Elon Musk, nouveau propriétaire de Twitter avec 44 milliards de dollars

26 avril 2022


Le patron de Tesla et homme le plus riche au monde Elon Musk a passé lundi un accord avec le conseil d’administration de Twitter pour racheter le réseau social, pour environ 44 milliards de dollars. Des groupes de défense des droits humains ont immédiatement fait part de leurs préoccupations, alors que le milliardaire a beaucoup critiqué la modération des contenus sur Twitter, qu’il juge trop sévère. Elon Musk a réussi son pari : le patron de Tesla et SpaceX a passé un accord définitif avec le conseil d’administration de Twitter pour racheter le réseau social au prix de 54,20 dollars par action, ce qui le valorise à environ 44 milliards de dollars, et en faire une entreprise privée, non cotée en Bourse. L’homme le plus riche au monde devient donc le propriétaire de la plateforme qu’il avait annoncé convoiter il y a moins de deux semaines, et ce malgré l’opposition initiale affichée par le conseil. "La liberté d’expression est le socle d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où les sujets vitaux pour le futur de l’humanité sont débattus", a déclaré Elon Musk, cité dans le communiqué de Twitter. L’action du groupe, coté au New York Stock Exchange, a été suspendue juste avant la parution du communiqué. Elle frôlait les 52 dollars en prenant plus de 6 % vers 17 h GMT, grâce aux rumeurs d’une acquisition imminente dans la presse américaine.

Elon Musk avait indiqué la semaine dernière qu’il avait sécurisé 46,5 milliards de dollars pour mener à bien cette acquisition grâce à deux prêts bancaires de Morgan Stanley, ainsi qu’à sa fortune personnelle. Il avait également évoqué la possibilité de lancer une offre publique d’achat (OPA) hostile en passant directement par les actionnaires pour contourner le conseil d’administration (CA).

"Une fois que le financement a été mis en place avec la menace d’une OPA hostile, le CA ne pouvait plus avoir recours à un chevalier blanc ou à un second enchérisseur", a relevé Dan Ives de Wedbush Securities sur CNBC. "Cela les a mis le dos au mur et les a contraints à venir à la table de négociations", a ajouté l’analyste.

Provocations
Selon les médias américains, le CA de Twitter s’est réuni dimanche matin pour réexaminer la proposition du milliardaire. Deux jours plus tôt, l’entrepreneur d’origine sud-africaine s’est entretenu avec plusieurs actionnaires, via plusieurs appels vidéo, pour défendre son offre de rachat. L’organe de direction du groupe, composé de 11 membres, s’y était au départ montré hostile en adoptant une clause dite de la "pilule empoisonnée" pour rendre l’acquisition plus difficile.

La clause prévoit que si un actionnaire atteint plus de 15 % du capital de Twitter, le conseil d’administration se réserve le droit de brader les actions pour tous les autres détenteurs de titres. Elon Musk détient actuellement un peu plus de 9 % des actions ordinaires du réseau social. Peu après son entrée au capital de l’entreprise, le fantasque patron avait été invité à rejoindre le CA, mais il avait décliné cette offre. Fort de ses plus de 83 millions d’abonnés, l’homme le plus riche de la planète (sa fortune est estimée à 269 milliards de dollars par Forbes) se sert presque tous les jours de son compte Twitter pour donner des nouvelles de ses entreprises, plaisanter ou lancer des polémiques.

Il a critiqué Twitter à de nombreuses reprises, notamment au sujet de la liberté d’expression, et de la modération des contenus, qu’il juge trop sévère. Ses provocations régulières et ses opinions libertariennes l’ont rendu antipathique aux yeux de nombreuses personnes dans la Silicon Valley. "Twitter a un but et un sens qui concernent le monde entier. Je suis très fier de nos équipes et inspiré par le travail qui n’a jamais été aussi important", a réagi Parag Agrawal, l’actuel dirigeant de Twitter, après l’annonce de l’acquisition.

Le retour de Donald Trump ?

"J’espère que même mes pires critiques resteront sur Twitter, c’est ce que signifie la liberté d’expression", a tweeté lundi Elon Musk, avant l’annonce. Certains observateurs pensent qu’il pourrait autoriser à nouveau des comptes supprimés, dont celui de Donald Trump et de certains de ses partisans. L’ancien président américain avait été suspendu définitivement de Twitter en janvier 2021 pour avoir appelé à contester les résultats du scrutin présidentiel et invité à la violence. "Je ne vais pas sur Twitter, je reste sur TRUTH", a cependant déclaré Donald Trump à la chaîne Fox News en référence à la plateforme Truth Social, qu’il a lancée en février et présentée comme une alternative conservatrice à Facebook, Twitter et YouTube.

"La liberté d’expression n’est pas un droit absolu"

"Confier les rênes de Twitter à Elon Musk déchaînera à coup sûr des théories du complot que la plateforme a essayé de réprimer", a réagi Angelo Carusone, président de l’ONG progressiste Media Matters for America. "Toute tentative d’utiliser la plateforme pour partager des informations légitimes sera éclipsée par un bourbier toxique de désinformation."
"Qui que soit le propriétaire de Twitter, l’entreprise a des responsabilités en matière de droits de l’Homme et doit respecter les droits des personnes qui dépendent de la plateforme dans le monde entier", a déclaré à Reuters Deborah Brown, chercheuse et défenseure des droits numériques à Human Rights Watch. "La liberté d’expression n’est pas un droit absolu, c’est pourquoi Twitter doit investir dans des efforts pour assurer la sécurité de ses utilisateurs les plus vulnérables sur la plateforme", a-t-elle ajouté.

"La dernière chose dont nous avons besoin, c’est d’un Twitter qui ferme délibérément les yeux sur les discours violents et abusifs à l’encontre des utilisateurs, en particulier ceux qui sont les plus touchés de manière disproportionnée, notamment les femmes et les personnes non binaires", a déclaré Michael Kleinman, directeur de la technologie et des droits de l’Homme à Amnesty International USA.
"Bien qu’Elon Musk soit un membre de l’[association de défense des libertés] ACLU et l’un de nos plus importants soutiens, il est très dangereux d’avoir autant de pouvoir entre les mains d’un seul individu", a déclaré à Reuters Anthony Romero, directeur de l’Union américaine pour les libertés civiles.

Un bouton "modifier" ?

Elon Musk devrait chercher à rendre Twitter plus rentable et à augmenter la croissance de son nombre d’utilisateurs. Il a déjà suggéré plusieurs évolutions, comme l’ajout d’un bouton "modifier" pour corriger un tweet après publication et des changements dans la formule d’abonnement payante, Twitter Blue. Le groupe de San Francisco doit publier ses résultats trimestriels jeudi avant l’ouverture de Wall Street.

Avec AFP et Reuters





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