qu’ils rendent à leur ancêtre tel qu’ils le font pour venir à l’église et rendre le seul culte digne. C’est-à-dire, ce culte d’amour par excellence. Et ça c’est Jésus, ce Dieu qui s’est fait chair pour nous aider jusqu’au bout et qui nous invite à nous aimer jusqu’au bout sans jalousie et sans envie. Normalement, on devrait laisser tout ce qu’on faisait pour aller vers Dieu sans perdre ce que l’on vivait sinon que nos orgueils, nos envies, nos cupidités et nos avidités.

A ceux qui disent que la célébration de Toussaint relève de l’idolâtrie, quelles clarifications pourriez-vous leur apporter ?
Ce qu’il faut savoir est que le culte voué aux saints est la célébration des morts qui ont triomphé et qui vivent de la félicité de la gloire éternelle et le 2 novembre est pour ceux qui sont morts simplement. Alors, ceux qui parlent de l’idolâtrie pensent au culte que nous vouons aux saints. Les saints, nous ne les adorons pas car on parle de l’idolâtrie lorsqu’il y a de l’adoration. Et quand il s’agit de l’adoration, nous adorons Dieu le père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit saint. Même la Vierge Marie, on ne l’adore pas mais elle est vénérée. La vénération signifie tout simplement le respect. Alors, nous vénérons les saints, nous les respectons jusqu’à leur reste et leurs habits. Saint Jean-Marie Vianney qui a dit que là où les saints passent, Dieu passe. Pour dire que les saints nous permettent de comprendre et de toucher quelque chose de très concret de ce Dieu. Il faut respecter les saints plus que nos ancêtres qui nous ont donné vie et éduqués. Qu’ils soient vivants ou morts, nous n’avons pas le droit de banaliser la dignité de nos parents. Le respect que nous devons avoir pour les saints est aussi le respect que nous devons avoir pour tout homme. Si nous leur demandons des grâces, c’est parce que nous savons qu’ils sont près de Dieu et peuvent nous procurer des grâces divines dont ils sont comblés eux-mêmes pour notre bien. Ce culte qu’on rend aux morts à partir du 2 novembre est pour manifester notre solidarité à ces personnes qui ne sont plus ici et pour qui nous voulons le salut.

Quelle est la différence entre la Toussaint et l’ascension ?
Avec l’ascension, Jésus est au ciel. On le voit en train de monter dans la félicité. Avec la toussaint maintenant, c’est la fête de toutes ces personnes qui après Jésus sont accueillies au ciel. Les deux finalement sont l’aboutissement de la foi chrétienne. Ce à quoi on peut surtout lier la Toussaint est l’assomption qui n’est pas la montée de Marie au ciel mais qui est justement la glorification de Marie dans son corps et dans son âme. Aussi bien pour l’ascension que pour l’assomption, on met l’accent sur l’action. Ici maintenant, c’est ce qui est déjà accompli.

Votre mot de la fin.
Que nous puissions nous préparer comme il faut dans la foi et dans la dignité et qu’en fêtant la Toussaint nous puissions toujours désirer cette vie avec Dieu dont jouit déjà cette multitude de foule immense et nous préparer dans cette vie à vivre les béatitudes pour qu’un jour, nombreux comme le sable de la plage, nous soyons dans cette joie, cette gloire avec Dieu.
Propos recueillis par Jephté HOUNNAGNI (Coll.)





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