Journée Internationale de la Femme : coup de projecteur sur les oubliées du 8 mars au Burkina Faso

8 mars 2021

Le centre Delwendé de la communauté des Sœurs missionnaires d’Afrique accueille à Ouagadougou des femmes accusées de sorcellerie et jetées au ban de la société burkinabé. Des femmes âgées que l’AFD a décidé de mettre notamment à l’honneur, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, en leur offrant à chacune des pagnes faso dan fani tissés pour elles et en partageant des moments très forts en émotions.

Centre Delwendé de Sakoula en périphérie de Ouagadougou. Elles sont 190, là, âgées, recluses, oubliées de tous, frappées d’infamie parce qu’accusées de sorcellerie. Cette institution, tenue par les Sœurs missionnaires d’Afrique, est la seule à les considérer et à les recueillir en toute humanité.

« Le centre compte 190 pensionnaires parmi lesquels 5 hommes (…) Auparavant le centre recevait toutes sortes de patients atteints de troubles mentaux. Aujourd’hui, [ce sont surtout les personnes accusées de sorcellerie]. Des accusations qui causent beaucoup de dépressions, et de pathologies liées à l’émotionnel », explique Soeur Vickness Muleya en préambule de la rencontre.

Ici, les femmes mènent plusieurs petites activités économiques parmi lesquelles le filage de coton, le jardinage, l’élevage, la fabrication du soumbala (un condiment local), de savon, ou encore le recyclage des déchets.

Mais elles restent totalement marginalisées. Aussi Sœur Vickness, au nom de chacun et chacune, témoigne-t-elle d’une profonde reconnaissance quant à la visite de l’AFD au centre. « Je vous remercie pour ce que vous avez fait aujourd’hui. C’est un don magnifique pour les pensionnaires d’avoir le contact avec vous », confie-t-elle.

Surtout à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme.
Et de rappeler, dans son introduction, l’évolution, malgré tout, de la condition féminine, mais aussi les progrès qu’il reste à faire, avec la volonté « d’avancer en développement vers l’émancipation totale de la femme dans notre société ».
riste phénomène de société que ce centre. Ce sont sur ces femmes, sur ces grands-mères, frappées du plus cruel ostracisme, que l’AFD a tenu à faire un focus pour la journée du 8 mars. Car elles font aussi parties des multiples facettes de la Femme Sahélienne.

Près de vingt personnels AFD ont répondu spontanément présents à l’appel dans une délégation conduite par le Secrétaire Général de la Direction régionale Grand Sahel, Hervé Kahane, qui reconnaît avoir été « profondément touché » par la rencontre. « Je pense qu’on a tous été émus », témoignera-t-il à l’issue de l’évènement.

« Quand on regarde les problématiques de genre, on constate une inégalité en matière de droits fondamentaux. Ces femmes ont perdu toute reconnaissance sociale », explique Anne-Marie Zouré Sawadogo, Chargée de mission Genre et Education à l’AFD Direction régionale Grand Sahel.

En organisant cette rencontre l’AFD souhaite « interpeller les consciences » quant à ces femmes bannies par leur famille. Des femmes plongées dans un dénuement social des plus extrêmes. Des femmes à qui on ne permet tout simplement plus d’exister.

Pour leur rendre hommage l’idée est simple. Il s’agit de leur confectionner des pages faso dan fani pour la Journée Internationale de la Femme et d’aller les leur remettre en personne en passant un moment avec elles. Reportage et explications…
Si au départ, l’ambiance est quelque peu protocolaire, la posture du groupe et le prétexte de la rencontre brisent la glace. Et c’est chaque femme du centre que chacun et chacune ira symboliquement draper du pagne hommage. Les visages se détendent, retrouvent des sourires que l’on devinait rares. Jusqu’à la joie. Une joie en partage. Au point de sortir les tambours pour une fête tout à fait improvisée. Au point, à la fin, de danser pour célébrer.

Un contraste saisissant qui montre à quel point il est possible d’impacter des personnes avec la seule force de la considération que l’on peut avoir à leur égard. Les collaborateurs et collaboratrices présents, qui représentaient essentiellement des métiers support, ont pu, grâce à cette immersion sur le terrain, donner encore plus de sens à leur travail à l’AFD.

Le fait qu’elles tissent toutes du coton pour contribuer aux moyens de subsistance du centre donne, par exemple, une petite idée de développement à Noelie Coulibaly, gestionnaire. Elle imagine équiper les femmes de métiers à tisser pour qu’elles transforment sur place le fil et qu’elles augmentent ainsi leurs sources de revenus. Simplicité de l’évidence.

Reste que le vœu le plus cher émis par les femmes de Delwendé est de retrouver leur famille, leur vie d’avant. « On pourrait mobiliser des psychologues, des assistantes sociales pour des prises en charge individualisées afin de les aider à renouer ces précieux liens », réfléchit quant à elle Anne-Marie.

Les idées sont là, plantées dans le terreau fertile de la journée.
Et quand on écoute le poignant témoignage d’Antoinette, pensionnaire depuis 6 ou 7 ans, on se rend mieux compte de la souffrance et du déchirement que peuvent occasionner des allégations de sorcellerie. Chassée et mutilée, elle a tout perdu de sa vie d’avant.
Un témoignage qui est une ode au respect et à la dignité humaine, et en particulier de la Femme. Un témoignage qui nourrit une interpellation nécessaire.

Et le Directeur de l’agence de Ouagadougou, Gilles Chausse, de conclure : « Reconstruire du lien social tout comme lutter contre l’ignorance sont au cœur à la fois des missions, des stratégies et des actions financées par l’AFD au Burkina Faso. Nous œuvrons, par notre engagement dans ce pays, pour des sociétés encore plus humaines.

A travers cette initiative simple, l’équipe de l’agence de Ouagadougou est fière d’avoir permis de montrer que des actions de solidarité nous rappellent les défis qu’il convient de relever, en particulier en faveur des femmes. Au-delà du seul 8 mars, sur la durée, ‘On est ensemble’, aussi pour ces causes ».





Dans la même rubrique