Alassani TIGRI, Vice-Président du Parti "Les Démocrates" : « Travaillons de concert à prévenir et éliminer les failles qui pourraient encore justifier la contestation des législatives de 2023 »

22 mars 2022

Les prochaines élections législatives sont fixées au 8 janvier prochain. Déjà, qu’avez-vous à dire par rapport à la décision de la Cour Constitutionnelle qui a pris de court certaines chapelles politiques ?
Au nom du parti Les Démocrates, je voudrais d’abord vous remercier Monsieur le journaliste, pour l’occasion que vous m’offrez de m’adresser au peuple béninois à moins de 10 mois des législatives de 2023. Je voudrais par ailleurs vous féliciter pour l’effort que vous faites au quotidien au journal FRATERNITE dans la recherche de l’équilibre de l’information. Nous savons qu’il n’est pas facile sous la Rupture de donner un son de cloche autre que celui du pouvoir et des laudateurs à sa solde. Soyez en félicités. Revenons à l’essentiel de notre entrevue. Vous dites que la décision de la Cour constitutionnelle a pris de court certaines chapelles politiques. Je voudrais vous dire avec lucidité et sérénité qu’au parti Les Démocrates, nous n’avons pas été surpris par cette décision. En effet, après la rentrée politique du 24 juillet 2021, nous avons réfléchi sur la problématique des législatives de 2023. En parcourant les dispositions du Code électoral, nous savions déjà sur la base de l’article 7 que ces élections auront lieu le deuxième dimanche de l’année électorale qui se trouve être le 8 janvier 2023. Donc depuis juillet 2021, il n’y avait pas d’ambiguïté que les législatives se tiendraient le 8 janvier 2023. C’est vrai la décision de la Cour constitutionnelle a semblé susciter des émotions, surtout enregistrées auprès de certains députés de la 8e législature qui ont vu leur mandat écourté de 3 mois. Ils finissent désormais le 12 février au lieu du 15 mai 2023. Donc la décision de la Cour ne nous a pas pris de court au Parti Les Démocrates. Par contre cette décision consécutive à la saisine de la Cour par les Rupturiens, notamment le Président de la CENA, fixe les esprits sur la confirmation de la date du 8 janvier prochain.

Votre formation politique est régulièrement enregistrée. Mais, le constat est là. En 2019, tous les partis ayant une existence légale n’ont malheureusement pas pu prendre part à la compétition. En 2023, seriez-vous sur la ligne de départ de la course au Palais des gouverneurs ?
Monsieur le journaliste, vous faites allusion là à la ruse et à la rage déployées par le pouvoir de la Rupture pour empêcher la compétition électorale. Dites-moi, s’il est sérieux dans un Etat démocratique, que des partis politiques légalement constitués soient empêchés de compétir ? Nous existons juridiquement depuis décembre 2020. En tant qu’acteurs politiques, nous reconnaissons qu’effectivement, par la ruse et la rage, seuls les deux partis siamois du chef de l’Etat ont été autorisés à participer aux législatives de 2019. C’était dramatique. Et ce sont ces comportements d’exclusion manifeste avec l’utilisation de la puissance publique, qui ont été à l’origine des troubles que nous avons déplorés dans le pays. Car, il a été enregistré des pertes en vies humaines, des dégâts matériels. Par la suite, le pouvoir a organisé l’arrestation et l’incarcération de nombreux militants de l’opposition. La chasse à l’homme a embrasé notre pays, réputé jusque-là pour son respect de la dignité humaine. Ce sont des conséquences logiques des violences pré et post électorales que nous ne souhaitons plus vivre. La dernière conséquence de cette parodie électorale a été la constitution d’une Assemblée nationale monocolore dont les députés aux ordres obéissent au doigt et à l’œil du président Patrice Talon. Le peuple béninois veut résolument conjuguer au passé ces tristes épisodes de son histoire, hélas récente.
Pour revenir à votre question, au parti Les Démocrates, nous prenons toutes les dispositions légales et juridiques pour participer à cette élection. Nous serons au rendez-vous. Et nous espérons qu’on ne nous opposera plus un instrument d’exclusion à l’image du certificat fictif de conformité, inventé de toutes pièces et avec lequel nous avons a été délibérément exclus des législatives de 2019. Nous associons à notre réflexion, l’intelligence de tout le peuple béninois et en appelons au patriotisme de tous pour réussir ce challenge qui est aussi le vôtre, vous les professionnels des médias. Car, l’enjeu est de redorer l’image de notre pays en restaurant la démocratie, l’Etat de droit et les droits de la personne humaine.

