Au terme du dernier remaniement ministériel : Le gouvernement amorce le virage social

Moïse DOSSOUMOU 12 septembre 2019

Qui l’eût cru ? Patrice Talon et son gouvernement font preuve de magnanimité. C’est plutôt rare. En trois ans et demi, le régime en cours a habitué les Béninois à des actions fermes. Dans la perspective d’imprimer sa marque, le chef de l’Etat n’a pas fait des sentiments, une préoccupation. Les décisions, même celles qui affectent négativement la vie de milliers de personnes sont prises et exécutées sans état d’âme. La fermeture des portes de la Société nationale de promotion des produits agricoles (Sonapra) avec des licenciements à la clé et la fameuse opération de libération des espaces publics sont des exemples édifiants des actes posés par le gouvernement, en dépit du tollé que tout cela a suscité. Tel un buffle, Patrice Talon, peu importe les dégâts collatéraux que cela engendre, fonce.
Curieusement, du jour au lendemain, ce même gouvernement, fortement critiqué pour son désintérêt face aux questions sociales a commencé par reconsidérer sa position. Très récemment, les enseignants qui ont refusé de se prêter à l’évaluation diagnostique étaient sous le coup d’une radiation. Mais il a plu au gouvernement de leur accorder une seconde chance en organisant une session de remplacement à leur intention. Hier, au terme du Conseil des ministres, le tout premier conclave gouvernemental après le remaniement ministériel du jeudi 5 septembre dernier, des décisions à forte connotation sociale ont été prises. Et ce n’est pas pour déplaire aux bénéficiaires.
Primo, des milliers d’agents irrégulièrement reversés dans la fonction publique et exerçant depuis plus de dix ans « devraient faire l’objet d’un renvoi pur et simple ». « Mais, considérant que les irrégularités constatées sont généralement imputables à divers responsables politiques et administratifs…le Conseil a décidé, nonobstant ces constats, et pour des raisons d’ordre social, de les maintenir en service ».
Secundo, 2476 agents qui prêtent leurs compétences depuis le 31 décembre 2007 et qui n’ont toujours pas fait l’objet de reversement, le seront désormais. « Sensible à leur situation et mû par le souci d’équité et de justice sociale, le Conseil a décidé de faire procéder, à titre exceptionnel, à la régularisation de leur statut afin qu’ils deviennent formellement des agents de l’Etat ».
Tertio, quelques milliers d’agents, du fait des modifications intervenues dans leur carrière, ne pourront pas prétendre à une pension de retraite proportionnelle. Pour mettre les intéressés à l’abri de la précarité, « le Conseil a décidé de les maintenir sous le régime de la Cnss. A cet effet, l’Etat prendra en charge le versement de leurs cotisations sociales… L’incidence financière des compléments de cotisations à verser par l’Etat pour le compte des 3100 agents s’élève à deux milliards sept cent vingt-cinq millions huit cent quarante-six mille trois cent vingt-sept (2 725 846 327) Fcfa ».
A l’évidence, Patrice Talon a changé de paradigme. Qu’est-ce qui peut bien motiver cette volteface ? Assisterons-nous de plus en plus à des mesures sociales ? A priori, après le règne de la froideur et de la fermeté, celui de la clémence est arrivé.





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