Prince Zédéka zédéka kanhohonou au sujet du Azévodun : « Celles qui ont le droit, ce don divin de donner la vie sont des minon- nan »

La rédaction 2 novembre 2020

Professeur en connaissance spirituelle et endogène au supérieur, Prêtre du panthéon vodun et avocat international dans les forces occultes, Prince Zédéka Zédéka Kanhohonou nous fait découvrir à travers cette interview, de nouvelles notions au sujet de la sorcellerie.

Nous allons aborder avec vous un sujet assez particulier. Il s’agit du Azévodun. Qu’entendez-vous par Azévodun ?
Avant de commencer par parler des divinités Azévodun, je voudrais implorer la clémence des grands pouvoirs, des dépositaires de ces couvents dans tous les départements du Bénin. Je n’oublie pas les 41 pouvoirs encore moins les 16. Parlant de Azévodun, c’est une divinité qui protège. C’est un bouclier anti sorcellerie. Contrairement à ce que beaucoup pensent, la sorcellerie n’est pas que du négatif. Il faudrait éclairer la lanterne des uns et des autres. Lorsqu’on parle de Azévodun, vous verrez forcément le kinninsi alors que quand on prononce ce nom, beaucoup sont pris de peur or c’est une divinité qui combat les affres de la sorcellerie.

Qu’est-ce que c’est que la sorcellerie ?
La sorcellerie est un pouvoir qui permet à un individu de transcender, de sortir de son corps d’humain et de rentrer sur le plan mystique pour contrôler la conscience de ses contemporains en tournant le cours des choses. Cette réalité est peut-être en bien ou en mal. Il y a deux extrémités comme Héraclite l’a dit "tout évolue avec son contraire’’. Il y a le bien et le mal.

Aujourd’hui quand on parle de la sorcellerie, on se réfère souvent aux femmes. Pourquoi cet état de chose ?
Depuis les origines, on parle de ’’minon nan’’ qui est le nom féminin en fon de la femme en général. Toutes les femmes sont des minon nan. Celles qui ont le droit, ce don divin de donner la vie sont des minon nan à cause de leur pouvoir, de leur matrice, mais aussi de la force maternelle car ce n’est pas donné à n’importe qui de porter une grossesse pendant 9 mois. Quand on parle de minon nan dans la culture traditionnelle particulièrement béninoise, elles sont des dépositaires des reines mères qui ont atteint un certain degré de sagesse et qui possèdent un certain nombre de pouvoir à qui on fait appel dans des situations données ou pour régler des conflits. Mais aujourd’hui, beaucoup de femmes utilisent ces pouvoirs pour nuire. La question des reines mères est partout. Quand on remonte dans l’Égypte ancienne, Aphrodite était la reine mère. Quand je prends l’exemple de Isis, la reine mère du prophète noir Osiris, ce sont des gens qui détenait un certain niveau de sagesse, de connaissance. Dans le syncrétisme religieux, on parle de ’’nan Maria" qui signifie la reine mère. Les choses ont été transformées, et ils sont allés jusqu’à la représenter dans les églises en tant que Marie mère qui a accouché de Jésus.

On constate aujourd’hui que les enfants sont initiés contre leur gré et vont même faire des témoignages sur des radios. Quelle appréciation faites-vous de cet état de chose ?
Toutes les forces qui concourent au bien cherchent à pérenniser leur patrimoine. C’est désolant ce que nous constatons aujourd’hui. Je condamne le fait que des enfants soient payés pour aller dire dans des radios qu’on leur a donné la sorcellerie et tout. L’initiation ne se passe pas de la sorte, aussi il faudrait laisser le culte à la postérité. Au temps de nos anciens, était qualifié de sage, celui qui avait atteint un degré très important dans la sorcellerie.

On entend souvent dire qu’il existe deux sortes de sorcellerie. Celle blanche attribuée aux jumeaux et celle noire qui consiste à détruire son prochain. Qu’en pensez-vous ?
(Rires) Quand on parle des jumeaux, eux ils ont ce pouvoir surnaturel. Beaucoup confondent ces pouvoirs-là à de la sorcellerie, car les jumeaux font beaucoup de chose qui dépassent l’entendement. C’est la raison pour laquelle on leur attribue ce titre-là. Il n’existe pas de sorcellerie noire. C’est à cause des mauvaises pratiques autour que les individus ont attribué ce nom.