Le leitmotiv d’un parti politique, c’est la conquête du pouvoir d’Etat par la voie des urnes. Cela suppose une idéologie, un discours et un programme d’actions. Pouvez-vous nous lever un coin de voile sur ce que vous envisagez vendre aux électeurs afin qu’ils soient acquis à votre cause ?
Nous sommes dans un combat politique âpre contre un adversaire adepte de la ruse et la rage. Et pour cela, nous n’allons pas dévoiler notre stratégie de conquête dans les colonnes des journaux. Le moment venu, et conformément à notre plan de communication, nous partagerons avec vous les informations utiles pour une synergie d’actions afin que vous puissiez nous accompagner comme il sied. Rassurez-vous, nous comptons sur vous au regard du rôle important que joue la presse dans une démocratie et que le pouvoir actuel qui fait de la rétention d’information ne vous permet pas d’assumer pleinement. Ce faisant, le pouvoir de la Rupture viole les dispositions du Code de l’information et de la communication relatives au droit du public à l’information. Avec vous, nous allons progressivement inverser la tendance pour que vous puissiez informer mieux notre peuple et reprendre votre prestigieuse position dans les différents classements de Reporters Sans Frontières.
En ce qui concerne notre idéologie, nous sommes un parti social-démocrate qui vit intimement lié au peuple béninois. Nous sommes un parti de masse. Nous sommes un parti de jeunes, un parti des femmes, un parti des couches déshéritées, un parti des gens dignes. Nous prônons la paix, le développement équilibré et harmonieux de notre pays. L’homme qui respecte la nature est au cœur de notre action. Et à notre avis, le sens premier de la politique c’est de servir la cité dans la justice sociale, la liberté et l’équité. Nous sommes hostiles aux courants idéologiques notamment ceux qui ne mettent l’homme au cœur de l’action publique et sont enclins à le mépriser, à rechercher le profit effréné pour un groupe et n’hésitent pas à recourir à la dictature pour arriver à leur fin. Nous incarnons l’alternative que souhaite le peuple béninois qui manque aujourd’hui cruellement de pain et de liberté. Il se bat pour assouvir ses besoins basiques. Et nous sommes à ses côtés.

La 9ème législature comptera 109 députés et au moins 24 femmes issues des 24 circonscriptions électorales. Cela fait beaucoup de dossiers à présenter et sans doute, un casse-tête dans le positionnement des candidats. Au niveau de votre parti, comment comptez-vous gérer la guerre des ambitions et être à jour le jour J ?
C’est un problème récurrent au sein de tous les partis politiques à la veille des élections. Comme toujours, cela se gère sous le leadership des dirigeants. Au total, il faut constituer 109 dossiers fois deux. Soit 218 dossiers dont au moins 48 dossiers exclusivement réservés aux militantes. C’est beaucoup moins de dossiers comparés à ce qu’il faut pour acquérir l’existence juridique du Parti. C’est vrai que c’est la première fois que le Parti Les Démocrates participera à une élection depuis sa création le 6 juillet 2020. Mais, les acteurs du parti ont de l’expérience dans cet exercice de constitution de dossiers électoraux. Du reste, notre parti est un nid de militants dont l’objectif est de mettre à la disposition du peuple béninois, les meilleurs de ses filles et fils. En outre, nous nous réjouissons de cette meilleure prise en compte de la gent féminine. Il s’agit d’une avancée que le Parti Les Démocrates, une fois à l’Assemblée s’emploiera à améliorer. Car, il est incompréhensible qu’un pays se prive pour sa construction de la moitié de ses talents.

