Vaccin contre le Covid : l'annonce de Pfizer suscite l'espoir mais la prudence est de mise

10 novembre 2020

Pfizer a annoncé lundi que son candidat vaccin était efficace « à 90% » contre le Covid-19. Une annonce qui suscite beaucoup d’espoir à travers le monde, mais qu’il faut prendre avec prudence. Il ne s’agit encore que des résultats d’analyses préliminaires et beaucoup de questions sont sans réponses.

On ignore encore si le vaccin confère une immunité longue. Mais l’annonce a immédiatement provoqué une vague d’espoir et un bond des Bourses mondiales, dix mois seulement après le séquençage du coronavirus, une prouesse scientifique.

Surtout qu’un autre vaccin expérimental, développé par la société américaine Moderna et dont on attend les résultats dans les prochaines semaines, utilise la même technologie nouvelle, à base d’ARN messager. Et le monde attend aussi les résultats d’un autre vaccin très avancé, développé par AstraZeneca et l’université d’Oxford.

« C’est une bonne nouvelle », se félicite Stéphane Paul, membre du comité vaccin Covid-19 des ministères de la Santé et de la Recherche, interrogé par Olivier Chermann, du pôle France de RFI. Il appelle néanmoins à la prudence. « La limitation de tout ça, c’est que les résultats et l’analyse qui a été faite, c’est après deux mois. C’est-à-dire qu’aujourd’hui la seule chose qu’on peut dire c’est que ce vaccin protège pendant deux mois 90% des gens qui l’ont reçu. » Dès lors, une question se pose, estime Stéphane Paul : « quelle est la sécurité de ce type de vaccin sur le long terme ? Et ça, il n’y a que le suivi des patients qui va nous permettre de le savoir. »

Le défi de la production
Pour les Américains, qui ont précommandé 100 millions de doses, cela signifie que les premières vaccinations pourraient commencer avant la fin de l’année, à condition que l’innocuité soit confirmée, d’ici la semaine prochaine. Pfizer a alors prévu de déposer une demande d’autorisation à l’Agence américaine des médicaments (FDA), qui devra trancher si le vaccin est sûr et efficace.

Dans l’Union européenne, qui a préacheté 200 millions de doses et négocie pour 100 millions d’autres, le vaccin pourrait être disponible « début 2021 », selon une source européenne. D’autres pays - Japon, Canada, Royaume-Uni - ont également passé commande auprès de Pfizer, et la demande initiale est assurée de dépasser l’offre, Pfizer prévoyant de pouvoir fabriquer 50 millions de doses en 2020 et 1,3 milliard l’an prochain.

Un accès inégal au vaccin ?
Les ONG s’inquiètent depuis des mois de la monopolisation des doses par les pays riches, ainsi que du prix auquel Pfizer vendra le vaccin. « Le vaccin sera efficace à 0% pour les personnes qui n’ont pas les moyens d’y accéder ou de se le permettre », a réagi Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France.

L’immense majorité des capacités de vaccin seront déjà réservés à une minorité qui a les moyens de payer ce vaccin et clairement pas à la plus grande partie de la population, en particulier à des populations qui en ont le plus besoin. C’est pour ça qu’on demande une coopération globale pour une mise en commun des brevets autour des vaccins pour éviter qu’une compagnie monopolise la production et la commercialisation au détriment d’un accès bien plus large.

« Nous faisons face à un hiver très sombre »
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a jugé l’annonce « encourageante ».

Le président américain Donald Trump a salué une « excellente nouvelle » mais accuse sur twitter l’agence américaine du médicament d’avoir retardé l’annonce de ce résultat pour qu’il intervienne après l’élection présidentielle américaine.

L’homme qui le remplacera à la Maison Blanche le 20 janvier, Joe Biden, a évoqué un signe d’ « espoir », tout en prévenant que la « bataille » était encore loin d’être gagnée. « Ce vaccin, même s’il est approuvé, ne sera pas largement disponible avant plusieurs mois. Les défis qui nous attendent sont toujours immenses et croissants. Nous faisons toujours face à un hiver très sombre. Les projections indiquent toujours que nous pourrions perdre 200 000 vies supplémentaires dans les mois qui viennent, avant qu’un vaccin soit largement distribué. Donc nous ne pouvons pas sous-estimer le travail important qui reste à faire d’ici là pour que notre pays traverse la pire vague de la pandémie à laquelle il fait face. » En attendant, il a imploré les Américains de porter le masque « l’arme la plus puissante contre le virus » et qui n’est « pas une posture politique ».

Pfizer, un mastodonte des laboratoires pharmaceutiques
Pfizer est connu dans le monde entier pour le Viagra. La pilule bleue, en forme de losange, vendue à des milliards d’exemplaires aux hommes souffrant de troubles de l’érection. Commercialisé depuis 1998, le Viagra a été le produit phare du laboratoire américain. Jusqu’à ce qu’il perde son brevet et l’exclusivité de sa production.

Pfizer est aussi aujourd’hui le fabricant du médicament contre l’anxiété Xanax. De l’anti-cholestérol Lipitor, de l’anti-inflammatoire Celebrex. Bref, le numéro 2 mondial de l’industrie pharmaceutique a les reins solides.

Même s’il est distancé, ces dernières années, par ses concurrents Merck et Johnson et Johnson. Ils investissent davantage dans la recherche et le développement de nouveaux traitements.

Comme d’autres géants du secteur, AstraZeneca ou Sinopharm, Pfizer s’est lancé dans la course aux vaccins. Et a investi 2 milliards de dollars. Il annonce devancer ses concurrents.

L’administration Trump a donné plus de 6 milliards de dollars aux laboratoires américains, pour développer le vaccin contre le Covid. En espérant secrètement qu’il soit accessible au grand public avant l’élection du 3 novembre. Coïncidence ou non, les résultats concluants de Pfizer sont communiqués juste après l’annonce de la défaite du président.
Source : rfi





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