France : consternation à droite après la condamnation de Nicolas Sarkozy pour corruption

2 mars 2021

« Tristesse », « stupéfaction » face à un « acharnement judiciaire » pour la famille politique de l’ancien président, un verdict « rassurant » voire « historique » à gauche : la condamnation de Nicolas Sarkozy à trois ans de prison dont un ferme, ce lundi 1er mars, pour « corruption » dans l’affaire dite des « écoutes », a provoqué de vives réactions dans la classe politique.

À droite, la condamnation de l’ancien président passe très mal. « La sévérité de la peine retenue est absolument disproportionnée et révélatrice de l’acharnement judiciaire d’une institution déjà très contestée. Toute la lumière devra être faite sur les méthodes et l’indépendance du PNF [le Parquet national financier, ndlr] », a affirmé sur Twitter le président du parti Les Républicains Christian Jacob.
« Un ancien président de la République n’est évidemment pas au-dessus des lois, a réagi sur RFI Annie Genevard, vice-présidente LR de l’Assemblée nationale. Mais la justice ne doit pas être plus sévère avec tel ou tel au motif des fonctions qu’il a pu occuper. » Le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau a lui déploré « une condamnation extrêmement dure dans un dossier particulièrement faible ».

« Toutes les voies de recours doivent être utilisées pour qu’il puisse laver son honneur et que toute la vérité soit faite », a affirmé le président (ex-LR) des Hauts-de-France Xavier Bertrand. Nicolas Sarkozy, qui a toujours affirmé n’avoir jamais commis « le moindre acte de corruption », a justement annoncé qu’il allait faire appel de sa condamnation.

Interrogé par RFI, le député européen Geoffroy Didier se dit lui « surpris » par ce verdict. « Il y a un secret professionnel entre un avocat et son client » qui doit être respecté, selon lui. S’il ne veut pas parler « d’acharnement judiciaire », Geoffroy Didier, lui-même avocat, évoque en revanche un « acharnement politique » : « Depuis de nombreuses années, Nicolas Sarkozy est une cible de choix, d’attaques politiques, de caricatures ; des moqueries qui finissent pas porter leurs fruits malheureusement, dans les urnes et peut-être dans les prétoires... »

Ce lundi soir, la droite fait donc bloc derrière l’ancien président, insistant sur l’appel interjeté, et que donc Nicolas Sarkozy est de nouveau présumé innocent. Mais derrière ce moment judiciaire historique, c’est bien de politique dont il est question : l’ancien chef de l’État était encore pour beaucoup à droite un possible recours pour 2022. La condamnation d’aujourd’hui change la donne.

« Un verdict historique » à gauche
De l’autre côté du spectre politique, les réactions sont toutes autres. Selon le secrétaire national d’Europe Écologie Les Verts, Julien Bayou, cette décision judiciaire est rassurante pour le système démocratique français : « Cela montre qu’il n’y a pas une justice pour les pauvres et une autre pour les puissants. »

C’est le signe d’une démocratie en forme, en bonne santé, que de pouvoir juger un ses propres dirigeants. C’est une bonne nouvelle, quoi que l’on pense du jugement. Tout le monde peut être jugé pour ses actes et pas uniquement le petit voleur de mobylette.

Pour le député communiste Sébastien Jumel, cette décision de justice est forcément historique. « Ce n’est pas rien, un ancien président de la République condamné à un an de prison ferme. C’est du jamais vu sous la Ve République », a-t-il notamment déclaré à RFI.

La droite perd l’un de ses candidats potentiels. C’est un coup dur pour la droite et c’est un coup dur pour l’homme Sarkozy. Mais j’imagine que si la justice a pris cette décision, le dossier est conséquent et c’est un tsunami politique. C’est, je crois aussi, le signal qu’il faut donner à la classe politique de l’exemplarité à tous les étages.

S’il y bien eu quelques responsables qui se sont réjoui de voir la justice passer pour Nicolas Sarkozy comme pour tout autre justiciable, globalement dans la classe politique les réactions ont été prudentes et mesurées, parfois même pleine d’empathie comme celle du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui a redit « son respect et son affection » à Nicolas Sarkozy.

L’ancien président de la République a même reçu des soutiens inattendus de la part d’élus dont les partis ont été dans le collimateur de la justice. Au Rassemblement National, Jordan Bardella a ainsi critiqué des « procédés très contestables » et le député Gilbert Collard a dénoncé une condamnation « juridiquement incompréhensible ».

Et de l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon a pris son temps pour finalement au bout de quelques heures envoyer un tweet : « Sarkozy condamné, Macron débarrassé d’un sérieux rival ».
Source : rfi





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