Il est reproché à la 8ème législature de n’avoir pratiquement pas joué son rôle de contre-pouvoir indispensable pour tirer le meilleur d’une gouvernance. Que faut-il pour corriger cet état de chose ?
Monsieur le journaliste, pouvait-on s’attendre à autre chose ? N’avez-vous pas compris que l’exclusion des partis de l’opposition en 2019, visait à faire des députés de la 8ème législature, des députés privés du chef de l’Etat ? Dans ces conditions, ces députés ont-ils la conscience politique ou simplement la compétence nécessaire pour jouer un rôle de contre-pouvoir si indispensable dans une démocratie ? C’est ce que vous les journalistes vous allez nous aider à corriger. Car le rôle du Parlement est de légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Ce qui est impossible avec une Assemblée monocolore entièrement acquise à la cause de l’exécutif. Pour y remédier, il faut à tout prix faire participer sans condition tous les partis politiques légalement constitués aux élections législatives prochaines. Les listes du Parti Les Démocrates seront là pour cette alternative. Pour être clair, le seul remède à ce qui vous inquiète, c’est-à-dire un Parlement monocolore, est l’organisation d’une élection démocratique, inclusive, libre, équitable et transparente à l’issue de laquelle on aura inévitablement une Assemblée démocratique composée des députés de la mouvance et de l’opposition. Pour en arriver à une Assemblée démocratique, les organes en charge de la confection de la liste électorale doivent faire preuve d’impartialité pour que nous ayons une liste électorale consensuelle, transparente et fiable, gage d’une élection juste, paisible et équitable. L’association de l’opposition à cet objectif est loin d’être un luxe. Un organe administratif ne saurait jouir de l’indépendance nécessaire pour recueillir la confiance de tous.

Avant la campagne, la précampagne a déjà commencé avec son cortège de promesses électorales. En toute sincérité, que valent aujourd’hui les promesses des acteurs politiques quand on sait que généralement après les votes, c’est l’indifférence ?
Qui fait des promesses ? Quelqu’un a dit que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient. En ce qui nous concerne au Parti Les Démocrates, nous travaillons à faire comprendre à nos militants, à nos sympathisants et aux électeurs, la nécessité de restaurer notre démocratie embastillée par un régime de dictature, réfractaire, allergique et hostile à la contradiction. Notre promesse électorale se fonde sur la défense des valeurs démocratiques, la préservation de la paix. Un député légifère et contrôle l’action du gouvernement à travers les questions orales, les questions écrites, les interpellations, les enquêtes parlementaires. Nous voulons contribuer à doter notre pays de lois pouvant lui permettre de se développer dans la paix et assurant le respect et la protection des droits humains de nos concitoyens. Nous ne sommes pas dans la démagogie qui consiste à promettre aux électeurs, la construction ou la réalisation d’infrastructures socio-communautaires. Les députés n’ont pas cette prérogative. Elle relève plutôt du pouvoir exécutif. Nous voulons simplement, contrairement à ce qui est en cours, une Assemblée nationale vivante qui fait son travail conformément à la Constitution.

Votre mot de la fin ?
Dans moins de 10 mois, le peuple béninois sera aux urnes pour élire les députés de la 9ème législature du Renouveau démocratique. Nous voulons en finir avec les tensions sociales qui découlent d’élections exclusives. Nous souhaitons que ces élections soient des moments festifs pour notre peuple. Et pour qu’il en soit ainsi, il faut que les élections législatives soient réellement inclusives, transparentes, équitables, conditions sine qua non pour la paix. Il faut que la liste électorale soit auditée de manière consensuelle. Cela suppose que les partis politiques en règle soient intimement associés à la confection de la liste électorale. Le travail technique confié à l’ANIP qui travaille sur le RAVIP et la LEPI, nous inquiète. Un organe administratif à qui on confie un travail technique et éminemment politique, ne saurait garantir la fiabilité de la liste électorale. Rien ne rassure sur son indépendance par rapport au pouvoir politique.
Qu’il vous souvienne de l’expérience du quitus fiscal dont la délivrance a été confiée à la direction des impôts qui est éminemment un organe administratif. L’obtention de ce document administratif aura été à dessein l’objet d’un véritable parcours de combattant et d’exclusion pour l’opposition ; mais d’une facilité déconcertante et étonnante pour les candidats du pouvoir en place.
Dans ces conditions, travaillons de concert mouvance et opposition à prévenir et éliminer les failles qui pourraient encore justifier la contestation des législatives de 2023 ; celle-là même que le peuple béninois espère et appelle de tous ses vœux à être la première élection sous l’ère de la Rupture à être libre, inclusive, transparente, paisible et festive.





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