Mali : la Cédéao durcit les sanctions contre la junte

8 novembre 2021

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a imposé, dimanche, à Accra des sanctions individuelles aux membres de la junte au pouvoir au Mali, en raison du retard dans l’organisation des élections.

En raison de la lenteur de la transition vers la démocratie depuis le coup d’État de l’été dernier, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a imposé, dimanche 7 novembre, des sanctions contre les dirigeants au pouvoir au Mali.

"Toutes les autorités de la transition sont concernées par des sanctions qui vont entrer en application immédiatement", a dit à l’AFP le président de la Commission de la Cédéao, l’Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou, à l’issue d’un Sommet extraordinaire sur la situation au Mali et en Guinée, où des militaires ont également pris le pouvoir. Ces sanctions comprennent l’interdiction de voyager et le gel de leurs avoirs financiers, a-t-il détaillé, précisant qu’elles visaient aussi les membres de leurs familles.

Selon lui, "le Mali a officiellement écrit" au président en exercice de la Cédéao, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, pour lui notifier qu’il n’était pas possible que les élections se déroulent à la date prévue. "La Cédéao a décidé de sanctionner tous ceux et celles qui sont impliqués dans le retard" de l’organisation des élections programmées pour le 27 février 2022 au Mali, a expliqué Jean-Claude Kassi Brou.

Le "respect strict du calendrier de la transition"
Selon le communiqué final, des sanctions supplémentaires vont être étudiées et proposées lors du prochain sommet en décembre "si la situation persiste". À l’occasion d’un sommet le 16 septembre à Accra, l’organisation régionale avait exigé des militaires maliens le "respect strict du calendrier de la transition" vers le rétablissement d’un pouvoir civil.

Fin octobre, une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU en visite au Mali avait insisté auprès des autorités sur l’importance de respecter le calendrier électoral censé permettre le rétablissement d’un gouvernement civil.

Après le putsch du 18 août 2020 à Bamako, la Cédéao avait suspendu le Mali de ses rangs et stoppé les échanges financiers et commerciaux avec ce pays, en proie à un cycle de violences jihadistes et intercommunautaires. Elle avait ensuite levé ces sanctions après avoir obtenu de la junte la nomination de deux civils, Bah Ndaw et Moctar Ouane, respectivement aux fonctions de président et de Premier ministre de transition, ainsi que son engagement à rendre le pouvoir aux civils dans un délai de 18 mois maximum. Mais, depuis, le colonel Assimi Goïta, le chef de la junte, a opéré en mai dernier un nouveau coup de force en déposant Bah Ndaw et Moctar Ouane et en se faisant investir président de la transition.

La Cédéao a alors à nouveau suspendu le Mali de ses organes de décisions, mais n’a pas pris de nouvelles sanctions. Le 26 octobre, le Mali a déclaré "persona non grata" le représentant spécial de la Cédéao, Hamidou Boly, lui reprochant des "agissements incompatibles avec son statut". Celui-ci a quitté le pays le lendemain.

Des sanctions contre la Guinée
Les dirigeants de la Cédéao ont "condamné l’expulsion" de Hamidou Boly dimanche. Ils ont également maintenu les sanctions individuelles déjà prises contre les militaires qui se sont emparés du pouvoir le 5 septembre en Guinée et la suspension de ce pays de l’organisation, a dit Jean-Claude Kassi Brou.

Les dirigeants des États membres de la Cédéao ont réitéré la nécessité d’organiser les élections dans un délai de six mois en Guinée et insisté sur "l’urgence de libérer" le président déchu Alpha Condé, 83 ans, en résidence surveillée depuis le coup d’État.

Ils ont en outre nommé Mohamed Ibn Chambas, envoyé spécial de la Cédéao pour la Guinée, un pays à l’histoire tourmenté, qui a connu pendant des décennies depuis l’indépendance des régimes autoritaires ou dictatoriaux jusqu’à l’élection de Alpha Condé en 2010.

Fin octobre, une délégation de la Cédéao à Conakry avait relevé une "dynamique positive" en Guinée "vers un retour à l’ordre constitutionnel". Des progrès ont été réalisés. Il y a des aspects positifs qu’il faut noter", avait estimé Jean-Claude Kassi Brou qui dirigeait la délégation, citant l’adoption d’une charte de la transition et la mise en place progressive des organes de la transition.
Source : france24





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