Est-ce que les gens naissent sorciers ou c’est sur la base d’une initiation ?
(hésitant..) Il y a des gens qui sont nés naturellement sorciers. C’est ce que nous appelons azésèmèton ou encore sorcellerie originelle. Quel que soit ce que vous intentez contre eux cela ne marche jamais. Lorsque quelqu’un est déclaré azevodunon, on l’initie à la sagesse et il reçoit le pouvoir de diriger. C’est comme en apprentissage. Lorsque vous ne maîtrisez pas ce que vous voulez faire, on ne peut pas vous demander de vous y mettre. Tout est une affaire de code dans ce monde.

Quelle est la place des hommes dans cet ordre ?
Les hommes ont leur place. Ils sont là pour quadriller les choses. Dans nos sociétés traditionnelles africaines, les hommes sont toujours des sages et prennent des décisions pour régulariser les choses. Ils aident aussi les femmes à non seulement utiliser leurs pouvoirs, mais à en prendre soin.

Que faites-vous pour assainir ce milieu ?
Aujourd’hui les azevodunon ont un creuset autour dans lequel on se rassemble. En 2018 on a organisé la conférence des forces vives des religions endogènes pour faire taire les rumeurs selon lesquelles ce sont les vodunnons qui organisent les crimes rituels. Mais aujourd’hui on entend plus parler de ça. On a trouvé des solutions pour endiguer le mal. On a fait des propositions qui ont accouché de la charte et de la déontologie pour organiser le milieu traditionnel. Au cours de ces assises, on a tout fait pour biliguer les gens de chaque panthéon. Nous organisons de notre côté des réunions pour assainir. La loi ne reconnaît pas la sorcellerie. Lorsque vous allez au tribunal, aucune loi ne la reconnait. Ce qui constitue l’une des insuffisances que les gens manipulent pour pouvoir nuire car les gens exploitent les forces mystiques et invisibles pour pouvoir nuire. Lorsqu’on nous approche, nous avons des codes pour permettre à notre sujet d’avoir des boucliers anti-sorcellerie.

Pouvez-vous nous donner un peu plus de détails sur les grades ?
(Très hésitant) C’est une hiérarchie. Nous avons les hauts pouvoirs. Ce sont des gens très illuminés qui s’y trouvent. Ce sont eux qui décident devant des situations données et tranchent. Suivant l’ordre, nous avons Iya alatchè, Nangbo, les Baba, les tassinon gan et les tassinon. Ce sont les grades principaux. Ceux qui y sont nouvellement adeptes sont les azévi ou les apprentis sorciers.

Est-il possible un jour de laisser la sorcellerie ?
Le titre est toujours collé à soi. Quand on quitte aujourd’hui l’armée, on garde toujours son titre. Le titre ne se perd pas. Une fois que tu l’as porté, tu continueras de le porter.

Est-ce qu’il y a des restrictions alimentaires quand on est adepte du azévodun ?
La viande de bœuf et celle de porc sont proscrites. L’huile rouge également. Le gombo n’est pas à oublier car à force de le manger, vous n’aurez pas la force de la parole ainsi que la moutarde.

Nous avons parlé des repas. Mais qu’en est-il des ébats dans le couple ?
Il y a des jours où nous sommes tenus de rester seul, même dans notre couple afin de mieux communiquer avec les esprits il s’agit du jeudi et du vendredi.

Est-ce qu’il y a des précautions à prendre pour ne pas entrer en transe dans son cadre professionnel ?
Dans tout milieu, il y a des risques professionnels. Il faut savoir la conduite à tenir et savoir se cacher lorsque le danger est en face. Mais c’est quelque chose qui ne se voit pas à l’œil nu. Il faut être à un niveau élevé au niveau de sa conscience. Lorsque les principes sont respectés alors vous êtes en marge de ses affres.

Est-ce que vous vivez quand vous êtes dignitaire ?
D’abord tout homme est fait de chair, de matière, d’esprit et d’âme. Le travail de l’esprit est là, mais avant tout nous sommes des êtres de chair. Nous sommes comme tout être humain et le charnel doit vivre. Laissons le mystique au mystique. On s’épanouit comme toute autre personne.

Votre mot de la fin
Tout concourt au principe divin. Quoique nous fassions, nous devons croire et respecter les principes cardinaux de la vie pour vivre longtemps. Je vous remercie.
Propos recueillis par : Marina HOUNNOU (Coll.)





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